Anna-Victoria Politkovskaïa, petite-fille de la journaliste Anna Politkovskaïa
Vingt ans après l’assassinat à Moscou d’Anna Politkovskaïa, journaliste critique du Kremlin et témoin de la guerre en Tchétchénie, ses commanditaires restent inconnus. Sa petite-fille Anna-Victoria, 19 ans, perpétue aujourd’hui sa mémoire et porte sa voix à travers le monde..
Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa, journaliste russe renommée, est assassinée dans la cage d’escalier de son immeuble à Moscou. Elle travaillait pour le journal Novaïa Gazeta, connu pour ses critiques envers le pouvoir russe. Anna Politkovskaïa s’était notamment illustrée par ses reportages sur la guerre en Tchétchénie, une région du Caucase du Nord, où elle dénonçait les exactions commises par l’armée russe et les forces tchétchènes pro-russes. Vingt ans après sa mort, les commanditaires de son assassinat n’ont jamais été identifiés ni jugés. Son meurtre s’est produit le jour de l’anniversaire de Vladimir Poutine, alors président de la Russie, ce qui a alimenté les soupçons de complicité ou d’indifférence des autorités.
Anna Politkovskaïa est considérée comme une figure majeure du journalisme d’investigation en Russie. Ses écrits, souvent publiés dans Novaïa Gazeta, ont mis en lumière les violations des droits humains et la corruption sous le régime de Vladimir Poutine. Son travail a eu un écho international, notamment pour son courage face à un pouvoir autoritaire. Aujourd’hui, le journal Novaïa Gazeta est classé comme « agent de l’étranger » par les autorités russes, une désignation officielle qui limite ses activités et expose ses journalistes à des pressions. Les similitudes entre la guerre en Tchétchénie, que Anna Politkovskaïa a couverte, et l’invasion de l’Ukraine en 2022, sont frappantes, selon les observateurs.
Anna-Victoria Politkovskaïa, 19 ans en 2026, est la petite-fille d’Anna Politkovskaïa. Elle n’a jamais connu sa grand-mère, assassinée deux jours avant la naissance de sa mère, Vera. Anna-Victoria perpétue aujourd’hui la mémoire de sa grand-mère en portant sa voix à travers le monde. Étudiante en sciences politiques à Amsterdam, elle s’exprime principalement en anglais et parle couramment français. Elle partage avec sa grand-mère un regard déterminé et un engagement pour la défense des droits humains. Anna-Victoria a participé à un hommage à sa grand-mère à Paris en octobre 2026, aux côtés de l’association Russie-Libertés, qui milite pour les droits humains et la démocratie en Russie.
Porter le nom d’Anna Politkovskaïa en Russie est devenu un défi pour Anna-Victoria, surtout après l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Dès l’école, elle a subi des moqueries et des pressions de la part de ses camarades, certains répétant la propagande du Kremlin selon laquelle l’Ukraine serait une partie de la Russie. À 15 ans, elle a commencé à recevoir des menaces anonymes sur son téléphone, l’avertissant que si elle continuait à critiquer la guerre, elle risquait de finir comme sa grand-mère. Un de ses amis d’enfance lui a même reproché de trahir la Russie en quittant le pays. Ces expériences l’ont convaincue qu’elle ne pouvait plus vivre en sécurité en Russie.
En avril 2022, Anna-Victoria et sa mère ont quitté la Russie en secret, prétendant partir en vacances à Saint-Pétersbourg pour éviter d’être arrêtées à la frontière. Elles ont traversé la frontière estonienne en voiture avant de s’installer à Riga, en Lettonie, pendant un an, puis à Rome, en Italie. Ce départ a été marqué par un soulagement intense, notamment après avoir franchi la frontière et réalisé qu’elles étaient enfin libres. Anna-Victoria a gardé avec elle son chat, qui avait fait le trajet depuis Moscou. Bien qu’elle ne craigne pas d’être directement ciblée par le Kremlin, elle reste consciente des risques encourus par les opposants russes à l’étranger.

