NapseflowNapseflow
Géopolitique

Au Maroc, la soif persiste au pied des usines de désalinisation

Courrier International · mis à jour il y a 24 j

À Safi, ville industrielle sur la côte atlantique, l’eau reste une denrée précieuse alors même que la ville dispose de nombreuses infrastructures de désalinisation. Le site marocain d’investigation “Enass” a enquêté sur ce paradoxe, entre coupures persistantes, accaparement de l’eau par des industries polluantes et “technosolutionnisme” au détriment de l’environnement..

Safi en crise

En septembre 2025, la ville côtière de Safi, au Maroc, subit une chaleur accablante et une crise de l’eau sans précédent. Malgré sa richesse en phosphate et son rôle majeur comme port de pêche et d’exportation, Safi est marquée par une infrastructure vieillissante et un délabrement visible. La ville, qui produit des ressources stratégiques pour le pays, semble paradoxalement négligée. Cette situation contraste avec l’importance économique de Safi, où les activités industrielles et portuaires devraient normalement garantir un accès suffisant aux services essentiels comme l’eau potable. Pourtant, les habitants subissent des conditions précaires, illustrant un déséquilibre entre les richesses produites et les besoins locaux satisfaits.

Coupures d’eau répétées

Entre 2024 et 2025, Safi a connu des coupures d’eau prolongées et imprévisibles, touchant plusieurs quartiers de la ville. Ces interruptions, qualifiées par les habitants de « soif organisée », ont provoqué des tensions sociales et des manifestations. Les coupures affectent particulièrement les populations vulnérables : enfants, femmes, personnes handicapées et malades, pour qui l’accès à l’eau est une question de survie. Mustapha Sandia, coordinateur de la Coalition pour le droit à l’eau à Safi, souligne que « l’eau n’est pas seulement un service, c’est un droit à la vie ». Ces épisodes de pénurie ont poussé les citoyens à s’organiser pour exiger des solutions durables et une meilleure transparence de la part des autorités.

Collectif citoyen mobilisé

Face à la crise, un collectif citoyen s’est formé à Safi pour défendre le droit à l’eau. Ce mouvement, né de l’urgence, est devenu un acteur clé des revendications locales. Les membres du collectif exigent non seulement des informations publiques sur la gestion de l’eau, mais aussi des solutions structurelles pour résoudre le problème. Leur mobilisation reflète une prise de conscience collective : l’accès à l’eau potable ne peut plus être traité comme une variable d’ajustement, mais doit être garanti comme un droit fondamental. Leur action vise à faire pression sur les décideurs pour obtenir des changements concrets et durables.

Phosphate et paradoxes

Safi est l’un des principaux centres d’exportation de phosphate au Maroc, une ressource minérale essentielle pour l’industrie des engrais. Pourtant, cette richesse économique ne se traduit pas par un développement équilibré de la ville. Le phosphate, extrait et exporté en grande quantité, génère des revenus importants pour le pays, mais ne semble pas bénéficier aux habitants locaux en termes d’infrastructures ou de services publics. Ce paradoxe illustre un problème plus large : dans certaines régions, les ressources naturelles exploitée ne profitent pas suffisamment aux populations locales, qui subissent les conséquences environnementales et sociales de leur extraction sans en tirer les avantages.

Ce que ça pourrait changer

La crise de l’eau à Safi s’inscrit dans un contexte plus large de *sécheresse* et de stress hydrique au Maroc. Les épisodes de pénurie, aggravés par les changements climatiques, mettent en lumière la vulnérabilité des villes côtières face aux ressources limitées. Les usines de *désalinisation* de l’eau de mer, souvent présentées comme une solution, ne semblent pas suffisantes pour répondre aux besoins de la population. Cette situation soulève des questions sur la gestion des ressources en eau et la nécessité d’investir dans des infrastructures adaptées, capables de garantir un accès équitable à l’eau pour tous, surtout dans les zones les plus exposées.

Sujets complémentaires