Les femmes, grandes absentes de la campagne électorale brésilienne
Majoritaires dans l’électorat brésilien, les femmes sont cette année absentes des candidatures à la présidence et à la vice-présidence des principaux partis. Dans le même temps, leur droit de vote, acquis en 1932, est remis en cause par des voix de l’extrême droite.
Au Brésil, les femmes représentent 53 % du corps électoral, ce qui signifie qu'elles constituent la majorité des électeurs et des électrices. Cela signifie qu'elles ont un poids décisif dans les élections, notamment pour la présidentielle d'octobre 2026. Pourtant, malgré cette importance numérique, leur représentation dans les candidatures aux postes clés est quasi inexistante. Cette situation contraste avec leur rôle croissant dans la société brésilienne, où elles s'impliquent activement dans divers mouvements sociaux et luttes quotidiennes. Leur absence parmi les candidats des principaux partis politiques, à la présidence comme à la vice-présidence, soulève des questions sur l'inclusion et la représentativité dans le système démocratique brésilien.
Pour la première fois depuis 1998, aucun parti politique brésilien ne propose de candidate à la présidence ou à la vice-présidence. Cette absence est d'autant plus frappante que le droit de vote des femmes au Brésil existe depuis 1932, date à laquelle elles ont obtenu ce droit après des décennies de mobilisation. Les observateurs, comme la chroniqueuse brésilienne Eliane Brum, soulignent que cette situation reflète un décalage entre la réalité sociale du Brésil, où les femmes occupent des rôles de plus en plus importants, et la classe politique, qui reste dominée par des hommes. Les médias locaux, comme le quotidien O Estado de São Paulo, qualifient cette absence de « déficit de représentation » et estiment qu'une démocratie ne peut ignorer la moitié de sa population sans remettre en cause ses fondements.
En parallèle de cette sous-représentation politique, le droit de vote des femmes brésiliennes est aujourd'hui contesté par des voix issues de l'extrême droite. Ce recul symbolique s'ajoute à leur absence dans les candidatures et interroge sur l'état de la démocratie au Brésil. Historiquement, l'obtention du droit de vote en 1932 avait marqué une avancée majeure pour les droits des femmes dans le pays, après des années de lutte portée par des figures comme la militante Bertha Lutz. Aujourd'hui, cette remise en cause s'inscrit dans un contexte plus large de polarisation politique, où les droits des femmes, notamment en matière de santé reproductive ou d'égalité, sont régulièrement attaqués.
La presse brésilienne réagit vivement à cette situation. Des titres comme El País América et O Estado de São Paulo publient des éditoriaux et des chroniques pour dénoncer cette absence de femmes dans les hautes sphères politiques. Eliane Brum, dans El País América, ironise sur le fait que les candidats et leurs équipes de campagne savent pertinemment que les femmes décideront de l'issue du scrutin, mais que cela ne change rien à leur exclusion des listes. Pour sa part, O Estado de São Paulo estime que cette situation met en lumière un « déficit de représentation » intolérable dans une démocratie. Ces prises de position reflètent une prise de conscience croissante des inégalités persistantes dans le paysage politique brésilien.
En 2026, le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva, figure de gauche, brigue un nouveau mandat. Son principal adversaire est l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro, dont les positions conservatrices et parfois misogynes ont marqué son mandat précédent. Bien que Lula da Silva ait souvent mis en avant des politiques sociales favorables aux femmes, comme l'accès à l'éducation ou aux soins, aucun des deux camps ne propose de candidate féminine pour le seconder. Cette situation illustre une tendance plus large : malgré des avancées législatives, les femmes restent largement exclues des postes de pouvoir exécutif au Brésil, y compris dans les partis progressistes.

