Why Europe’s new defence agenda depends not only on armies, but also on citizens
KEY TAKEAWAYS Europe faces growing hybrid threats beyond conventional warfare. Alongside the conflict in Ukraine, European countries are experiencing suspected sabotage, cyberattacks, drone incidents, espionage and disinformation campaigns.
L'Europe fait face à des menaces qui dépassent les conflits militaires traditionnels. En plus de la guerre en Ukraine, les pays européens subissent des attaques dites hybrides : sabotage, cyberattaques, intrusions de drones, espionnage, campagnes de désinformation et utilisation de réseaux criminels à des fins stratégiques. Entre janvier 2022 et avril 2025, l'organisation ACLED a recensé 190 incidents suspects en Europe, dont 59 survols de drones non autorisés, 45 actes de sabotage, 15 cas d'espionnage et 6 cyberattaques. L'Allemagne a enregistré le plus d'incidents (39), suivie par la Norvège (19), la Finlande (17) et la Pologne (16). Plus de la moitié de ces événements ont eu lieu en 2024, avec une augmentation notable des sabotages (35 %) et des survols de drones (27 %). Ces attaques ciblent souvent des infrastructures essentielles comme l'électricité, les communications ou les transports, plutôt que des cibles militaires classiques.
Les citoyens et les communautés jouent un rôle clé dans la sécurité européenne, aux côtés des gouvernements et des forces armées. Les attaques hybrides visent à semer la peur, la confusion ou la méfiance, ce qui peut affaiblir la cohésion sociale et la confiance dans les institutions. Selon l'Eurobaromètre 2025, 81 % des Européens soutiennent une politique commune de défense et de sécurité au sein de l'UE, et 78 % s'inquiètent des capacités européennes en matière de défense. L'UE encourage une approche tout-en-un et toute-société, invitant les citoyens à se préparer à des situations d'urgence en disposant de réserves pour au moins 72 heures. Cela ne signifie pas que les citoyens doivent remplacer les services de sécurité, mais qu'ils peuvent contribuer à réduire leur vulnérabilité en adoptant des gestes simples comme vérifier une information avant de la partager ou préparer un plan familial en cas de crise.
Les attaques hybrides ne sont pas des actes de guerre classiques, mais elles peuvent avoir des conséquences graves sur la vie quotidienne. Par exemple, une cyberattaque sur un système municipal ou une fausse information diffusée en ligne peut perturber la confiance dans les institutions, renforcer les divisions sociales et rendre les sociétés démocratiques plus difficiles à gérer sous pression. Ces menaces sont souvent conçues pour rester sous le seuil d'une confrontation militaire ouverte, comme le montrent les activités suspectes attribuées à la Russie en Europe. Entre février 2022 et février 2026, le think tank GLOBSEC et l'International Centre for Counter-Terrorism ont identifié 151 cas d'utilisation de réseaux criminels ou d'agents jetables dans des actes de sabotage ou d'incendie en Europe, dont 41 nouveaux cas depuis leur dernier rapport.
L'Union européenne a lancé en 2025 la Stratégie de l'Union de la préparation (Preparedness Union Strategy), qui prône une approche globale de la sécurité. Cette stratégie s'appuie sur des mesures concrètes comme le Mécanisme de protection civile de l'UE (Union Civil Protection Mechanism) et les réserves stratégiques rescEU, financées par l'UE. Ces réserves incluent une flotte d'avions pour la lutte contre les incendies, l'évacuation ou l'aide médicale. L'objectif est de renforcer la résilience des sociétés européennes en combinant défense militaire, préparation civile, coopération et partage des ressources. Par exemple, la Finlande et le Danemark promeuvent une préparation des ménages pour 72 heures, tandis que la Suède distribue un livret expliquant comment réagir en cas de crise ou de guerre.
La préparation des citoyens ne doit pas être perçue comme une panique ou une militarisation de la société, mais comme une forme de maturité civique. Des pays comme la Suède, la République tchèque, la France et la Belgique ont mis en place des programmes pour éduquer la population aux situations d'urgence. Par exemple, la République tchèque propose des programmes scolaires sur les numéros d'urgence, les signaux d'alerte et les comportements à adopter en cas de danger. En France, le plan Vigipirate relie les citoyens aux volontaires de la protection civile. Ces initiatives visent à transformer l'anxiété en actions concrètes, comme avoir de l'eau, une lampe torche, des piles, de l'argent liquide ou un moyen de contacter sa famille en cas de panne d'électricité ou de réseau mobile. Elles renforcent aussi la confiance dans les institutions locales et la solidarité entre voisins.
Protéger l'Europe ne se limite pas à défendre son territoire, mais aussi à préserver les conditions qui permettent la vie démocratique sous pression. Cela inclut la confiance entre citoyens, le pluralisme, des informations fiables, des institutions locales fonctionnelles et la capacité à gérer les désaccords sans considérer autrui comme un ennemi. Ces éléments constituent ce que l'article appelle *le mode de vie européen*. La sécurité devient alors un enjeu collectif qui dépasse la simple protection militaire. L'UE travaille à renforcer cette résilience en combinant des normes communes, des réserves partagées, des exercices conjoints et une culture de la préparation au sein de la société. L'objectif est de créer un nouveau *contrat social* pour la sécurité, où chaque acteur – État, institutions, citoyens – a un rôle clair à jouer.

