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Généraliste

Que faire de «Dom Juan»?

Le Devoir · mis à jour il y a 1 j

La relecture du classique de Molière, originale et prometteuse, peine toutefois à trouver le rythme..

Adaptation moderne de Dom Juan

L’article présente une adaptation de la pièce Dom Juan ou le festin de Pierre de Molière, signée par le metteur en scène français David Bobée. Créée en 2023 au théâtre du Nord à Lille, cette version est jouée au Théâtre du Trident à Québec jusqu’au 10 octobre. L’adaptation se distingue par une approche linguistique audacieuse : elle intègre des éléments de langue espagnole, notamment dans la scène des amoureux, pour moderniser le texte classique de Molière tout en conservant son style. Les costumes, mêlant références classiques et modernes, et la scénographie, avec un immense torse de pierre tronqué, renforcent cette volonté de créer un pont entre les époques. La pièce est une coproduction entre le Trident (Québec) et le Théâtre du Nord (France), avec une distribution internationale incluant des artistes du Québec, de la France et du Congo.

Qualités scéniques et jeu d'acteurs

L’adaptation de David Bobée met en lumière plusieurs atouts scéniques et interprétatifs. Le tandem formé par David Bouchard (Dom Juan) et Shade Hardy Garvey Moungondo (Sganarelle) est particulièrement remarqué. Bouchard incarne un Dom Juan hautain et précis, tandis que Moungondo apporte une dimension attachante et nuancée à son rôle de valet, jouant avec naturel et humour. Leur alchimie contribue à rendre le texte accessible. La musique, composée par Jean-Noël Françoise, joue un rôle clé en soulignant les moments forts de la pièce, alternant entre puissance et tendresse. Ces choix artistiques permettent d’introduire le public de 2024 au texte de 1665, tout en créant une expérience immersive et visuellement frappante.

Limites de la relecture morale

Malgré ses qualités, l’adaptation peine à convaincre sur le plan narratif et moral. Dom Juan, personnage central, est présenté comme profondément détestable et bestial, ce qui suscite un dégoût unanime du public. Cette approche élimine toute ambiguïté, réduisant la pièce à une condamnation morale sans équivoque. Or, le texte original de Molière repose en partie sur cette ambiguïté, notamment à travers la figure du Ciel (la justice divine), absente dans cette version. L’adaptation, bien qu’elle prenne des libertés ailleurs, ne comble pas ce fossé entre les valeurs du XVIIe siècle et celles d’aujourd’hui. Le public moderne, moins sensible à une morale religieuse, peut ainsi se sentir déconnecté du message final.

Ce que ça pourrait changer

Un autre point faible de la représentation réside dans son rythme. Après une ouverture prometteuse, certaines scènes s’étirent excessivement, donnant l’impression d’un spectacle long et parfois gênant. Les scènes initialement drôles perdent leur efficacité, et le récit peine à avancer. Le metteur en scène David Bobée, pourtant reconnu pour son aisance, aurait pu opter pour des condensations ou des coupures pour dynamiser la pièce. Cette longueur affecte la progression globale et dilue l’impact des nombreuses qualités initiales. Le spectacle, qui s’achève le 10 octobre, aurait gagné en fluidité avec un resserrement de certaines séquences.

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