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Généraliste

Il faut sauver le président Nixon

Le Devoir · mis à jour il y a 6 j

Sous l’influence trumpiste, la justice américaine cherche à enquêter sur les procureurs qui ont fait tomber l’ex-président.

Réhabilitation de Nixon

Depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2025, son gouvernement cherche activement à réhabiliter l'image de Richard Nixon, 37e président américain. Nixon, aujourd'hui considéré comme l'un des présidents les plus corrompus de l'histoire américaine, avait démissionné en août 1974 après le scandale du Watergate. Ce scandale avait débuté en juin 1972 par une infiltration illégale du siège du Comité national démocrate par des hommes liés à son équipe. Pour éviter une destitution, Nixon avait choisi de quitter ses fonctions. Cinquante ans plus tard, le département américain de la Justice relance des enquêtes pour déterminer si la chute de Nixon n'aurait pas été injustement accélérée par des erreurs ou des manquements des procureurs de l'époque. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large visant à minimiser l'importance du Watergate et à présenter Nixon comme une victime d'une conspiration.

Théorie du complot

L'un des principaux artisans de cette réécriture de l'histoire est Geoff Shepard, ancien conseiller de Nixon devenu historien révisionniste. En septembre 2026, il a été invité par le département de la Justice à présenter sa théorie lors d'une conférence de deux heures intitulée Le Watergate, une guerre juridique (Watergate As Lawfare). Shepard y affirme que Nixon aurait été victime d'une cabale orchestrée par ce qu'il appelle l'État profond, un concept popularisé par les conspirationnistes et Donald Trump pour désigner un réseau d'élites bureaucratiques et politiques agissant dans l'ombre. Cette théorie, bien que controversée, a trouvé un écho au sein de l'Office of Professional Responsibility (OPR), un bureau créé après le Watergate pour protéger les enquêtes judiciaires de l'influence politique. Ironiquement, ce même bureau est aujourd'hui utilisé pour remettre en cause les méthodes des procureurs de l'époque.

Parallèle avec Trump

Les républicains au pouvoir, dont Donald Trump, établissent un parallèle entre le sort de Nixon et leur propre situation. En 2024, Trump est devenu le premier ancien président américain condamné pour des faits criminels, avec 34 chefs d'accusation reconnus par un jury populaire, notamment pour manipulation comptable et dissimulation de pot-de-vin dans l'affaire Stormy Daniels. Malgré cette condamnation, il a été réélu président la même année. En juillet 2026, le vice-président J.D. Vance a déclaré lors d'une allocution à la bibliothèque présidentielle Richard-Nixon que, si le scandale du Watergate avait éclaté de nos jours, il n'aurait fait la une des journaux que pendant 12 heures avant de disparaître. Cette minimisation du Watergate s'accompagne d'une volonté de réduire les garde-fous qui limitent le pouvoir exécutif, comme ceux instaurés après le scandale Nixon.

Crise constitutionnelle

Le Watergate a marqué une crise constitutionnelle majeure aux États-Unis, révélant les malversations de Nixon et de son équipe. Ce scandale a conduit à des réformes visant à limiter le pouvoir exécutif, comme l'indépendance accrue du département de la Justice et la création de mécanismes de contrôle. Cependant, depuis plusieurs décennies, les républicains cherchent à affaiblir ces garde-fous. En juillet 2024, la Cour suprême des États-Unis, à majorité républicaine, a accordé une immunité pénale partielle à Donald Trump pour ses actes officiels en tant que président. Selon Richard Filipink, historien à l'Université Western Illinois, cette décision est l'aboutissement d'un processus visant à soustraire les présidents de toute responsabilité en cas de malversation. Il souligne que Trump a passé sa vie à éviter les conséquences de ses actes, et que les garde-fous existants durant son premier mandat ont disparu lors de son second mandat.

Contexte politique actuel

Cette réécriture de l'histoire de Nixon s'inscrit dans un contexte politique marqué par une profonde transformation du département de la Justice. Depuis 2025, des centaines d'employés de carrière ont été remplacés par des partisans du mouvement Make America Great Again (MAGA), une mouvance populiste et conservatrice soutenue par Trump. Cette semaine, le New York Times a révélé que la division des droits civiques du département de la Justice, confrontée à des difficultés de recrutement, a commencé à embaucher des candidats dont les profils n'auraient pas été considérés comme adéquats auparavant. Parmi ces nouveaux recrutés figurent des ultraconservateurs, des conspirationnistes, et même un avocat condamné pour avoir piraté à plusieurs reprises des systèmes de données électorales en Floride. Cette situation illustre une stratégie plus large de politisation des institutions judiciaires américaines.

Ce que ça pourrait changer

Selon Richard Filipink, historien spécialiste des années 1960, le manque de connaissances historiques chez les Américains, combiné à la diffusion rapide de désinformations sur Internet, a contribué à une indifférence croissante face à la corruption. Il explique que ces lacunes réduisent la capacité des citoyens à comprendre les enjeux de leur passé. Les livres d'histoire s'accordent pourtant pour reconnaître que le *Watergate* a révélé des abus de pouvoir sans précédent, ayant conduit à des réformes majeures. Cependant, les efforts actuels pour réécrire cette histoire risquent d'affaiblir la mémoire collective et de normaliser la corruption, en présentant Nixon comme une victime plutôt que comme un président ayant enfreint les règles démocratiques. Cette tendance s'inscrit dans une dynamique plus large de remise en cause des institutions et des normes qui protègent la démocratie américaine.

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