« Techno-diversités » : ce que les Écologistes envisagent pour le secteur du numérique
Alors que la présidentielle de 2027 s’annonce comme un laboratoire des futurs possibles pour le numérique, Les Écologistes imposent une grille de lecture alternative à la doxa techno-libérale. Leur carnet de doctrine numérique, intitulé « Technodiversités : Reprendre la main sur le numérique », ne se contente pas de critiquer les mythologies du secteur : il propose une refonte systémique, où la souveraineté ne se mesure plus à l’aune des champions industriels, mais à la capacité à briser les monopoles et à diversifier les modèles. Une approche qui interroge la compatibilité entre écologie politique et innovation technologique, dans un paysage où l’IA monopolise déjà les débats.
Quelle est la vision écologiste du numérique et en quoi s’oppose-t-elle au modèle dominant ?
Les Écologistes prônent une « techno-diversité » fondée sur la pluralité des outils, des acteurs et des infrastructures, en opposition à la concentration des multinationales du numérique. Leur critique cible les mythologies numériques — comme l’idée d’une intelligence artificielle « superintelligente » ou la naturalisation de choix politiques sous couvert de fatalité technologique — ainsi que les modèles techno-solutionnistes, accusés de sacrifier la robustesse des systèmes sur l’autel de l’optimisation. Leur approche s’inspire des travaux du biologiste Olivier Hamant, qui défend la robustesse comme principe de diversité et de redondance, à l’opposé d’une logique de rendement maximal et de fragilité systémique.
Quels sont les leviers concrets proposés par Les Écologistes pour concrétiser leur modèle ?
Le parti mise sur dix mesures, dont l’investissement dans les infrastructures critiques (hébergement, semi-conducteurs), la promotion de l’interopérabilité et des normes ouvertes, ainsi que le renforcement du chiffrement de bout en bout. Ils proposent aussi de lutter contre les monopoles via le droit de la concurrence et en soutenant des alternatives non numériques pour éviter les dépendances. Leur programme inclut un encadrement strict de la publicité ciblée et des procédés de captation cognitive, jugés toxiques pour le débat public et la santé mentale. Enfin, ils rejettent toute vision de la souveraineté numérique utilisée comme prétexte à une extension de la surveillance d’État.
Comment Les Écologistes justifient-ils leur rejet des « champions européens » du numérique ?
Le parti dénonce la tentation mimétique qui pousse les pouvoirs publics à vouloir créer des géants européens capables de rivaliser avec les acteurs américains ou chinois. Pour eux, cette stratégie reproduit les erreurs du modèle dominant en misant sur la taille plutôt que sur la diversité et la résilience. Leur souveraineté numérique ne se résume pas à la puissance d’un acteur unique, mais à la capacité à changer d’outil sans tout perdre, en évitant les dépendances critiques. Cette position s’inscrit dans une critique plus large de l’extractivisme numérique, à la fois matériel, énergétique et informationnel.
Ce que ça pourrait changer
Si le programme écologiste venait à influencer les politiques publiques, il pourrait accélérer une transition vers des infrastructures numériques plus décentralisées et moins dépendantes des géants technologiques, avec des répercussions sur la gouvernance des données et l’accès aux services publics. Cependant, sa mise en œuvre se heurterait à des résistances industrielles et à des arbitrages budgétaires complexes, notamment dans un contexte de tensions géopolitiques où la course à l’IA domine les débats. La question de la faisabilité d’un tel modèle, entre écologie et innovation, reste entière.

