Charles Pasqua, la logique des clans 2/4 : Le premier flic de Gaulle
Le désir de politique titille le commercial Pasqua, qui met à distance ses engagements à mesure qu’il s’engage toujours plus dans le clan Ricard. Est-il rattrapé par ses ambitions politiques qui, au fond, ne l'ont jamais quitté ? C'est ce que décrypte cet épisode, sur fond d'atmosphère sulfureuse..
Charles Pasqua s’engage très jeune en politique, dès la Libération en 1944, à seulement 19 ans. Il rejoint le RPF (Rassemblement du Peuple Français), le parti fondé par le général Charles de Gaulle pour défendre ses idées après la Seconde Guerre mondiale. À 20 ans, il devient responsable du RPF pour la région de Grasse, dans le Sud-Est de la France. Ce parti incarne alors l’opposition à la IVe République et prône un retour à un pouvoir fort, inspiré par l’héritage gaulliste. Pasqua se distingue rapidement par son sens de l’organisation, notamment en supervisant des meetings politiques. Cependant, il est déçu par les barons du gaullisme, ces figures historiques du parti qui, selon lui, privilégient des compromis avec les socialistes plutôt que de défendre strictement les valeurs gaullistes.
Pasqua est avant tout un homme d’ordre et de sécurité, un trait de caractère qui marquera toute sa carrière. En mai 1968, alors que la France est secouée par des manifestations massives, il joue un rôle clé pour éviter un renversement du général de Gaulle. À la demande de Georges Pompidou, alors Premier ministre, il est chargé de surveiller l’ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française), l’ancêtre de France Télévisions et Radio France. Son objectif est d’empêcher que les médias publics ne tombent aux mains des manifestants, une mission qui illustre son attachement à la stabilité institutionnelle. Pompidou l’encourage ensuite à se lancer en politique, ce qui mène Pasqua à devenir député des Hauts-de-Seine en 1968, un département qu’il transformera en son fief électoral.
À 40 ans, en 1970, Pasqua démissionne de son poste chez Ricard, l’entreprise de spiritueux fondée par sa famille. Ce départ marque un tournant dans sa vie. Bien qu’il ait toujours combiné activités professionnelles et engagements politiques, il décide alors de se consacrer pleinement à la politique. Dans un premier temps, il tente de lancer une entreprise concurrente dans le secteur des spiritueux, mais cette initiative échoue. Rapidement, il se tourne vers la vie publique et se présente aux élections législatives, où il est élu député des Hauts-de-Seine. Ce département, situé en banlieue parisienne, devient le cœur de son pouvoir politique et lui permet de construire un réseau d’influence durable. Son parcours illustre une transition classique pour un homme de son époque : passer du monde des affaires à la politique, un mouvement fréquent parmi les figures de la droite française des années 1960-1970.
Pasqua se distingue par un pragmatisme politique qui lui permet de s’adapter aux circonstances, parfois au détriment de ses principes initiaux. Par exemple, il n’hésite pas à collaborer avec des élus communistes dans les Alpes-Maritimes, le département qu’il dirige plus tard, pour se partager les zones d’influence locales. Cette alliance surprenante montre son refus des dogmes et son attachement à l’efficacité politique. De même, il entretient des liens avec le Front National (ancêtre du Rassemblement National), une proximité qui sera critiquée mais qui révèle sa capacité à naviguer dans un paysage politique fragmenté. Ces choix illustrent une logique de clan, où les alliances se font moins sur des idées que sur des intérêts partagés, une approche qui sera au cœur de la série dont cet épisode fait partie.
Le parcours de Pasqua est étroitement lié à celui de **Georges Pompidou**, Premier ministre puis président de la République. C’est Pompidou qui, en 1968, lui confie la mission de surveiller l’ORTF et l’encourage à se présenter aux législatives. Cette relation de confiance sera déterminante pour sa carrière. Pasqua incarne alors l’archétype de l’homme lige, c’est-à-dire un fidèle collaborateur prêt à servir un leader politique. Son attachement à de Gaulle et à Pompidou montre qu’il place la loyauté envers une personne au-dessus des idéologies, une caractéristique qui marquera toute sa vie politique. Cette fidélité lui permettra de gravir les échelons, mais elle sera aussi source de controverses, notamment lorsqu’il devra justifier ses alliances futures.

