Alors qu'ils exploraient une mine abandonnée, des chercheurs découvrent une bactérie capable de dégrader l'uranium - elle pourrait dépolluer l'eau radioactive
Des bactéries ont transformé l'uranium d'une mine allemande inondée en un composé stable inconnu de la science. Ce mécanisme biologique pourrait offrir une alternative aux procédés chimiques de dépollution..
Une équipe de chercheurs explorait une ancienne mine abandonnée en Allemagne lorsqu’elle a fait une découverte inattendue. En analysant l’eau souterraine de ce site, ils ont identifié une bactérie jusqu’alors inconnue, capable de dégrader l’uranium. Ce métal lourd, radioactif et toxique, est souvent présent dans les eaux contaminées par les activités minières ou industrielles. La bactérie, nommée Geobacter par les scientifiques, agit comme un agent dépolluant naturel en transformant l’uranium en une forme moins dangereuse. Cette découverte ouvre des perspectives pour la dépollution des sols et des eaux contaminées, un enjeu majeur dans de nombreuses régions du monde.
La bactérie Geobacter utilise un processus biologique appelé réduction microbienne pour neutraliser l’uranium. Elle se nourrit d’électrons, qu’elle prélève dans son environnement, et les transfère à l’uranium présent dans l’eau. Ce transfert transforme l’uranium d’une forme soluble et mobile (dangereuse pour les écosystèmes) en une forme solide et stable, moins susceptible de contaminer les nappes phréatiques. Ce mécanisme est particulièrement efficace dans les milieux pauvres en oxygène, comme les eaux souterraines des anciennes mines. Les chercheurs estiment que cette bactérie pourrait être utilisée pour traiter des sites contaminés en quelques années, sans recourir à des méthodes chimiques ou physiques coûteuses.
Cette découverte pourrait révolutionner la dépollution des eaux radioactives, notamment dans les régions touchées par l’exploitation minière de l’uranium ou les accidents nucléaires. Par exemple, des sites comme ceux de Fukushima au Japon ou de Tchernobyl en Ukraine, où des sols et des eaux restent contaminés des décennies après les catastrophes, pourraient bénéficier de cette solution naturelle. Les chercheurs envisagent de cultiver cette bactérie en laboratoire pour l’inoculer directement dans les zones polluées. Une telle méthode serait bien moins coûteuse que les techniques actuelles, comme le pompage et le traitement chimique des eaux, qui peuvent coûter des millions d’euros par site.
Malgré son potentiel, l’utilisation de Geobacter pour dépolluer l’uranium soulève plusieurs défis. D’abord, la bactérie nécessite des conditions environnementales très spécifiques pour survivre et agir efficacement, comme une absence d’oxygène et une température stable. Ensuite, son déploiement à grande échelle dans des sites naturels pourrait perturber les écosystèmes locaux et introduire un nouvel organisme dans l’environnement. Enfin, des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer sa résistance à long terme et son impact sur la chaîne alimentaire. Les chercheurs travaillent actuellement à optimiser son utilisation et à tester sa fiabilité dans différents contextes.
Cette découverte s’inscrit dans un domaine de recherche en plein essor : la *bioremédiation*, qui utilise des organismes vivants pour nettoyer les pollutions. Des bactéries similaires sont déjà étudiées pour dépolluer d’autres métaux lourds comme le plomb ou le cadmium, ou encore des hydrocarbures comme le pétrole. En Allemagne, où la mine abandonnée a été explorée, des projets de dépollution biologique sont en cours depuis les années 1990, notamment dans les Länder de *Saxe* et de *Thuringe*, anciennement exploités pour l’uranium. Ces initiatives visent à restaurer les sols et les eaux après des décennies de pollution industrielle.

