Entre l’Algérie et le Mali, une réconciliation au pas de course
Après quinze mois d’une brouille qui avait débouché sur une crise diplomatique, avec rappel d’ambassadeurs à son acmé, le Mali et l’Algérie se sont mis d’accord en seulement quelques heures sur une réconciliation, avec effet immédiat concernant la réouverture réciproque de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs respectifs. Avec la reprise de l’offensive conjointe du FLA et du Jnim, Bamako n’a pas d’autre choix que de se réconcilier avec Alger, analyse “Afrik.com”..
En février 2026, le Mali a publiquement rejeté les rumeurs concernant le retour de son ambassadeur à Alger, qualifiant ces informations de "totalement fausses et sans fondement". Le gouvernement malien avait alors accusé des "personnes mal intentionnées" de vouloir semer la confusion, tout en insistant sur son refus de suivre la stratégie du Niger, qui venait de renouer avec l’Algérie. Ce démenti reflétait une ligne politique ferme, où Bamako refusait de donner l’impression de céder à une médiation extérieure. Le contexte était marqué par une tension persistante entre les deux pays, aggravée par des incidents comme l’abattage d’un drone malien près de la ville frontalière algérienne de Tin Zaouatine en avril 2025, qui avait entraîné le rappel mutuel des ambassadeurs et la fermeture des espaces aériens.
Le 10 juillet 2026, le Mali a officiellement annoncé le retour de son ambassadeur à Alger et la réouverture de son espace aérien aux appareils civils et militaires algériens, par le communiqué n°2026-003. Cette décision faisait suite à une première mesure algérienne de rouverture de son propre espace aérien au trafic malien. Quelques heures plus tard, Alger officialisait à son tour le retour de son ambassadeur à Bamako, mettant fin à plus d’un an de gel diplomatique. Ce revirement spectaculaire s’explique par une dégradation rapide de la situation sécuritaire au Mali, notamment dans le nord du pays, où les groupes armés ont intensifié leurs offensives contre le pouvoir de transition et ses alliés, comme le groupe paramilitaire russe Africa Corps.
Depuis avril 2026, le nord du Mali est le théâtre d’une offensive majeure menée par le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement touareg, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Ces groupes, bien que rivaux, ont uni leurs forces pour attaquer les positions du gouvernement malien et de ses alliés, dont l’Africa Corps, un groupe paramilitaire russe. Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée a notamment permis la prise de la ville de Kidal, un verrou stratégique. Le 30 avril, le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué lors d’un attentat suicide à Bamako. Ces événements ont replacé le nord du Mali au cœur de la crise sécuritaire, avec des combats intenses autour de villes comme Anéfis, Gao ou Aguelhok.
Face à la pression des groupes armés, l’armée malienne, soutenue par l’Africa Corps et des renforts nigériens, a lancé une contre-offensive pour reprendre le contrôle de la ville d’Anéfis, un point clé entre Gao (contrôlée par le gouvernement) et Kidal (sous influence rebelle). Selon des sources militaires, un convoi de 200 mercenaires russes, 100 soldats maliens et des membres de l’unité Gatia (un groupe touareg loyaliste) a été déployé, avec un appui aérien nigérien. Malgré des combats violents, Bamako affirme avoir brisé le blocus autour d’Anéfis et repoussé les assaillants. Cependant, la situation reste fragile, avec des attaques simultanées ciblant des villes comme Sévaré ou Kéniéroba, où une prison a été prise pour cible le 4 juillet 2026.
L’Algérie partage avec le Mali une frontière de près de 1 400 kilomètres, traversant des zones où opèrent des groupes armés touaregs et djihadistes. Historiquement, Alger a joué un rôle de médiateur dans la crise malienne, notamment lors de l’accord d’Alger de 2015, qui visait à mettre fin à la guerre du Mali entre Bamako et les mouvements de l’Azawad. Cependant, la junte malienne a dénoncé cet accord en janvier 2024, entraînant une dégradation des relations. L’Algérie reste un acteur incontournable pour stabiliser la région saharienne, en raison de sa connaissance du dossier et de sa capacité à influencer les équilibres locaux. Le rapprochement diplomatique du 10 juillet 2026 permet donc à Bamako de rétablir un canal de communication avec un voisin stratégique.
Le Mali était jusqu’alors le seul membre de l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, à entretenir des relations conflictuelles avec l’Algérie. Dès février 2026, le Niger avait renoué avec Alger, suivi par le Burkina Faso, qui avait engagé un rapprochement économique dans les domaines de l’énergie et des hydrocarbures. Ce décalage devenait difficile à maintenir pour Bamako, d’autant que les trois pays de l’AES partagent des défis communs : une insécurité persistante, une dépendance accrue à des partenaires extérieurs et un besoin de rouvrir des canaux régionaux. Le retour des ambassadeurs le 10 juillet 2026 marque donc l’alignement du Mali sur la stratégie de ses partenaires de l’AES, tout en reconnaissant la nécessité de coopérer avec Alger pour faire face à la crise sécuritaire.
Côté algérien, la normalisation avec le Mali s’inscrit dans une stratégie d’attente menée par le président *Abdelmadjid Tebboune*. Plutôt que d’imposer une médiation, Alger a d’abord renoué avec le Niger, puis consolidé ses liens avec le Burkina Faso. En avril 2026, le ministre algérien des Affaires étrangères, *Ahmed Attaf*, avait réaffirmé le soutien d’Alger à l’unité du Mali et son rejet du terrorisme. Début mai, Tebboune avait laissé entendre que l’Algérie restait disponible pour aider, à condition que Bamako en fasse la demande. Le retour des ambassadeurs offre désormais un cadre à cette disponibilité, tout en permettant à Alger de jouer un rôle de stabilisateur dans la région, sans forcer la main au Mali.

