Taptic Engine et contrefaçon : Apple perd une manche à 5,7 milliards de dollars
Un jury californien vient de condamner Apple à verser 5,7 milliards de dollars de dommages et intérêts à Taction Technology, en raison d’une contrefaçon alléguée de brevets au sein du Taptic Engine, le moteur haptique des iPhone et Apple Watch. Apple a annoncé qu’elle ferait appel de ce verdict au montant record.
Taction Technology est une entreprise américaine basée à San Diego, en Californie, spécialisée dans le développement de technologies de retour de force haptique. Ces technologies permettent de créer des sensations tactiles précises, comme des vibrations ou des résistances, lors de l'interaction avec un écran ou un appareil. Par exemple, elles sont utilisées dans les casques audio ou les téléphones pour simuler des clics ou des retours physiques. Fondée avant 2021, cette société détient plusieurs brevets dans ce domaine et les commercialise sous licence à d'autres entreprises, comme Corsair pour son casque HS60. Depuis 2021, elle est engagée dans un conflit judiciaire avec Apple, l'accusant d'avoir utilisé sans autorisation des technologies protégées par ses brevets dans son moteur de vibration, le Taptic Engine.
Les deux brevets contestés par Apple, déposés par Taction Technology, sont identifiés par les numéros US10659885B2 et US10820117B2. Ces brevets couvrent une technologie spécifique de vibreur haptique, composée d'un aimant et d'une bobine, conçue pour produire une réponse tactile la plus « plate » possible. Cela signifie que la vibration ressentie par l'utilisateur est nette et ne se prolonge pas dans le temps, contrairement aux vibreurs classiques. Pour y parvenir, Taction utilise un ferrofluide, un liquide magnétique qui s'accroche à l'aimant pour amortir les résonances indésirables. Les brevets protègent une plage de résultats mesurée par un facteur Q (un indicateur de la qualité d'amortissement) compris entre 1,5 et 3. Ces brevets ont été accordés par l'Office américain des brevets et des marques (USPTO) avant d'être au cœur d'un litige avec Apple.
Le 25 septembre 2026, un jury de San Diego a rendu un verdict en faveur de Taction Technology. Il a estimé qu'Apple avait bien contrefait certaines des revendications couvertes par les deux brevets de Taction dans son Taptic Engine, utilisé notamment dans les iPhone et les Apple Watch. Le jury a condamné Apple à verser 5,721 milliards de dollars de dommages et intérêts à Taction. Ce montant record pour une affaire de contrefaçon de brevet aux États-Unis repose probablement sur une estimation forfaitaire des redevances que Apple aurait dû payer, multipliée par le nombre d'appareils vendus depuis le début de la contrefaçon alléguée. Cependant, le jury a précisé que cette contrefaçon n'était pas délibérée, ce qui aurait pu tripler le montant des dommages. Apple a immédiatement annoncé son intention de faire appel, tout en affirmant que son Taptic Engine est fondamentalement différent des technologies protégées par Taction.
Avant ce verdict, l'affaire avait connu un premier rebondissement en août 2023. À cette date, le juge Robinson avait rendu un jugement sans procès en faveur d'Apple, estimant que Taction n'avait pas suffisamment prouvé la contrefaçon. Il avait notamment jugé que les avis de l'expert technique mandaté par Taction relevaient de l'interprétation du juge et non d'un jury. Cependant, ce jugement a été annulé par la Cour d'appel du circuit fédéral le 13 août 2025, qui a estimé que le juge avait été trop restrictif. Cette décision a ouvert la voie à un nouveau procès, aboutissant au verdict du 25 septembre 2026. Ce va-et-vient illustre la complexité des affaires de contrefaçon, où les interprétations techniques et juridiques peuvent varier selon les instances.
Apple conteste le verdict et affirme que son *Taptic Engine* est différent des technologies protégées par les brevets de Taction. L'entreprise reconnaît utiliser un ferrofluide pour l'amortissement des vibrations, comme Taction, et obtient un *facteur Q* compatible avec la plage de 1,5 à 3. Cependant, elle soutient que son implémentation repose sur un *contrôleur logiciel en boucle fermée*, une technologie qui régule en temps réel la réponse du vibreur. Selon Apple, sans ce contrôleur, son système ne tomberait pas dans la plage couverte par les brevets de Taction. L'appel d'Apple devrait donc se concentrer sur ces différences techniques et sur le calcul des dommages et intérêts, qu'elle juge excessif. La firme de Cupertino maintient que son moteur de vibration est innovant et distinct des solutions existantes.

