Le pivot géopolitique de l’accélération de Xi se trouve au Guangxi
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Le Guangxi est une région autonome du sud de la Chine, située aux portes de l’Asie du Sud-Est. Son nom, 广西 (Guangxi), signifie littéralement « expansion vers l’Ouest », reflétant sa position géographique. Bordée par le Vietnam au sud et le golfe du Tonkin, elle offre un accès à la mer de Chine méridionale. Cette région montagneuse, connue pour ses paysages karstiques comme ceux de Guilin, abrite 14 millions de Zhuang, la plus grande minorité ethnique de Chine parmi les 56 officiellement reconnues. Historiquement, le Guangxi a joué un rôle militaire stratégique pendant la guerre froide, servant de base arrière pour la Chine lors de conflits avec le Vietnam. Malgré ses ressources naturelles abondantes, comme le manganèse et l’étain, et son climat subtropical favorable à l’agriculture, la région est restée en marge du développement économique chinois jusqu’aux années 2000.
Le Guangxi possède des ressources minières majeures, notamment des réserves de manganèse et d’étain, les plus importantes de Chine. Ces minerais sont essentiels pour la production de métaux non ferreux, un secteur qui représentait 26 % des revenus de la région en 2022. La capitale économique, Liuzhou, est un pôle industriel majeur, spécialisé dans la métallurgie et l’automobile. Depuis les années 2000, Liuzhou abrite une coentreprise automobile entre le groupe américain General Motors et le constructeur d’État chinois SAIC Motor, produisant 9 % des véhicules du pays. La région est également un acteur clé de l’agriculture, avec 80 % des variétés de fruits tropicaux et subtropicaux présents en Chine, et une production majeure de canne à sucre. Enfin, le Guangxi dispose d’un potentiel hydroélectrique significatif, illustré par le barrage de Longtan, l’un des plus grands au monde, construit en 2009.
Pendant la guerre froide, le Guangxi a été marginalisé économiquement en raison de ses tensions avec le Vietnam, limitant les échanges commerciaux avec l’Asie du Sud-Est. La région servait de base arrière militaire pour la Chine lors de ses conflits avec le Vietnam, notamment pendant la guerre du Vietnam (1955-1975) et l’invasion du Cambodge en 1979. Ces tensions ont persisté après l’ouverture économique de la Chine en 1978, retardant son développement. Ce n’est qu’à partir des années 1990, avec la fin de la guerre froide et la normalisation des relations avec les pays voisins, que le Guangxi a commencé à s’ouvrir économiquement. La signature de l’Accord de libre-échange entre la Chine et l’ASEAN (ACFTA) en 2004, puis son entrée en vigueur en 2010, a marqué un tournant en facilitant les échanges commerciaux avec les pays d’Asie du Sud-Est.
Depuis les années 2000, les autorités du Guangxi ont mis en place une stratégie visant à faire de la région un hub commercial entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. Cette approche s’appuie sur des initiatives comme la zone de coopération économique du golfe du Tonkin, lancée en 2006, et le corridor économique Nanning-Singapour en 2010. Ces projets visent à renforcer les liens logistiques, portuaires et énergétiques avec les pays de l’ASEAN. Le gouvernement central chinois a soutenu cette stratégie dans le cadre de sa politique de développement de l’Ouest (西部大开发), initiée dans les années 1990 pour réduire les inégalités entre les provinces côtières et intérieures. Le Guangxi a bénéficié d’une autonomie accrue dans la gestion de son commerce extérieur et de fonds dédiés, notamment via le China-ASEAN Investment Cooperation Fund créé en 2010.
En 2013, le président chinois Xi Jinping a lancé les Nouvelles routes de la soie (BRI, Belt and Road Initiative), un vaste projet d’infrastructures visant à renforcer les liens économiques entre la Chine et le reste du monde. Le Guangxi est devenu un maillon clé de cette initiative, notamment avec le corridor commercial international terre-mer lancé en 2015. Ce projet relie Chongqing à Singapour par voie ferrée et maritime, réduisant le temps de transport d’environ une semaine par rapport aux routes traditionnelles passant par le Guangdong ou le Fujian. La stratégie repose sur l’expression « une zone, deux sites, un parc, un corridor », visant à créer un réseau multimodal associant ports, voies ferrées et fluviales. Le Guangxi est ainsi positionné comme un nœud logistique entre les provinces occidentales de Chine et l’Asie du Sud-Est.
Pour concrétiser sa stratégie, le Guangxi a investi massivement dans la modernisation de ses infrastructures portuaires. Les ports de Fangchenggang, Qinzhou et Beihai sont désormais reliés à plus de 200 ports dans 100 pays, couvrant la quasi-totalité des ports maritimes des pays de l’ASEAN. Ces ports sont gérés par le Guangxi Beibu Gulf International Port Group, une entreprise d’État sous l’autorité du gouvernement régional. Ce groupe investit également dans des infrastructures portuaires et industrielles à l’étranger, notamment à Kuantan en Malaisie et à Muara au Brunei. Ces investissements visent à renforcer la capacité de transit des marchandises et à positionner le Guangxi comme une porte d’entrée majeure entre la Chine et l’Asie du Sud-Est. En 2021, la région a lancé un plan de transformation pour ses ports, visant à en faire des hubs internationaux d’ici 2025.
Le Guangxi joue un rôle central dans les relations entre la Chine et l’ASEAN (*Association des nations de l’Asie du Sud-Est*). Depuis 2004, la région accueille chaque année la *China-ASEAN Expo* à Nanning, un événement majeur dédié à la coopération économique entre la Chine et les pays de l’ASEAN. Cette exposition s’accompagne de forums spécialisés, comme le *China-ASEAN Mining Cooperation Forum*. Le Guangxi a également obtenu le quasi-monopole sur l’organisation de ces événements, renforçant son influence régionale. Ces initiatives visent à promouvoir des partenariats dans des secteurs clés comme le commerce, le tourisme maritime et l’exploitation conjointe des ressources énergétiques. La région est ainsi devenue un acteur incontournable pour la Chine dans sa stratégie d’intégration économique avec l’Asie du Sud-Est.

