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Géopolitique

Et si on assurait le corail ?

Courrier International · mis à jour il y a 14 j

Initialement utilisée pour assurer les biens immobiliers, l’assurance paramétrique est un outil de niche innovant qui sert désormais à couvrir les récifs coralliens contre les risques climatiques. Une solution à la fois efficace et déroutante que nous fait découvrir le magazine américain “Anthropocene”..

Nouveau concept d'assurance

L’article présente une innovation dans le domaine de l’assurance : l’assurance paramétrique, un outil initialement conçu pour couvrir les biens immobiliers contre les catastrophes naturelles comme les ouragans ou les inondations. Contrairement aux assurances classiques, qui évaluent les dommages après un sinistre, ce type de contrat déclenche automatiquement une indemnisation dès qu’un seuil prédéterminé est atteint, par exemple une température anormalement élevée ou une tempête d’une certaine intensité. Cette approche repose sur des données objectives, comme des mesures météorologiques, plutôt que sur des expertises humaines. Julian Roberts, responsable des risques chez Willis Towers Watson, souligne que cette méthode apporte une rigueur nouvelle à la gestion des risques climatiques, un domaine où les assureurs sont souvent perçus comme cupides ou inefficaces. L’idée est donc d’appliquer ce mécanisme à des écosystèmes fragiles, comme les récifs coralliens, pour les protéger financièrement contre les effets du réchauffement climatique.

Protection des récifs coralliens

Les récifs coralliens, souvent qualifiés de « forêts tropicales des mers », sont menacés par le réchauffement climatique, la pollution et la surpêche. Leur destruction a des conséquences dramatiques : ils abritent 25 % de la biodiversité marine, protègent les côtes des tempêtes et soutiennent des millions d’emplois dans la pêche et le tourisme. Pour les préserver, des programmes expérimentaux d’assurance paramétrique sont en cours de développement. Ces contrats visent à indemniser rapidement les communautés locales ou les gestionnaires de récifs lorsque des événements climatiques extrêmes, comme un blanchiment de coraux causé par une hausse des températures de l’eau, se produisent. Par exemple, un seuil de +1,5 °C au-dessus de la moyenne saisonnière pourrait déclencher un versement automatique. L’objectif est de financer des actions de restauration ou de protection, comme la transplantation de coraux résistants à la chaleur, sans attendre des années de négociations avec les assureurs traditionnels.

Mécanisme de l'indemnisation

L’assurance paramétrique pour les coraux fonctionne selon un principe simple mais innovant : l’indemnisation est versée dès qu’un critère objectif est atteint, sans besoin de prouver un dommage précis. Par exemple, si une bouée équipée de capteurs enregistre une température de l’eau supérieure de 2 °C à la normale pendant 30 jours consécutifs, un contrat pourrait prévoir le versement d’une somme prédéfinie, disons 500 000 €, à une organisation locale chargée de la protection du récif. Ce système évite les lenteurs administratives et les litiges, car il s’appuie sur des données scientifiques fiables. Les assureurs comme Willis Towers Watson collaborent avec des scientifiques pour définir ces seuils et calibrer les montants des primes. Les primes, payées par des États, des ONG ou des entreprises, sont calculées en fonction du risque climatique encouru par le récif. En 2026, plusieurs projets pilotes sont en cours, notamment au Mexique et en Australie, où les récifs sont particulièrement vulnérables.

Avantages et limites du système

Ce modèle d’assurance présente des avantages majeurs : il permet une réaction rapide face aux catastrophes, réduit les coûts de transaction et encourage la prévention en incitant à surveiller les récifs en temps réel. Cependant, il soulève aussi des questions. D’abord, il ne couvre que les événements climatiques extrêmes, pas les dégradations progressives comme la pollution ou la surpêche. Ensuite, les données utilisées pour déclencher les indemnisations doivent être ultra-précises, ce qui nécessite des investissements technologiques importants. Enfin, le système dépend de la volonté des acteurs (États, entreprises, particuliers) à payer des primes, alors que les bénéfices sont collectifs et diffèrent dans le temps. Julian Roberts reconnaît que l’assurance n’est pas une solution miracle, mais un outil parmi d’autres pour gérer les risques climatiques, à condition d’être bien conçu et intégré dans une stratégie globale de protection des écosystèmes.

Ce que ça pourrait changer

L’initiative s’inscrit dans un contexte où les assureurs traditionnels se retirent progressivement des zones à haut risque climatique, comme les îles du Pacifique ou les côtes américaines, en raison de l’augmentation des sinistres. Face à ce désengagement, des solutions innovantes émergent pour protéger les populations et les écosystèmes. Le magazine *Anthropocene*, qui relate ces expériences, souligne que l’assurance paramétrique pourrait inspirer d’autres domaines, comme la protection des forêts ou des glaciers. En 2026, ces projets restent expérimentaux, mais ils pourraient devenir un modèle à suivre si leur efficacité est prouvée. Leur succès dépendra de la capacité des acteurs à collaborer étroitement avec les scientifiques, les communautés locales et les assureurs, tout en garantissant une transparence totale sur les mécanismes de déclenchement des indemnisations.

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