NapseflowNapseflow
Numérique

L’industrie de l’IA plaide pour les modèles ouverts, la liste des signataires s’allonge

Next.ink · mis à jour il y a 10 j

La pression monte autour de Kimi K3, le modèle IA chinois de Moonshot AI dont les poids doivent être publiés ce 27 juillet. L’ouverture du LLM est aux antipodes des modèles fermés et propriétaires des champions américains du secteur – et que Washington veut protéger à tout prix.

Conflit entre modèles ouverts et fermés

L’industrie de l’intelligence artificielle (IA) est divisée entre deux approches opposées pour le développement des grands modèles de langage (LLM, pour Large Language Models). D’un côté, les modèles ouverts (open source), dont les poids (paramètres techniques essentiels) sont accessibles publiquement, comme le modèle chinois Kimi K3 de Moonshot AI, dont les poids devaient être publiés le 27 juillet 2024. De l’autre, les modèles fermés et propriétaires, contrôlés par des entreprises américaines comme OpenAI ou Anthropic, que le gouvernement américain souhaite protéger. Jensen Huang, fondateur de NVIDIA, souligne que ces deux approches sont complémentaires et nécessaires pour l’innovation en IA.

Lettre ouverte pour l'open source

Le 27 juillet 2024, une lettre ouverte signée par 25 acteurs majeurs de l’IA, dont NVIDIA, Microsoft, Meta, Mistral, Mozilla, IBM et la Linux Foundation, défend les avantages des modèles ouverts. Ces signataires, dont le nombre a triplé en quelques jours pour atteindre près de 80 entreprises (Google, AMD, Cisco, etc.), mettent en avant trois bénéfices principaux : un accès élargi à l’IA pour les entreprises, universités et administrations sans coût prohibitif, une réduction de la dépendance aux fournisseurs américains, et une transparence accrue favorisant la recherche et la sécurité collective. Jensen Huang de NVIDIA insiste sur la nécessité de combiner modèles ouverts et fermés pour répondre aux besoins mondiaux.

Avantages des modèles ouverts

Les modèles ouverts permettent aux organisations de maîtriser leurs coûts en évitant de payer des licences coûteuses pour des modèles propriétaires. Ils offrent aussi la possibilité d’adapter les modèles à des tâches spécifiques, comme l’analyse de données médicales ou la traduction automatique, sans dépendre d’un seul fournisseur. Cette approche renforce la souveraineté technologique, c’est-à-dire la capacité d’un pays ou d’une organisation à contrôler ses outils numériques sans être soumis à des restrictions étrangères. Enfin, la collaboration autour de ces modèles améliore leur sécurité, car les vulnérabilités peuvent être identifiées et corrigées par une communauté élargie.

Risques et limites des modèles ouverts

Malgré leurs avantages, les modèles ouverts présentent des risques. Une fois publiés, les concepteurs ne peuvent plus contrôler leur utilisation, leur copie ou leur modification, ce qui peut faciliter des usages malveillants comme la création de deepfakes (contenus trompeurs) ou des attaques informatiques. De plus, la multiplication de versions spécialisées rend plus complexe la mise à jour des modèles et le maintien de standards cohérents. Enfin, l’exploitation des modèles nécessite une infrastructure technique solide, souvent coûteuse, ce qui limite leur accessibilité pour les petites structures. Ces défis expliquent pourquoi des acteurs comme Amazon et Anthropic n’ont pas signé la lettre.

La distillation : technique et controverses

La distillation est une méthode utilisée pour améliorer les modèles d’IA en exploitant les réponses d’un modèle existant (comme Fable 5 d’OpenAI) pour entraîner un nouveau modèle plus petit ou plus efficace. Les signataires de la lettre estiment que cette technique, courante dans l’industrie, ne doit pas être assimilée à du vol ou à une appropriation abusive. Ils recommandent aux gouvernements d’éviter des interdictions générales et de privilégier des règles juridiques ciblées pour encadrer les abus éventuels. La Maison-Blanche critique cependant cette pratique, notamment dans le cas de Kimi K3, accusé d’avoir utilisé de la distillation de manière illégale.

Ce que ça pourrait changer

Parmi les acteurs majeurs absents de la lettre initiale, on trouve OpenAI, Google et Anthropic, bien que certains aient rejoint l’initiative ultérieurement. Sam Altman, CEO d’OpenAI, avait initialement exprimé son soutien à une approche équilibrée entre modèles ouverts et fermés, soulignant l’importance pour les États-Unis de dominer les deux fronts. Les absences d’Amazon et d’Anthropic reflètent les tensions entre les visions américaine et chinoise de l’IA, où Washington cherche à protéger ses champions technologiques tout en reconnaissant l’importance des modèles ouverts. Ce débat illustre aussi une rivalité géopolitique pour le contrôle des technologies d’IA.

Sujets complémentaires