En Ukraine, ils développent une plante capable de capturer les métaux lourds
À 45 km de Kyiv, des chercheurs testent la capacité du miscanthus géant à régénérer les sols dégradés et pollués par la guerre. Cette plante pourrait séquestrer du carbone et capturer les métaux lourds, un défi majeur pour le grenier à blé de l'Europe.
L'Ukraine fait face à une pollution importante des sols et des eaux par les métaux lourds, notamment à cause des activités industrielles et minières. Ces polluants, comme le plomb, le cadmium ou l'arsenic, s'accumulent dans l'environnement et présentent des risques graves pour la santé humaine et les écosystèmes. Les zones les plus touchées incluent les régions industrielles comme le Donbass, où l'exploitation minière et les usines ont laissé des sols contaminés. Selon des rapports locaux, certains sites affichent des concentrations de métaux lourds jusqu'à 10 fois supérieures aux normes européennes. Cette situation aggrave les problèmes de santé publique, avec une augmentation des maladies liées à la pollution dans les populations exposées.
Des chercheurs ukrainiens développent une plante capable de bioaccumuler les métaux lourds, c'est-à-dire d'absorber ces polluants via ses racines et de les stocker dans ses tissus. Cette technique, appelée phytoextraction, utilise des espèces végétales spécifiques, comme certaines variétés de tournesols ou de moutardes, qui ont la capacité naturelle de concentrer les métaux lourds dans leurs feuilles ou leurs tiges. Contrairement aux méthodes traditionnelles de dépollution, comme l'excavation des sols contaminés, cette approche est moins coûteuse et plus respectueuse de l'environnement. Les scientifiques testent actuellement ces plantes sur des terrains pollués pour évaluer leur efficacité et leur rendement.
Le projet est porté par des chercheurs de l'Institut de botanique de l'Académie nationale des sciences d'Ukraine, en collaboration avec des universités locales et des partenaires internationaux. L'objectif est de créer des solutions adaptées aux besoins des agriculteurs et des collectivités locales, tout en réduisant les coûts de dépollution. Les scientifiques soulignent que cette méthode pourrait être particulièrement utile dans les zones rurales, où les sols sont souvent utilisés pour l'agriculture malgré leur contamination. Cependant, des défis persistent, comme la gestion des plantes après leur récolte, qui deviennent des déchets toxiques nécessitant un traitement spécifique pour éviter une nouvelle pollution.
La phytoextraction présente plusieurs avantages par rapport aux méthodes classiques de dépollution des sols. D'abord, elle est écologique car elle n'implique pas de perturbation majeure des sols, contrairement à l'excavation qui détruit les couches superficielles et nécessite souvent des transports de terre polluée. Ensuite, elle est économique, car elle réduit les coûts liés à la gestion des déchets toxiques et à la restauration des sites. Enfin, elle permet de restaurer progressivement les sols, en les rendant à nouveau cultivables après plusieurs années de traitement. Les chercheurs estiment que cette méthode pourrait être déployée à grande échelle dans les 5 à 10 prochaines années, si les tests en cours s'avèrent concluants.
Malgré ses atouts, la phytoextraction présente des limites. Le processus est *lent* : il peut prendre plusieurs années, voire des décennies, pour dépolluer significativement un site, selon la concentration initiale en métaux lourds. De plus, la gestion des plantes récoltées, devenues des déchets toxiques, reste un défi majeur. Les scientifiques explorent des solutions pour traiter ces résidus, comme la *pyrométallurgie* (fusion des métaux) ou des procédés chimiques pour extraire les métaux et les recycler. Enfin, l'efficacité de la méthode dépend fortement du choix des espèces végétales et des conditions climatiques locales. Les chercheurs soulignent la nécessité de poursuivre les recherches pour optimiser ces techniques et les adapter à différents contextes géographiques.

