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« Il chassait les poules et miaulait différemment » : une espèce de chat inconnue vient d’être découverte, c’est la première en un siècle

Presse-Citron · mis à jour il y a 29 j

Voilà plus de 100 ans que la famille des félins n'avait pas accueilli un nouveau membre. Absolument charmant sous tous les aspects, ce petit chat de 1,4 kilo vivait sous le nez des scientifiques depuis bien longtemps : une famille l'avait adopté et domestiqué..

Découverte rare

En septembre 2026, une nouvelle espèce de chat sauvage, nommée Leopardus tilcayo, a été officiellement identifiée en Bolivie par une équipe de chercheurs dirigée par Paola Nogales-Ascarrunz, biologiste et exploratrice National Geographic. Cette découverte est exceptionnelle car elle marque la première identification d’une espèce de chat totalement inédite depuis 1923, date de la description du Leopardus fasciatus. Contrairement aux reclassifications fréquentes en taxonomie, où des espèces déjà connues sont simplement renommées ou réorganisées, Leopardus tilcayo représente une lignée génétique distincte, séparée des autres chats-tigres depuis environ 1,4 million d’années. Cette distance évolutive est comparable à celle qui sépare le lion moderne du lion des cavernes, disparu il y a 12 000 à 14 000 ans. L’espèce a été nommée d’après le terme local tilcayo, utilisé depuis des générations par les habitants des Yungas, une région forestière bolivienne où elle vit.

Origine inattendue

L’histoire de la découverte de Leopardus tilcayo remonte à 2016, lorsqu’un habitant des Yungas a confié un chaton à un sanctuaire animalier, le croyant être un chat domestique. Pendant plus d’un an, la famille l’a élevé, mais a rapidement remarqué des comportements inhabituels : le félin chassait des poules et émettait des miaulements différents de ceux des chats de compagnie. Son apparence physique, avec un pelage couvert de rosettes plus larges que celles des autres chats-tigres connus, une face plus ramassée et des oreilles plus courtes, a également intrigué les chercheurs. En 2019, Paola Nogales-Ascarrunz, en préparant un guide des félins boliviens, a comparé des photos de ce spécimen avec des références brésiliennes et a constaté des différences morphologiques majeures. Ces observations ont lancé une enquête approfondie, incluant des analyses génomiques pour confirmer son statut d’espèce distincte.

Preuves génétiques

Pour valider l’existence de Leopardus tilcayo comme espèce à part entière, les chercheurs ont dû analyser son ADN. Entre 2019 et 2026, Paola Nogales-Ascarrunz s’est formée aux méthodes de génomique, puis a collaboré avec Eduardo Eizirik, généticien à l’Université pontificale catholique du Rio Grande do Sul, et Jonas Lescroart, de l’Université d’Anvers. Ensemble, ils ont comparé les génomes complets de 38 individus du genre Leopardus. Les résultats ont confirmé que l’animal recueilli en 2016 appartenait à une lignée génétique unique, isolée des autres chats-tigres depuis environ 1,4 million d’années. Cette approche génomique est devenue la référence en taxonomie moderne, car elle permet de distinguer des espèces qui peuvent se ressembler morphologiquement mais qui ont évolué séparément. La découverte de Leopardus tilcayo porte à cinq le nombre d’espèces de chats-tigres sud-américains reconnues, alors qu’il n’en existait qu’une seule il y a treize ans.

Menaces immédiates

Le Leopardus tilcayo vit dans les forêts d’altitude des Yungas, en Bolivie, un écosystème gravement menacé par la déforestation et le réchauffement climatique. Bien que l’espèce ait été identifiée, son statut de conservation reste incertain, car l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) ne l’a pas encore intégrée à ses listes officielles. Les chercheurs estiment que d’autres espèces de petits félins pourraient encore être découvertes dans des régions moins étudiées, comme les forêts tropicales d’Afrique centrale ou d’Asie du Sud-Est, où les connaissances génomiques sont encore limitées. James Sanderson, fondateur de la Small Wild Cat Conservation Foundation, souligne que des méthodes similaires pourraient révéler de nouvelles espèces en Afrique et en Asie. Cependant, le temps presse : l’activité humaine pourrait faire disparaître ces félins avant même qu’ils ne soient découverts. Pour Leopardus tilcayo, des efforts de conservation sont désormais urgents pour déterminer son aire de répartition exacte, son régime alimentaire, ses comportements reproducteurs et le nombre d’individus restants.

Ce que ça pourrait changer

La découverte de *Leopardus tilcayo* illustre l’importance des méthodes génomiques dans la taxonomie moderne, permettant de distinguer des espèces qui auraient pu passer inaperçues avec des analyses morphologiques seules. Cette espèce complexifie l’arbre phylogénétique du genre *Leopardus*, qui regroupe désormais cinq espèces de chats-tigres sud-américains. Les chercheurs soulignent que d’autres félins, comme le Margay (*Leopardus wiedii*), pourraient en réalité représenter plusieurs espèces distinctes, révélées par des analyses ADN. Cette avancée scientifique montre que la biodiversité des petits félins est encore largement sous-estimée. Cependant, elle soulève aussi des questions éthiques et pratiques : comment protéger des espèces dont on ignore encore l’existence ? Le cas de *Leopardus tilcayo* rappelle que la préservation des écosystèmes est cruciale pour éviter l’extinction de ces animaux avant même leur découverte.

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