Une revenante – sur « Eva Gonzalès, parcours d’une artiste libre »
« Manet me fait la morale et m’offre cette éternelle Mlle Gonzalès comme modèle (...) tandis que moi, je ne suis capable de rien », écrivait Berthe Morisot. Après celle-ci ou encore Mary Cassatt, voici maintenant Eva Gonzalès au Petit Palais : les femmes qui font l’histoire de l’art sortent de l’ombre.
Depuis quelques années, l’histoire de l’art se penche sur les artistes femmes longtemps effacées de la postérité, malgré leur présence dans les grands musées. Eva Gonzalès, Berthe Morisot et Mary Cassatt illustrent ce phénomène : leurs œuvres, aujourd’hui exposées dans des institutions comme le Musée d’Orsay ou le Petit Palais, étaient autrefois méconnues. Gonzalès, morte en 1883 à seulement 36 ans, après avoir donné naissance à son premier enfant, n’a jamais participé aux expositions des impressionnistes, contrairement à ses contemporaines. Pourtant, son parcours mérite d’être redécouvert, comme en témoigne une rétrospective qui lui est consacrée au Petit Palais à l’automne 2026. Cette exposition s’inscrit dans un mouvement plus large de réhabilitation des figures féminines dans l’art, révélant leur rôle souvent sous-estimé dans les mouvements artistiques majeurs.
Eva Gonzalès est née en 1847 dans une famille aisée du Second Empire, un contexte qui lui a permis d’évoluer dans les milieux artistiques et littéraires de l’époque. Contrairement à Berthe Morisot ou Mary Cassatt, qui ont rejoint le mouvement impressionniste, Gonzalès a choisi de présenter ses œuvres au Salon officiel, l’institution artistique dominante en France à l’époque. Ce choix reflète une stratégie différente : alors que les impressionnistes cherchaient à « libérer les arts plastiques » en organisant leurs propres expositions (huit entre 1874 et 1886), Gonzalès a préféré agir de l’intérieur, en s’appuyant sur le soutien de figures établies comme Édouard Manet, son mentor. Cette approche lui a valu une reconnaissance progressive, bien que moins radicale que celle des impressionnistes.
Édouard Manet a joué un rôle central dans la formation artistique d’Eva Gonzalès. Bien qu’il soit souvent associé à l’impressionnisme, Manet n’a jamais exposé avec ce mouvement et a préféré influencer l’institution de l’intérieur, comme Gonzalès. Leur relation artistique est visible dans leurs œuvres : des comparaisons entre L’Enfant de troupe (1870) de Gonzalès et Le Fifre (1866) de Manet, ou encore entre Une loge aux Italiens de Gonzalès et L’Olympia de Manet, révèlent des similitudes dans leur manière de traiter la lumière, les poses et les détails. Gonzalès est d’ailleurs fréquemment décrite comme « la seule élève » de Manet, un titre qu’elle a elle-même revendiqué. Cette proximité artistique a marqué son style, tout en laissant transparaître une personnalité distincte.
Malgré son choix de rester dans le cadre traditionnel du Salon officiel, Eva Gonzalès a été globalement bien accueillie par la critique et le public tout au long de sa carrière. Son œuvre, bien que moins connue que celle de Berthe Morisot ou Mary Cassatt, témoigne d’une maîtrise technique et d’une sensibilité qui méritent d’être mises en lumière. La rétrospective organisée au Petit Palais en 2026 s’inscrit dans cette démarche de réhabilitation, aux côtés d’autres expositions célébrant des artistes femmes. Gonzalès incarne ainsi une figure de transition entre l’art académique du Second Empire et les innovations des impressionnistes, tout en revendiquant une liberté artistique qui lui est propre.
L’article souligne un mouvement plus large de réévaluation des artistes femmes dans l’histoire de l’art. Après Berthe Morisot et Mary Cassatt, Eva Gonzalès fait partie de ces figures dont les œuvres, longtemps reléguées dans l’ombre, sont aujourd’hui réhabilitées. Ce phénomène s’inscrit dans une prise de conscience plus générale de l’invisibilisation des femmes dans les récits artistiques dominants. Des expositions comme celle du Petit Palais ou celle prévue pour Mary Cassatt au Musée d’Orsay en 2026 (centenaire de sa première rétrospective dans un musée national) illustrent cette dynamique. Ces initiatives visent à corriger un déséquilibre historique et à offrir une visibilité à des artistes dont le talent a souvent été minimisé ou ignoré.

