Brésil : l’heure est à serrer les rang
Le candidat de l’extrême droite néofasciste Flávio Bolsonaro est arrivé en tête du 1er tour de l’élection présidentielle brésilienne, devant le président en exercice, Lula, dirigeant du Parti des travailleurs. Fils de l’ancien président condamné à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d’État, sa victoire au 2nd tour du 25 octobre serait un désastre pour le pays et pour tout le continent latino-américain.
Le premier tour de l’élection présidentielle brésilienne de 2026 a vu la victoire de Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, avec une avance de 1,9 % sur son adversaire. Cette victoire a été accueillie avec enthousiasme par les marchés financiers, qui ont enregistré un record historique à la Bourse de São Paulo dès le lendemain. En revanche, les partisans de gauche, comme le Parti des travailleurs (PT) de Lula, ont exprimé leur désarroi face à cette défaite. L’urgence immédiate est désormais de mobiliser pour inverser ce résultat au second tour, avec des assemblées locales et des campagnes sur les réseaux sociaux organisées spontanément. L’article souligne que cette élection n’est pas seulement un changement de gouvernement, mais une menace pour la démocratie brésilienne.
Flávio Bolsonaro incarne une forme de fascisme moderne, qualifié de « fascisme du XXIe siècle » dans l’article. Son projet politique vise à concentrer le pouvoir et à transformer le Brésil en un régime autoritaire, en s’appuyant sur des institutions déjà contrôlées par l’extrême droite. Cette dernière dispose d’une majorité absolue à la Chambre des députés (287 sièges sur 513) et au Sénat (50 sièges sur 81). Elle cherche également à prendre le contrôle de la Cour suprême en destituant des juges opposants et en nommant quatre nouveaux magistrats d’ici 2030. Le bolsonarisme s’appuie sur une base sociale large, incluant la petite bourgeoisie, les communautés évangéliques, les forces policières et les milieux agricoles liés à l’agro-industrie.
Les élections brésiliennes de 2026 ne concernent pas uniquement la présidence : elles déterminent aussi le contrôle des gouvernements régionaux et du Congrès. L’extrême droite a remporté dès le premier tour les gouvernements de São Paulo, Rio de Janeiro et Minas Gerais, ainsi que ceux des trois États du Sud (Paraná, Santa Catarina, Rio Grande do Sul). Sur les 27 États du Brésil, 20 ont élu leur gouverneur dès le premier tour, et seuls trois sont dirigés par le PT. Au Sénat, le parti de Flávio Bolsonaro (PL) a obtenu 19 sièges supplémentaires, portant son total à 28 sénateurs, ce qui lui donne une influence majeure pour modifier la Constitution et supprimer des droits sociaux, comme l’abaissement de l’âge de la responsabilité pénale à 16 ans.
La Chambre des députés a été marquée par l’élection de figures d’extrême droite, comme Nikolas Ferreira et Lucas Pavanato, qui ont recueilli plus de 3 millions de voix chacun. Le PL bolsonariste a obtenu 122 sièges, et son bloc pourrait atteindre entre 276 et 287 députés, soit une majorité absolue. Les partis de gauche, à l’exception du PT, ne totalisent que 24 sièges. Le PSOL, bien qu’ayant obtenu 4,91 % des voix et 14 députés, risque de perdre son enregistrement légal en raison d’une clause électorale (cláusula de barreira) qui exige 1,5 % des suffrages valides dans neuf États différents. Le PT, avec près de 15 % des voix, reste le principal parti de gauche, mais le PSOL a réalisé des scores historiques dans des États comme São Paulo et Rio de Janeiro.
Le programme de Flávio Bolsonaro propose une contre-révolution économique et sociale. Il prévoit de réduire les dépenses publiques en gelant les salaires des fonctionnaires, en supprimant le lien obligatoire entre les recettes de l’État et les budgets de l’éducation (18 % des recettes fédérales) et de la santé (15 %), et en privatisant des entreprises stratégiques comme Petrobras. Il souhaite aussi abolir le salaire minimum comme référence pour les retraites et réduire les aides sociales comme le Bolsa Família. Sur le plan environnemental, il nie le réchauffement climatique et veut assouplir les règles de protection de l’Amazonie. Enfin, il cible les minorités avec des positions racistes, LGBTphobes et misogynes, tout en étant lié à des affaires de corruption et au crime organisé.
La campagne de Lula a d’abord misé sur son héritage et sa biographie, sous-estimant la force idéologique du bolsonarisme. Deux semaines avant le premier tour, elle a changé de stratégie en augmentant le programme Bolsa Família, en interdisant les paris sportifs et en lançant des mesures comme Desenrola 3 (un plan de désendettement). Malgré ces ajustements tardifs, Lula a perdu avec une avance de Flávio Bolsonaro de 1,9 %. Pour le second tour, la gauche doit convaincre les abstentionnistes (plus de 2 millions de voix potentielles) et les électeurs de droite modérée de voter utile. L’article insiste sur la nécessité de dénoncer clairement le danger que représente le programme bolsonariste pour la démocratie et les droits sociaux.
Le Brésil sort d’une élection générale où l’extrême droite a consolidé son emprise sur les institutions. La Cour suprême, cible de manœuvres politiques comme la tentative de destituer le juge Alexandre de Moraes (surnommé Xandão), a joué un rôle clé. Une opération judiciaire visant à suspendre Moraes a été stoppée, évitant une « mer de boue » de corruption autour de Lula. Cependant, le ministre Nunes Marques, proche de Bolsonaro, a annoncé vouloir libérer Jair Bolsonaro avant même une grâce officielle. Ces événements montrent comment les institutions judiciaires et politiques sont instrumentalisés pour servir les intérêts de l’extrême droite.
La gauche brésilienne fait face à un défi majeur : éviter une victoire définitive de l’extrême droite au second tour. Elle doit mobiliser une majorité politico-sociale consciente du danger que représente le programme bolsonariste pour les droits sociaux, l’environnement et la démocratie. L’article souligne que la victoire dépendra de la capacité à gagner les voix des abstentionnistes et à convaincre les électeurs modérés de droite. La campagne doit dénoncer sans ambiguïté les propositions de Flávio Bolsonaro, présentées comme une régression sociale et économique. L’urgence est de « serrer les rangs » pour un combat collectif.

