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Les “mathématiciennes de l’ombre” : elles ont envoyé des hommes dans l’espace

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 11 j

Trois mathématiciennes afro-américaines employées par la NASA ont envoyé des hommes dans l’espace et sur la Lune. Victimes à la fois du sexisme, du racisme et de la ségrégation, Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan ont longtemps été invisibilisées..

Trois pionnières méconnues

Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan sont trois mathématiciennes afro-américaines ayant joué un rôle clé dans la conquête spatiale américaine, notamment pour les missions Mercury et Apollo. Leur contribution a été longtemps ignorée en raison du sexisme, du racisme et de la ségrégation aux États-Unis. Entre les années 1950 et 1970, elles ont travaillé pour la NASA (anciennement la NACA) et ont permis aux États-Unis d’envoyer des hommes dans l’espace et sur la Lune. Leur histoire illustre le phénomène appelé l’effet Matilda, où les découvertes des femmes scientifiques sont minimisées ou attribuées à des hommes. Ces trois femmes ont brisé des barrières à une époque où les femmes noires étaient exclues des carrières scientifiques et des postes à responsabilité.

Le métier de calculatrice

Dans les années 1950, avant l’ère des ordinateurs électroniques, la NASA employait des calculatrices humaines pour effectuer des calculs complexes à la main. Ces postes, souvent occupés par des femmes, étaient considérés comme répétitifs et peu valorisants. Les institutions scientifiques, comme la NASA, privilégiaient ces profils car elles représentaient une main-d’œuvre moins coûteuse que les hommes. Les West Area Computers, une section réservée aux mathématiciennes afro-américaines, illustraient la ségrégation raciale en vigueur aux États-Unis à cette époque. Malgré leur qualification, ces femmes étaient cantonnées à des rôles subalternes et séparées de leurs collègues blanches.

Katherine Johnson, l'ordinateur humain

Née en 1918 en Virginie-Occidentale, Katherine Johnson a montré très tôt un talent exceptionnel pour les mathématiques. Enfant prodige, elle obtient son diplôme de fin d’études secondaires à 14 ans et suit des cours universitaires dès 18 ans. En 1953, elle rejoint la NACA (ancêtre de la NASA) comme calculatrice. Son rôle devient crucial lors du programme Mercury en 1962, où l’astronaute John Glenn refuse de décoller sans qu’elle vérifie les calculs de l’ordinateur. En 1969, ses calculs contribuent à la réussite de la mission Apollo 11, permettant à Neil Armstrong et Buzz Aldrin de marcher sur la Lune. Surnommée l’ordinateur humain pour sa précision et son calcul mental, elle travaille 33 ans à la NASA avant de prendre sa retraite en 1986. Elle décède en 2020 à l’âge de 101 ans.

Mary Jackson, première ingénieure noire

Mary Jackson intègre la NACA en 1951 au sein des West Area Computers. Son parcours est marqué par la lutte contre les discriminations. En 1958, après deux ans comme calculatrice, elle obtient une formation pour devenir ingénieure, un poste traditionnellement réservé aux hommes blancs. Pour y parvenir, elle engage une action en justice afin de suivre des cours réservés aux étudiants blancs. Elle devient ainsi la première femme noire ingénieure de la NASA. Au cours de sa carrière, elle publie des recherches en aérodynamique et milite pour l’égalité des chances, aidant d’autres femmes afro-américaines à progresser dans l’institution. Elle décède en 2005, 15 ans avant que la NASA ne renomme son siège en son honneur.

Dorothy Vaughan, visionnaire de l'informatique

Dorothy Vaughan rejoint la NACA en 1949 et devient rapidement la première femme noire à diriger une équipe à la NASA. Responsable des West Area Computers, elle supervise le travail de dizaines de mathématiciennes dont dépendent les programmes spatiaux américains. Anticipant l’arrivée des ordinateurs électroniques, elle apprend seule le langage de programmation FORTRAN (pour Mathematical Formula Translating System) et forme son équipe à cette nouvelle technologie. Son rôle a été essentiel pour la transition entre les calculs manuels et l’informatique moderne. Malgré son importance, son nom est resté dans l’ombre jusqu’à ce que des livres et le film Les Figures de l’ombre (2016) ne révèlent son héritage.

Ce que ça pourrait changer

Longtemps invisibilisées, Katherine Johnson, Mary Jackson et Dorothy Vaughan ont vu leur contribution minimisée en raison des discriminations sexistes et raciales de leur époque. Leur histoire illustre les obstacles rencontrés par les femmes scientifiques, en particulier noires, dans les milieux académiques et professionnels. Leur reconnaissance tardive s’explique par des mécanismes comme *l’effet Matilda*, où les découvertes des femmes sont attribuées à des hommes. Leur parcours a été popularisé grâce à des archives, des livres et le film *Les Figures de l’ombre* (2016), qui a mis en lumière leur rôle pionnier. Aujourd’hui, leur héritage est célébré, notamment avec le renommage du siège de la NASA en l’honneur de Mary Jackson. Leur travail a été essentiel pour la réussite des missions spatiales américaines, prouvant que la conquête de l’espace n’aurait pas été possible sans leur génie et leur persévérance.

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