En mourant, la mer Morte est en train de créer son propre climat aux conditions extrêmes
La mer de sel perd chaque année un peu plus d'eau. Mais, selon une nouvelle étude, son assèchement contribue également à réchauffer les eaux..
La mer Morte, située entre Israël, la Cisjordanie et la Jordanie, est le point le plus bas de la Terre avec une altitude de -441 mètres sous le niveau de la mer. Ce lac salé, connu pour permettre aux baigneurs de flotter facilement, est en train de disparaître. Entre 1979 et 2019, son niveau a baissé de 34 mètres, un phénomène qui s’accélère. Cette réduction de sa surface n’est pas seulement due au réchauffement climatique global, mais aussi à l’évaporation accrue de ses eaux. Les scientifiques observent que ce déclin crée un climat local de plus en plus extrême, distinct des tendances climatiques régionales.
Le rétrécissement de la mer Morte aggrave son réchauffement selon une étude publiée en septembre 2026 dans la revue Geophysical Research Letters. Les chercheurs, dont Emmanuel Guillerm du centre GFZ Helmholtz et de l’université de Binghamton, expliquent que la perte d’eau favorise une boucle de rétroaction : plus l’eau s’évapore, plus la masse d’eau diminue, ce qui réchauffe davantage les eaux restantes. Entre 1979 et 2019, les eaux profondes de la mer Morte se sont réchauffées de 2,8°C et sa couche supérieure de 1,7°C. Ce mécanisme s’ajoute au réchauffement climatique d’origine humaine, créant un cercle vicieux difficile à inverser.
Les sels dissous dans l’eau de la mer Morte jouent un rôle clé dans son réchauffement. À mesure que le lac perd de l’eau, la concentration en sel augmente, ce qui modifie le processus d’évaporation. Normalement, l’évaporation refroidit l’eau, mais une concentration accrue de sel affaiblit ce refroidissement. Les chercheurs ont développé un modèle basé sur des mesures réalisées entre 2012 et 2015 pour reproduire cette tendance. Emmanuel Guillerm précise que ce réchauffement lié à la salinité s’ajoute à celui provoqué par le réchauffement atmosphérique d’origine humaine.
Le réchauffement ne se limite pas à la surface de la mer Morte. En été, les eaux plus chaudes et plus salées restent en surface, tandis que les eaux froides et moins salées se trouvent en profondeur. Ce phénomène, appelé doigtage salin, permet à la chaleur de se propager vers le bas plus rapidement que le sel. En hiver, le brassage du lac permet à la chaleur atmosphérique de pénétrer jusqu’aux couches profondes. Ainsi, la chaleur se diffuse dans tout le lac, aggravant son réchauffement global.
Si la situation actuelle persiste, la mer Morte pourrait perdre environ 85 mètres de niveau d’ici 2100, même en supposant que les apports d’eau cessent et que l’extraction industrielle s’arrête. Dans ce scénario, la température de l’eau augmenterait de 5 à 8°C. Les chercheurs estiment que rétablir les apports d’eau douce historiques permettrait de limiter la baisse du niveau du lac et de réduire le réchauffement lié à la salinité. Cette étude pourrait aussi aider à comprendre les causes du retrait d’anciennes mers, en analysant les variations de température.

