De l'opportunité d'adapter Bret Easton Ellis à l'écran
Petite réflexion inspirée par la récente série "The Shards", signée Ryan Murphy, et à laquelle l'auteur d'American Psycho a lui-même contribué : objet semi-convaincant, comme sans doute toute adaptation de ces romans dont l'ironie singulière passe difficilement à l'écran..
L'article aborde la question de l'adaptation à l'écran des romans de Bret Easton Ellis, un écrivain américain connu pour des œuvres comme American Psycho ou Les Lois de l'attraction. Ces livres se caractérisent par une narration froide, une ironie mordante et des personnages souvent sans intériorité marquée, ce qui rend leur transposition visuelle particulièrement complexe. L'exemple récent cité est la série The Shards (2026), coécrite par Ellis lui-même et réalisée par Ryan Murphy, un créateur de séries américain célèbre pour des productions horrifiques et stylisées. La série, diffusée sur Disney+, s'inspire d'un roman publié en 2023 et raconte l'histoire d'un groupe d'adolescents aisés de Beverly Hills confrontés à une série de crimes. L'article souligne que les romans d'Ellis, bien que perçus comme difficiles à adapter, posent la question de leur potentiel télévisuel, malgré les défis liés à leur style littéraire unique.
La série The Shards se déroule au début des années 1980 et suit le personnage de Bret, un adolescent vivant dans un milieu privilégié mais marqué par l'absence ou l'irresponsabilité de ses parents. Le récit mêle des éléments de teen movie (film centré sur des adolescents), de récit initiatique et d'horreur. L'intrigue se concentre sur deux événements perturbateurs : l'arrivée d'un nouvel élève mystérieux, Robert Mallory, et une série d'enlèvements et de meurtres surnommés Le Chalutier par les médias. Bret, à la fois fasciné et inquiet, soupçonne un lien entre Mallory et ces crimes. La série adopte une structure narrative classique, contrairement au roman qui débutait par un prologue ironique et autobiographique, mettant en scène l'auteur lui-même. Cette approche modifie l'équilibre initial du récit, en privilégiant une narration plus linéaire et accessible.
L'un des principaux défis de l'adaptation des romans de Bret Easton Ellis réside dans la représentation de personnages souvent décrits comme froids, sans profondeur psychologique et très sexualisés. L'article cite l'exemple de American Psycho, dont l'adaptation cinématographique avec Christian Bale dans le rôle de Patrick Bateman a été jugée décevante par certains critiques. En effet, donner une chair à des personnages aussi minimalistes peut créer une contradiction formelle, car leur essence repose sur leur absence d'intériorité. Dans The Shards, cette difficulté se manifeste par la transformation des personnages du roman en entités plus concrètes à l'écran, ce qui risque de diluer leur singularité. La série tente de concilier cette exigence avec des codes visuels plus classiques, comme le style hollywoodien ou les références à des marques de luxe (Ralph Lauren).
L'article met en avant l'interprète principal de The Shards, Igby Rigney, un acteur peu connu du grand public. Son interprétation est saluée pour son mélange de douceur et d'inquiétante étrangeté, évoquant des comparaisons avec un jeune Tom Cruise. Rigney incarne Bret, un personnage à la fois naïf et potentiellement psychopathe, ce qui correspond à l'ambivalence des protagonistes d'Ellis. Son jeu d'acteur est décrit comme une réussite, notamment pour sa capacité à capturer l'essence des personnages du roman, malgré les contraintes de l'adaptation. Cependant, l'article souligne que ce qui reste le plus fidèle à l'esprit d'Ellis dans la série est la voix off, un élément purement littéraire qui échappe aux limites de la représentation visuelle.
La réception critique de *The Shards* est contrastée. Aux États-Unis, la série a été jugée sévèrement par certains critiques, tandis que l'auteur de l'article la trouve *honorable*, soulignant son mérite à poser la question de la télégénie des romans d'Ellis. La série est perçue comme un objet *semi-convaincant*, ni totalement réussi ni complètement raté, reflétant les difficultés inhérentes à l'adaptation d'une œuvre aussi stylisée et ironique. L'article note que les libertés prises par la série, comme l'édulcoration de certains aspects du roman ou la modification de la structure narrative, peuvent expliquer cette réception mitigée. Malgré ces critiques, *The Shards* est présenté comme une tentative intéressante de transposer à l'écran l'univers unique de Bret Easton Ellis.

