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Numérique

« Techno-diversités » : ce que les Écologistes envisagent pour le secteur du numérique

Next.ink · mis à jour il y a 12 j

Début juillet, les Écologistes publiaient un « carnet de doctrine numérique », qui doit servir de « cadre de pensée » à ses équipes et à sa secrétaire nationale, Marine Tondelier, candidate à la présidentielle. À la veille des journées d’été du parti, Next se penche sur le modèle de « technodiversité » qu’il promeut.

Vision écologiste du numérique

En juillet 2026, le parti Les Écologistes a publié un carnet de doctrine numérique de 36 pages intitulé « Technodiversités : Reprendre la main sur le numérique ». Ce document propose une vision alternative du secteur numérique, centrée sur la diversité des outils, des acteurs, des infrastructures et des modèles économiques, en opposition à la concentration actuelle des multinationales de la tech. Marine Tondelier, secrétaire nationale et candidate à la présidentielle 2027, présente ce document comme un cadre de pensée pour repenser la place du numérique dans la société. Le parti insiste sur la nécessité de briser les monopoles et de reconnaître le travail caché par l’automatisation, tout en critiquant les mythologies numériques qui naturalisent des choix politiques. Par exemple, le parti rejette l’idée d’une superintelligence imminente ou d’une singularité technologique, les qualifiant de récits mystiques servant à désarmer la critique. Le document s’inscrit dans une perspective de souveraineté démocratique, où la robustesse des sociétés dépend de cette diversité plutôt que de la performance maximale.

Critique des récits technologiques

Les Écologistes dénoncent plusieurs mythologies numériques qui, selon eux, masquent des réalités politiques et environnementales. Ils critiquent notamment l’idée que le progrès technologique serait une fatalité ou que l’optimisation systématique (ajustement permanent pour un rendement maximal) garantirait la robustesse des systèmes. Le parti s’appuie sur les travaux du biologiste Olivier Hamant, qui oppose l’optimisation (rigidité et fragilité) à la robustesse (diversité et redondance, comme dans le vivant). Par ailleurs, le document souligne que le numérique n’est pas immatériel : il consomme d’énormes quantités d’eau, d’énergie et de métaux, contribuant à l’extractivisme (exploitation intensive des ressources naturelles) et à la pollution. Ces critiques visent à montrer que le modèle dominant du numérique repose sur un extractivisme matériel, énergétique et informationnel, incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Le parti dénonce ainsi une vision techno-solutionniste, qui confond systématiquement optimisation et robustesse.

Souveraineté par la diversité

Pour les Écologistes, la souveraineté numérique ne se mesure pas à la taille d’un champion national capable de rivaliser avec les géants américains ou chinois, mais à la capacité d’éviter la dépendance à un acteur unique. Le parti propose une approche fondée sur la diversité des infrastructures (hébergement, semi-conducteurs, etc.) et des modèles économiques, en investissant dans des alternatives pour éviter la privatisation du pouvoir normatif par les géants du numérique. Parmi les mesures clés, on trouve le soutien aux infrastructures critiques, l’interopérabilité (capacité des systèmes à fonctionner ensemble), les normes ouvertes (standards accessibles à tous) et le chiffrement de bout en bout (protection des données de l’expéditeur au destinataire). Le parti rejette aussi l’idée que la souveraineté puisse servir de prétexte à l’extension de la surveillance d’État. Enfin, il critique le gigantisme des acteurs du numérique, qui favorise la concentration et rend le système plus fragile et vorace.

Lutte contre les monopoles

Le document écologiste propose deux leviers pour combattre les monopoles des géants numériques. D’abord, renforcer le droit de la concurrence pour limiter leur emprise sur le marché. Ensuite, préserver ou rouvrir des alternatives, y compris non numériques, afin d’éviter que les citoyens ne soient contraints d’utiliser un outil unique pour accéder aux services publics. Cette mesure répond à un problème signalé par la Défenseure des droits : la dématérialisation (suppression progressive des supports physiques) réduit l’accès aux droits sociaux pour les personnes moins à l’aise avec le numérique. Par ailleurs, le parti souhaite encadrer strictement la publicité fondée sur le profilage (publicités ciblées basées sur les données personnelles) et interdire les procédés de captation exploitant les vulnérabilités cognitives (techniques de manipulation psychologique). Ces pratiques sont considérées comme des sources de toxicité numérique, contribuant à la désinformation, à la dégradation du débat public et à des effets négatifs sur la santé mentale. Le parti propose donc une troisième voie, décentralisée et moins dépendante des géants du numérique.

Ce que ça pourrait changer

Alors que les Écologistes développent une vision globale et systémique du numérique, d’autres candidats à la présidentielle 2027 abordent le sujet sous un angle plus restreint. Par exemple, Bruno Retailleau, candidat Les Républicains, se concentre quasi exclusivement sur l’*intelligence artificielle (IA)*, affirmant que celle-ci *« n’attend pas notre consentement »* et proposant d’investir 23 milliards d’euros sur le quinquennat à venir pour financer ce domaine. Contrairement aux Écologistes, sa approche est moins axée sur la diversité des modèles ou la critique des monopoles, et plus sur la compétitivité technologique. Cette différence illustre les divergences entre les partis sur la manière d’aborder les enjeux numériques, entre une vision systémique (Écologistes) et une vision sectorielle (Retailleau). Le document écologiste, lui, s’inscrit dans une logique de *reprise de contrôle* par la société civile et les institutions publiques, plutôt que par les acteurs privés ou une course à la performance technologique.

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