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Droit

Opérationnaliser la décroissance : comment le droit peut-il clarifier les incertitudes et atténuer les contradictions ?

Univ-Droit : histoire du droit · mis à jour à l'instant

Colloque international organisé par le DANTE, USVQLire la suite....

Qu'est-ce que la décroissance

La décroissance est un mouvement théorique et politique qui remet en question la croissance économique infinie comme modèle de développement. Elle propose une réduction volontaire de la production et de la consommation, notamment dans les pays riches, pour préserver les écosystèmes et réduire les inégalités sociales. Contrairement à une simple baisse de l'activité économique, la décroissance vise une transformation profonde des modes de vie, des institutions et des valeurs, en intégrant des principes de justice sociale et d'équité. Ce concept, popularisé depuis les années 1970, s'appuie sur des travaux comme ceux de l'économiste Nicholas Georgescu-Roegen ou du philosophe Ivan Illich, et s'oppose à l'idée que le progrès humain est indissociable de la croissance du PIB. La décroissance n'a pas de définition unique : elle peut être interprétée comme une réduction des activités polluantes, une relocalisation de l'économie, ou une remise en cause des hiérarchies sociales et coloniales.

Incertitudes et tensions du modèle

La décroissance est confrontée à plusieurs incertitudes et contradictions qui compliquent sa mise en œuvre. D'abord, les seuils d'effondrement écologique, comme ceux identifiés par le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), rendent difficile la planification d'une transition ordonnée. Ensuite, la détermination des empreintes écologiques (mesure de l'impact environnemental d'une activité) repose souvent sur des expertises scientifiques ou technocratiques, ce qui limite la participation démocratique aux décisions. Par ailleurs, les disparités mondiales entre pays riches et pays pauvres rendent impossible une décroissance uniforme : les pays du Sud global (Afrique, Amérique latine, Asie du Sud) pourraient continuer à se développer pour réduire les inégalités, tandis que les pays occidentaux devraient réduire leur consommation. Enfin, le mouvement décroissantiste est critiqué pour son ancrage souvent occidental, reproduisant des dynamiques coloniales et marginalisant les voix locales.

Rôle du droit dans la décroissance

Le droit joue un rôle central pour opérationnaliser la décroissance en clarifiant les incertitudes et en atténuant les contradictions. Il encadre les activités économiques et environnementales à travers des lois, des constitutions ou des traités internationaux, et peut servir d'outil pour concilier équité sociale et préservation écologique. Par exemple, le droit peut définir des seuils de soutenabilité (limites écologiques à ne pas dépasser), organiser des mécanismes de redistribution des richesses, ou encadrer les droits fondamentaux comme l'éducation ou la santé. Cependant, le droit actuel est souvent conçu pour favoriser la croissance économique, ce qui crée des tensions avec les objectifs de la décroissance. Le colloque organisé par l'Université de Montréal et l'Université du Luxembourg explore comment repenser les cadres juridiques pour les aligner sur les principes décroissants.

Diversité des approches décroissantes

La décroissance n'est pas un modèle unique, mais un ensemble de courants diversifiés qui varient selon les contextes géographiques et culturels. Certains prônent une décroissance radicale avec une réduction immédiate de la production, tandis que d'autres privilégient des transformations progressives par des initiatives locales ou des innovations technologiques. Par exemple, des communautés en Europe ou en Amérique latine expérimentent des modèles d'économie circulaire, de partage des ressources ou de coopératives autogérées. Cette diversité est à la fois une force et une faiblesse : elle permet une adaptation aux réalités locales, mais rend difficile l'émergence d'un projet commun cohérent. Le colloque souligne la nécessité de concilier cette pluralité avec un objectif partagé, en évitant que les divergences ne mènent à une dilution du mouvement.

Stratégies pour agir

Pour mettre en œuvre la décroissance, trois grandes stratégies sont généralement envisagées. La première, les transformations rupturées, propose des changements radicaux et rapides, comme des révoltes populaires ou des crises économiques forcées, pour briser l'hégémonie de la croissance. La seconde, les transformations interstitielles, mise sur la création de contre-pouvoirs parallèles, comme des réseaux d'économie sociale et solidaire ou des monnaies locales, qui se développent en marge du système dominant. La troisième, les transformations symbiotiques, vise à transformer les institutions existantes de l'intérieur, par exemple en réformant les lois ou les politiques publiques pour intégrer des principes décroissants. Le colloque interroge la légitimité de ces moyens : jusqu'où peut-on accepter des méthodes radicales sans trahir les valeurs de démocratie et de justice sociale qui fondent la décroissance ?

Communautés et gouvernance

Les communautés jouent un rôle clé dans la décroissance, car elles incarnent des alternatives concrètes aux modèles dominants. Elles peuvent être locales (comme des écovillages ou des AMAP) ou internationales (comme des réseaux de commerce équitable), et fonctionnent selon des principes de gouvernance variés : horizontaux (décisions collectives), hiérarchiques (leadership unique), ou hybrides. Ces communautés sont souvent présentées comme des laboratoires de la post-croissance, où se testent de nouvelles formes de démocratie participative et de justice sociale. Cependant, leur efficacité dépend de leur capacité à s'organiser et à s'inscrire dans des cadres juridiques adaptés. Le colloque examine comment ces communautés peuvent inspirer des changements plus larges, tout en évitant les écueils d'une gouvernance trop fragmentée ou autoritaire.

Recherche et enseignement

La recherche juridique a un rôle spécifique à jouer dans la décroissance, car elle analyse les incohérences entre les objectifs décroissants et les cadres juridiques actuels. Elle peut décrire les systèmes en place, justifier les règles existantes, et proposer des réformes pour les aligner sur les principes de soutenabilité. Cependant, son utilité dépend de sa capacité à intégrer des approches interdisciplinaires, en combinant droit, économie, écologie et sciences sociales. Le colloque souligne la nécessité de repenser les méthodes juridiques traditionnelles (herméneutique et exégèse, qui interprètent les textes de loi) pour les adapter à un contexte où les enjeux sont globaux et complexes. Par exemple, comment évaluer l'impact d'une loi sur la biodiversité sans recourir à des indicateurs économiques classiques ?

Ce que ça pourrait changer

Le colloque international *Opérationnaliser la décroissance* se tiendra du 26 au 28 octobre 2026 à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (France). Il rassemble des chercheurs, juristes et acteurs de la société civile pour explorer les liens entre droit et décroissance. Les sessions sont organisées en huit panels thématiques : *Patrimoines*, *Communautés*, *Économie*, *Résistance*, *Leviers*, *Normativités*, *Épistémologie* et *Limites*. Chaque panel est animé par un·e spécialiste et réunit des intervenant·e·s de plusieurs universités (Montréal, Luxembourg, Strasbourg, Laval, etc.) et pays (France, Belgique, Tunisie, etc.). Le colloque est gratuit sur inscription, avec un coût de 20 € par jour pour les repas (10 € pour les étudiant·e·s). L'objectif est de produire des orientations futures pour intégrer la décroissance dans les cadres juridiques et politiques.

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