Après un incendie, les bâtiments historiques peuvent encore être sauvés
L’ESSENTIEL Après un incendie, les monuments historiques peuvent sembler très endommagés alors que la chaleur n’a souvent atteint que leur surface. Il faut alors agir rapidement pour consolider les murs et les protéger des intempéries.
Un incendie de forêt peut noircir et endommager la surface d’un bâtiment historique en pierre ou en brique, mais la chaleur ne pénètre souvent que sur quelques centimètres de profondeur. Par exemple, des études sur des murs en grès exposés au feu montrent que la couche endommagée ne mesure que 2 à 3 centimètres d’épaisseur. La maçonnerie, comme celle des églises ou des anciennes glacières comme la Nevera de Castro en Espagne, agit comme un isolant naturel : l’intérieur du mur reste relativement froid tandis que l’extérieur est exposé à des températures extrêmes. Cette propriété explique pourquoi de nombreux monuments historiques résistent mieux qu’on ne le croit aux incendies. Cependant, les structures en bois à l’intérieur des bâtiments, comme les charpentes ou les planchers, sont très vulnérables et peuvent propager le feu.
Les dégâts causés par un incendie ne se limitent pas à l’aspect extérieur. Lorsque la chaleur atteint environ 750 °C, le calcaire se décompose en oxyde de calcium, qui réagit violemment avec l’eau en augmentant de volume jusqu’à 20 %, provoquant des fissures internes. Si la pluie ou l’humidité atteignent le mur avant qu’il ne soit protégé, ces réactions chimiques peuvent aggraver les dommages en quelques jours. Par exemple, certains types de maçonnerie peuvent commencer à se désagréger seulement quelques jours après l’incendie si aucune mesure n’est prise. Les murs épais, bien que résistants, deviennent vulnérables s’ils perdent leur soutien, comme une toiture ou des planchers en bois, car le vent ou leur propre poids peut alors suffire à les faire s’effondrer.
Les matériaux historiques comme la brique en terre cuite sont particulièrement résistants aux incendies, car ils ont déjà été cuits à haute température (entre 900 et 1 000 °C) lors de leur fabrication. Une étude de 2025 a montré que des briques chauffées à nouveau jusqu’à 1 000 °C conservent leur résistance à la compression, c’est-à-dire leur capacité à supporter une charge. En revanche, le point faible se situe souvent au niveau du mortier, la substance qui lie les briques entre elles. Un mur en briques pleines de 150 millimètres d’épaisseur peut résister quatre heures à un feu dans des conditions normalisées, mais de nombreux murs historiques sont deux à quatre fois plus épais. Les incendies de forêt, contrairement aux incendies de bâtiments, exposent souvent les murs à des flammes intenses pendant seulement quelques minutes, limitant la pénétration de la chaleur.
Pour évaluer l’état d’un bâtiment après un incendie, les ingénieurs examinent d’abord la couleur des matériaux. Une teinte rose ou rouge indique une exposition à des températures supérieures à 300 °C, seuil à partir duquel le matériau perd une partie importante de sa résistance. Une teinte grise ou blanche signale des températures encore plus élevées, où l’eau s’évapore et le matériau commence à se désagréger. Cependant, ces couleurs ne donnent des indications que sur l’état de la surface. La véritable question est de savoir jusqu’à quelle profondeur les dégâts s’étendent. Par exemple, après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2019, des chercheurs ont prélevé des carottes dans les voûtes en calcaire et découvert que la chaleur n’avait pas traversé toute l’épaisseur des voûtes, pourtant fines (12 à 15 centimètres).
Après un incendie, chaque jour compte pour sauver un bâtiment historique. La première étape consiste à le consolider en urgence : étayer les voûtes fragilisées, stabiliser les murs qui ne sont plus soutenus et protéger les surfaces exposées des intempéries. L’objectif est d’éviter que le vent, la pluie ou le poids propre du bâtiment ne provoquent son effondrement. Les restaurateurs appliquent ensuite le principe de l’intervention minimale : ils ne réalisent que les travaux nécessaires pour garantir la sécurité et la pérennité du bâtiment, tout en préservant sa valeur historique. Par exemple, après l’incendie de la Cappella della Sindone de Turin en 1997, les restaurateurs ont remplacé 1 400 éléments en marbre et consolidé 4 050 autres, une restauration qui a duré 21 ans. Sans une action rapide, la maçonnerie peut se dégrader irrémédiablement.
Tous les bâtiments endommagés par un incendie ne peuvent pas être sauvés. Si les flammes ont pénétré à l’intérieur et attaqué les murs sur leurs deux faces, les dégâts sont bien plus importants. Certains matériaux peuvent même se désagréger en quelques jours si l’humidité s’infiltre et provoque des réactions chimiques. Cependant, la décision de démolir doit être prise avec prudence et reposer sur une évaluation rigoureuse. À ce jour, aucun pays ne dispose d’un protocole spécifique pour évaluer les bâtiments historiques après un incendie, contrairement aux protocoles existants pour les dégâts sismiques. Sans ces directives, un mur encore debout risque d’être considéré comme un débris plutôt que comme un élément précieux à restaurer. Les incendies déterminent ce qui brûle, mais ce sont les humains qui décident de ce qui est perdu.

