Prévention des risques routiers : les salariés, premières victimes des injonctions de leur employeur
Le risque routier reste trop souvent dans l’angle mort des politiques de prévention, alors que les accidents de la route représentent 10 % des accidents du travail mortels. Les salariés itinérants sont particulièrement exposés comme le montre le dernier baromètre réalisé par Axa Prévention..
Les accidents de la route représentent 10 % des accidents du travail mortels en France. Les salariés qui doivent se déplacer pour leur travail, comme les livreurs, commerciaux ou aides à domicile, sont particulièrement exposés à ce risque. Selon le 22e baromètre d'Axa Prévention, ces travailleurs parcourent en moyenne 13 540 kilomètres par an, soit 54 % de plus que la population générale. Ce chiffre illustre leur forte dépendance à la voiture dans le cadre professionnel. Pourtant, ce risque reste souvent négligé dans les politiques de prévention mises en place par les entreprises.
Les conducteurs professionnels sont 75 % à déclarer conduire en état de fatigue, un chiffre en hausse de 10 points par rapport à 2025. Près de 60 % d'entre eux effectuent des trajets de quatre à cinq heures consécutives, alors que la sécurité routière recommande de ne pas dépasser deux heures sans pause. Par ailleurs, 80 % des salariés itinérants se disent stressés, et 57 % attribuent ce stress à la pression exercée par leur employeur. Ces conditions de travail augmentent significativement les risques d'accidents, notamment en raison de la baisse de concentration et de réactivité qu'elles engendrent.
Le baromètre d'Axa Prévention révèle que les salariés subissent souvent des injonctions de leur employeur qui les poussent à prendre des risques routiers. Par exemple, des délais serrés, des objectifs de productivité élevés ou des contraintes horaires peuvent conduire les travailleurs à rouler plus longtemps ou plus vite que ce qui est recommandé. Ces pressions, parfois implicites, placent les salariés dans une situation de vulnérabilité où leur sécurité est sacrifiée au profit des impératifs économiques de l'entreprise. Les auteurs de l'article soulignent que cette dynamique illustre un déséquilibre entre les exigences professionnelles et la préservation de la santé des travailleurs.
Les risques routiers au travail ont des conséquences graves, tant pour les salariés que pour les employeurs. Pour les premiers, cela peut entraîner des accidents, des blessures, voire des décès. Pour les seconds, cela représente des coûts humains, financiers et juridiques, notamment en cas de faute inexcusable reconnue. L'article rappelle que les entreprises ont pourtant l'obligation légale de garantir la sécurité de leurs employés, y compris sur la route. Pourtant, les politiques de prévention restent insuffisantes, et les salariés, en première ligne, en paient le prix fort.
Pour réduire ces risques, le baromètre d'Axa Prévention propose plusieurs pistes. D'abord, les entreprises pourraient mieux adapter les plannings pour éviter les trajets trop longs ou trop fréquents. Ensuite, elles pourraient intégrer des formations à la conduite préventive et sensibiliser leurs salariés aux dangers de la fatigue au volant. Enfin, il serait essentiel de reconnaître le risque routier comme un risque professionnel à part entière, au même titre que les autres dangers du travail. Ces mesures permettraient de concilier performance économique et sécurité des travailleurs.

