Radios communautaires au Honduras : informer sous la menace du narcotrafic
En 2025, treize journalistes ont été assassinés en Amérique latine, selon Reporters sans frontières. En première ligne, les médias locaux, notamment les radios communautaires.
En 2025, treize journalistes ont été assassinés en Amérique latine, selon l'organisation Reporters sans frontières (RSF), une ONG qui défend la liberté de la presse. Cette région est l'une des plus dangereuses au monde pour les professionnels des médias, notamment en raison de l'influence du crime organisé et des conflits locaux. Les radios communautaires, souvent implantées dans des zones reculées, sont particulièrement exposées. Au Honduras, pays d'Amérique centrale marqué par des tensions sociales et des trafics, ces médias locaux jouent un rôle crucial en informant des populations souvent ignorées par les grands groupes médiatiques nationaux.
Le Honduras compte environ soixante radios communautaires, qui émettent dans des territoires difficiles d'accès, comme les zones frontalières avec le Nicaragua. Ces stations, souvent gérées par des bénévoles, sont financées par les habitants eux-mêmes et traitent de sujets locaux ignorés par les médias nationaux. Par exemple, à Radio Cholula, située dans le village d'El Triunfo, les émissions abordent la sécurité, les migrations, les conflits fonciers ou encore les projets miniers. Ces radios deviennent ainsi des acteurs clés de la vie sociale et politique, en relayant les préoccupations des communautés, comme les expropriations ou les activités illégales.
Les radios communautaires honduriennes sont souvent dans le collimateur du narcotrafic et des groupes criminels, car elles dénoncent des activités illégales comme le trafic de drogue, la migration illégale ou les concessions minières accordées à des entreprises sans consultation des populations. En 2023, deux animatrices de Radio Cholula ont été agressées à coups de couteau par des hommes masqués, subissant des blessures graves aux mains. Ces attaques visaient à les intimider et à faire taire leur voix. Les équipes reçoivent régulièrement des menaces anonymes, comme des appels téléphoniques les avertissant : « Tais-toi. Tu sais ce qui est arrivé à ceux qui parlaient. »
Les radios communautaires honduriennes fonctionnent selon un modèle appelé communication populaire, où les habitants sont à la fois auditeurs, financeurs et producteurs de contenu. Aucune formation journalistique n'est requise : les émissions sont réalisées par des bénévoles qui collectent des fonds, mènent des interviews et animent les programmes. Comme l'explique Amada Ponce, directrice de l'organisation C-Libre (une ONG hondurienne défendant la liberté d'expression), ces radios naissent d'un besoin local. « Une radio communautaire apparaît lorsqu'une communauté est confrontée à un problème, un conflit social, une expropriation. Les habitants se réunissent et décident qu'ils ont besoin de leur propre moyen d'information », précise-t-elle. Ce modèle repose sur la solidarité et l'engagement citoyen.
Malgré leur utilité sociale, les radios communautaires honduriennes évoluent dans un environnement extrêmement risqué. Certaines équipes se censurent par peur des représailles, tandis que d'autres, comme **Radio Cholula**, continuent d'informer malgré les menaces. Les journalistes locaux, souvent non professionnels, doivent faire face à des défis constants : attaques physiques, intimidations, ou pression économique. Pourtant, ces médias restent essentiels pour informer les populations sur des sujets critiques, comme les droits fonciers ou les activités illégales. Leur survie dépend largement de la résilience des communautés qu'ils servent et de leur capacité à s'organiser face à l'adversité.

