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Culture

Le tigre de Tasmanie éradiqué sur la base d'un préjugé erroné

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 4 j

Originaire d'Australie, le thylacine a été éradiqué au 20e siècle par les colons britanniques inquiets du dangers qu'il aurait représenté pour leur bétail. Une nouvelle étude montre pourtant qu'il s'agissant d'un prédateur de petits animaux, très éloigné du loup ou du tigre, auxquels il est comparé..

Le thylacine, un prédateur méconnu

Le thylacine (ou tigre de Tasmanie) est un marsupial carnivore aujourd’hui considéré comme éteint depuis 1936. Il vivait en Tasmanie, une île australienne. Son nom de tigre vient de ses rayures dorsales, mais sa morphologie ressemble davantage à celle d’un loup ou d’un chien. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agissait pas d’un prédateur de grande taille, mais d’un chasseur de petits animaux rapides. Les colons britanniques l’ont pourtant systématiquement exterminé au 20e siècle, craignant à tort qu’il ne s’attaque à leur bétail. Cette chasse intensive a duré moins de 130 ans, malgré l’absence de preuves de sa dangerosité pour les élevages.

Une erreur scientifique coloniale

L’éradication du thylacine repose sur un préjugé erroné, alimenté par la méconnaissance de son mode de vie. Les colons britanniques, influencés par les comparaisons avec les loups ou les tigres, ont sous-estimé son rôle écologique réel. Une étude récente publiée dans Nature Communications révèle que le thylacine était en réalité un prédateur spécialisé dans la chasse de petits animaux rapides, comme les bandicoots (des marsupiaux locaux). Son crâne, analysé par les chercheurs, présente une combinaison unique de caractéristiques morphologiques : un museau long et fin, similaire à celui d’un renard, et une arrière-crâne robuste, proche de celui d’un loup. Cette structure suggère une prédation par des attaques rapides et répétées, plutôt que par une force brute.

Une étude basée sur l'anatomie

Pour comprendre le mode de prédation du thylacine, les scientifiques ont comparé son crâne à celui de 52 autres espèces de carnivores, dont des loups, des chiens, des renards, des chats marsupiaux et des fossiles de sparassodontes (des marsupiaux sud-américains aux canines imposantes). Les chercheurs ont découpé le crâne en modules (zones anatomiques distinctes) et utilisé des scanners pour analyser leurs formes. Résultat : le thylacine possède un patchwork de traits crâniens. Par exemple, ses canines puissantes, capables de broyer, rappellent celles des chats marsupiaux, tandis que sa mâchoire inférieure évoque celle des canidés. Ces traits indiquent qu’il chassait des proies agiles, nécessitant des morsures précises et rapides.

Un colonialisme néfaste

L’extinction du thylacine illustre les conséquences d’un colonialisme destructeur, où les connaissances locales ont été ignorées au profit de préjugés. Les colons britanniques, en s’appuyant sur des comparaisons superficielle avec des prédateurs européens, ont diabolisé le thylacine sans preuve tangible de sa dangerosité. Sandrine Ladevèze, chercheuse au CNRS et spécialiste de la paléontologie des mammifères, souligne que les populations autochtones auraient pu éclairer les colons sur le rôle réel de cet animal dans l’écosystème. Aujourd’hui, cette étude rappelle l’importance de croiser les savoirs scientifiques et traditionnels pour éviter des erreurs irréversibles, comme l’éradication d’une espèce.

Ce que ça pourrait changer

L’histoire du thylacine invite à une réflexion plus large sur la relation entre l’homme et la biodiversité. Son extinction, survenue en 1936, marque l’une des premières disparitions d’une espèce directement causée par l’activité humaine. Cette étude, en révélant la complexité de son mode de vie, contribue à réhabiliter son image. Elle montre aussi comment des préjugés, combinés à des intérêts économiques (la protection du bétail), peuvent mener à des décisions catastrophiques. Enfin, elle rappelle que la science, pour être juste, doit s’appuyer sur des données solides plutôt que sur des comparaisons hâtives ou des stéréotypes.

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