L'ONU face à la crise de l'aide internationale
Quels sont les effets concrets de la chute des financements étasuniens sur les agences de l' ONU en Afrique subsaharienne ? Face au choc, comment le secteur de l'aide internationale se reconfigure-t-il ?.
En janvier 2025, l’administration de Donald Trump a annoncé une réduction drastique des financements de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), représentant plus de 40 % de l’aide internationale mondiale. Cette décision a été suivie en quelques mois par la dissolution de l’USAID. Les États-Unis fournissaient alors 25 % de l’aide extérieure au développement en Afrique subsaharienne, où l’USAID gérait la majorité des fonds bilatéraux américains. En 2025, les financements des États-Unis couvraient 16 % des budgets des agences de l’Organisation des Nations unies (ONU), comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial (PAM) ou le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Dès février 2025, 211 programmes de financement aux agences de l’ONU ont été interrompus, et 5 500 programmes de l’USAID supprimés.
Les coupes budgétaires ont particulièrement affecté les secteurs de la santé, de l’éducation et de la nutrition en Afrique subsaharienne, très dépendants des fonds américains. Par exemple, le PAM, dont près de la moitié des financements provenaient des États-Unis en 2024, a dû arrêter ses distributions alimentaires au Soudan, en République centrafricaine et au Mali. De même, le HCR et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont vu leurs activités pour les populations déplacées réduites de plus de 40 %, faute de financements. Les campagnes de vaccination contre la poliomyélite et les traitements contre le VIH ont également été suspendus. En mai 2025, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a réduit son personnel de 20 % dans le monde.
Les agents des agences de l’ONU ont réagi avec choc et désillusion face aux annonces de l’USAID, qualifiant la situation d’électrochoc et de panique. Beaucoup craignaient pour leur emploi, notamment après l’annulation de déplacements, la suspension des activités sur le terrain et le gel de contrats. Les décisions étaient perçues comme déconnectées des réalités du terrain et guidées par des logiques politiques, remettant en cause les principes d’humanisme et de neutralité de l’aide. Les négociations avec l’USAID étaient chaotiques : les directives changeaient chaque semaine entre janvier et mars 2025, rendant toute planification impossible. Les équipes ont tenté de catégoriser un maximum d’activités comme essentielles pour préserver leurs financements, mais sans succès.
Les mécanismes de coordination de l’ONU se sont révélés inefficaces face à la crise. Les coordinateurs résidents (RC) au niveau national et le Bureau de coordination du développement (DCO) au niveau régional n’ont pas pu fournir de directives claires ni réallouer les ressources entre agences. Le système onusien, déjà critiqué pour son manque de flexibilité, a montré ses limites dans la gestion d’un choc financier brutal. Chaque agence a adopté une stratégie individuelle, souvent réactive, pour tenter de négocier sa survie. Par exemple, l’UNICEF a supprimé 47 postes financés par l’USAID en Afrique de l’Ouest et centrale, et gelé 250 autres. Le PAM a annoncé la fermeture de son bureau en Afrique australe à Johannesburg en mars 2025.
Face à la crise, les agences de l’ONU ont révisé leurs stratégies de ressources humaines en privilégiant les contrats à court terme et le recrutement d’experts locaux, moins coûteux que les consultants internationaux. Elles ont aussi cherché à mobiliser d’autres bailleurs de fonds pour compenser la perte des financements américains. En 2025, le système des Nations unies prévoyait une perte de 20 % de son personnel total et une réduction de son budget 2026 de plus de 500 millions de dollars. Les agences ont utilisé les discours de réforme existants pour justifier ces changements, tout en critiquant le manque de coordination et la désorganisation des décisions américaines. Leur objectif était de préserver leurs missions essentielles malgré les contraintes budgétaires.
L’article analyse deux contextes africains distincts : Dakar (Sénégal), siège régional pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, et Yaoundé (Cameroun), un pays marginalisé malgré des crises humanitaires graves. En 2024, le Cameroun était considéré comme la crise la plus négligée au monde par certaines ONG. Les bureaux de l’ONU à Yaoundé illustrent les tensions entre les bailleurs de fonds d’urgence et ceux du développement. À Dakar, les coupes ont révélé les dysfonctionnements de la chaîne de l’aide, tandis qu’à Yaoundé, elles ont accentué les inégalités d’accès aux ressources. Ces deux cas montrent comment la crise a transformé les priorités et les méthodes d’intervention de l’ONU en Afrique.

