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Géopolitique

L’Indonésie se transforme-t-elle en “république bananière” ?

Courrier International · mis à jour il y a 19 j

Depuis plusieurs semaines, la police et le parquet indonésiens se livrent une guerre ouverte, chacun instrumentalisant des enquêtes anticorruption contre l’autre. Un affrontement au sommet de l’État que l’hebdomadaire Tempo compare aux dérives d’une “république bananière”..

Programme scolaire controversé

Le président indonésien Prabowo Subianto a lancé un programme social majeur : des repas gratuits et nutritifs dans les cantines scolaires. Ce dispositif, à la fois ambitieux et critiqué, vise à améliorer la nutrition des enfants. Cependant, il est déjà très controversé en raison de son coût élevé : plus de 6 milliards d’euros de fonds publics ont été dépensés en moins de deux ans. Ce montant colossal soulève des questions sur la gestion des finances publiques et l’efficacité du programme. Les critiques portent notamment sur son ampleur, son financement et les risques de détournements de fonds, comme le révèle un scandale récent.

Scandale de corruption massif

Fin juin, un scandale de corruption a éclaté autour de l’Agence nationale de la nutrition, chargée de mettre en œuvre le programme des repas scolaires. Le parquet indonésien a inculpé deux policiers haut gradés pour détournement de fonds. Cette affaire révèle une corruption généralisée au sein de l’agence, mettant en lumière des malversations financières à grande échelle. Les fonds publics, destinés à nourrir les enfants, auraient été détournés pour des usages personnels ou illégaux. Ce scandale a déclenché une crise institutionnelle entre les forces de l’ordre et la justice.

Affrontement institutions

En réponse au scandale, la police a riposté en perquisitionnant plusieurs résidences liées à Febrie Adriansyah, procureur général adjoint chargé des affaires pénales spéciales. Lors de ces opérations, les enquêteurs ont saisi 74 kilogrammes d’or et près de 500 milliards de roupies indonésiennes en liquide, soit environ 24 millions d’euros. Ces perquisitions sont officiellement justifiées par des enquêtes sur des présumées extorsions commises par des procureurs. Cependant, le magazine Tempo y voit une opération de représailles, où la police et le parquet utilisent le droit et leurs prérogatives comme armes dans un conflit de pouvoir.

Risque de dérive politique

L’affrontement entre la police et le parquet, décrit comme un verrouillage mutuel par l’enquête anticorruption, soulève des inquiétudes. Bien que ces enquêtes puissent sembler bénéfiques pour lutter contre la corruption, Tempo met en garde contre leur instrumentalisation à des fins politiques. Sans intervention présidentielle, ces conflits pourraient être réglés en coulisses, au détriment de l’État de droit. Le journal compare cette situation à celle d’une république bananière, un terme forgé en 1904 par l’écrivain américain O. Henry pour désigner un pays fictif miné par la corruption et dépendant des matières premières.

Ce que ça pourrait changer

Le terme *république bananière* est depuis utilisé comme une métaphore politique pour décrire un État où une oligarchie contrôle l’économie, souvent dépendante des ressources naturelles comme les bananes ou le pétrole. Dans ce contexte, l’Indonésie est comparée à ce modèle en raison de sa corruption endémique et de son économie partiellement dépendante des matières premières. Cependant, *Tempo* souligne que l’Indonésie n’est pas un cas aussi extrême que le pays fictif d’*Anchuria*. Malgré cela, l’hebdomadaire avertit que les récents événements pourraient faire craindre une dégradation de l’État de droit, au détriment de la population indonésienne.

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