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Sciences

Les cigales, des insectes faussement familiers

Science & Vie · mis à jour il y a 6 j

Profession : cicadologue. Stéphane Puissant est un biologiste qui étudie les cigales.

Métier méconnu : cicadologue

Le cicadologue Stéphane Puissant est un biologiste spécialisé dans l'étude des cigales. Son travail le mène à explorer des régions variées comme le Maghreb, l'Afrique de l'Ouest ou Madagascar. Contrairement à ce que leur familiarité sonore pourrait suggérer, les cigales restent des insectes très mal connus des scientifiques. Par exemple, certaines espèces vivent plus de vingt ans, principalement sous terre, tandis que d'autres mâles ne produisent aucun son audible pour l'oreille humaine. Ces particularités illustrent à quel point ces insectes, bien que présents sur presque toute la planète (sauf aux pôles), échappent encore largement à notre compréhension. Leur étude nécessite des compétences spécifiques et des outils adaptés, comme des détecteurs d'ultrasons, pour repérer les espèces les plus discrètes.

Chants et ultrasons

Les cigales mâles ne chantent pas : ils cymbalisent, un terme technique désignant le bruit produit par un organe spécialisé appelé cymbale. Ces sons, souvent puissants, servent à attirer les femelles. Certaines espèces émettent des fréquences si élevées qu'elles dépassent les capacités auditives humaines, notamment après 40 ans. Par exemple, les cigales australiennes produisent des sons dépassant 145 décibels, soit plus bruyants qu'un avion au décollage. Ces cymbalisations ne durent que quelques semaines par an, car la majeure partie de la vie des cigales se passe sous terre, où elles se nourrissent de la sève des racines. Leur activité sonore est donc très limitée dans le temps et souvent inaudible sans équipement adapté.

Vie souterraine longue

Les cigales passent l'essentiel de leur existence sous terre, où elles se développent en se nourrissant de sève. Leur durée de vie souterraine varie selon les espèces : deux ans pour les plus petites, jusqu'à dix ans pour les grandes cigales du sud de la France comme Cicada orni. Aux États-Unis, certaines espèces du genre Magicicada restent enfouies pendant treize ou dix-sept ans, voire plus de vingt ans pour certaines populations. Une fois sorties, les cigales adultes ne vivent que quelques semaines, le temps de se reproduire. Les femelles pondent des œufs sur les végétaux, et les larves qui en éclosent s'enfoncent dans le sol pour recommencer un nouveau cycle. Cette vie souterraine rend les cigales difficiles à observer, surtout pour les espèces visibles seulement deux à trois semaines par an.

Découvertes scientifiques régulières

Les cicadologues découvrent régulièrement de nouvelles espèces de cigales, estimant qu'il pourrait y avoir trois à cinq fois plus d'espèces que celles actuellement connues. Ces découvertes surviennent souvent lors d'expéditions dans des zones peu explorées, comme le nord-ouest de l'Espagne, où des spécialistes ont identifié plusieurs nouvelles espèces en quelques jours. Par exemple, des cigales du genre Cicadetta, mesurant moins de deux centimètres et émettant des ultrasons, ont été repérées grâce à des techniques spécifiques. Ces recherches soulignent à quel point la biodiversité terrestre reste méconnue, même pour des insectes aussi répandus que les cigales.

Techniques d'étude innovantes

Pour étudier les cigales, notamment les espèces discrètes comme Cicadetta, les scientifiques utilisent des méthodes adaptées. L'une d'elles, appelée snapping ou « claquement de doigts », imite le battement d'ailes des femelles pour attirer les mâles. Cette technique, combinée à l'utilisation de détecteurs d'ultrasons, permet de localiser et capturer des spécimens, même à plus de 15 mètres de hauteur dans les arbres. Les cigales capturées deviennent des « types », des spécimens de référence déposés dans des collections scientifiques, comme celles du Muséum national d'Histoire naturelle. Ces méthodes rigoureuses sont encadrées par le code international de nomenclature zoologique.

Cigale marteau : une奇特 espèce

La cigale marteau (Huechys marginata) se distingue par une morphologie unique : sa tête possède des yeux sur des pédoncules, une caractéristique rare chez les insectes. Cette espèce, découverte dans le sud de la Thaïlande, est si singulière qu'elle constitue à elle seule une nouvelle tribu pour la science. Sa rareté s'explique par la destruction de son habitat naturel, un vieux temple bouddhiste aux dépendances négligées. Malgré sa morphologie étrange, cette cigale est passée inaperçue pendant des siècles, illustrant comment des espèces peuvent rester méconnues malgré des traits distinctifs évidents.

Cigales en France : diversité et menaces

En France hexagonale, 22 espèces de cigales sont recensées, dont deux sous-espèces endémiques : Tibicina corsica corsica en Corse et Tibicina corsica fairmairei dans les Pyrénées-Orientales. Une troisième sous-espèce, Cicadetta brevipennis litoralis, a été décrite récemment dans les Pyrénées-Orientales, mais elle est menacée par la pression touristique et la dégradation de son habitat. D'autres espèces, comme Cicadetta montana, sont présentes en Bretagne et en région parisienne, où une nouvelle espèce, la cigale fredonnante, a été découverte en 2007. Ces cigales du nord sont souvent difficiles à entendre en raison de leurs fréquences sonores très basses.

Expansion ou phénomène naturel ?

L'augmentation des observations de cigales dans le nord de la France, comme à Lyon ou en région parisienne, ne serait pas liée au changement climatique, mais plutôt à des cycles naturels ou à des introductions accidentelles. Les cigales ne migrent presque jamais et restent fidèles à leur lieu de naissance. Leur présence dans le nord peut s'expliquer par des émergences naturelles après plusieurs années sous terre ou par l'importation involontaire de larves dans des plantes en pot, comme des oliviers. Cependant, ces espèces introduites ont peu de chances de s'adapter, comme l'a montré l'exemple de Cicada orni à Dijon, qui a disparu après quelques années.

Ce que ça pourrait changer

Les cigales ne cymbalisent que dans des conditions précises : entre 19°C et 25°C selon les espèces. Leur activité est interrompue par la pluie, le vent ou les fortes chaleurs. Certaines années, peu de cigales émergent, tandis que d'autres voient leur population exploser, en fonction des ressources alimentaires et des conditions climatiques. Certains mâles ne cymbalisent pas du tout, ce qui rend leur détection encore plus difficile. Ces variations naturelles expliquent pourquoi les observations de cigales peuvent fluctuer d'une année à l'autre, même dans des régions où elles sont bien établies.

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