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Le climat et les humains : Habitat et climat, les bons conseils du passé

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 1 h

Les sociétés humaines ont toujours adapté leur habitat à la question climatique, pour lutter contre le froid, le vent, la pluie, mais aussi la chaleur et les rayons du soleil. Quelles techniques et matériaux ont permis aux humains de vivre dans des climats hostiles tout au long de leur histoire ?.

Lien entre habitat et climat

Depuis toujours, les sociétés humaines adaptent leurs habitats aux conditions climatiques pour survivre. Que ce soit pour affronter le froid, le vent, la pluie, la chaleur ou les rayons du soleil, les humains ont développé des techniques et des matériaux spécifiques. L’architecture et l’urbanisme ne sont pas seulement des questions de style ou d’esthétique, mais aussi des stratégies pour créer des microclimats vivables dans des environnements hostiles. Cette préoccupation est visible dans l’architecture traditionnelle comme dans les constructions savantes. Par exemple, dans l’hémisphère nord, les bâtiments sont conçus pour résister au froid hivernal et à la neige, tout en se protégeant de la chaleur estivale. Dès l’Antiquité, des architectes comme Vitruve, un architecte romain du 1ᵉʳ siècle avant notre ère, ont théorisé ce lien entre construction et climat, notamment dans son ouvrage De architectura.

Révolution énergétique du XIXe siècle

À partir du milieu du XIXe siècle, l’accès à des énergies fossiles abondantes a profondément transformé la relation entre l’architecture et le climat. L’invention du chauffage central, la généralisation de l’électricité et le développement de l’air conditionné (à partir des années 1930) ont permis de concevoir des bâtiments sans tenir compte des contraintes climatiques. Ces innovations ont rendu possible la production artificielle de chaleur ou de fraîcheur, reléguant au second plan la question de la soutenabilité climatique des constructions. Les bâtiments pouvaient désormais être conçus pour des raisons purement esthétiques ou symboliques, sans égard pour leur efficacité énergétique ou leur adaptation au milieu naturel.

Retour aux solutions naturelles

Depuis les années 1970, la prise de conscience de la finitude des ressources énergétiques fossiles a poussé certains architectes, comme Philippe Rahm, à promouvoir un retour à des méthodes de construction plus naturelles et durables. Ces professionnels invitent à redécouvrir les savoir-faire traditionnels, souvent oubliés avec l’ère des énergies fossiles. L’objectif est de concevoir des habitats qui s’adaptent au climat local sans dépendre de systèmes artificiels énergivores. Cette approche s’inscrit dans une volonté de réduire l’empreinte écologique des bâtiments tout en améliorant leur confort thermique.

Techniques anciennes de rafraîchissement

Les techniques pour rafraîchir ou réchauffer un espace remontent parfois à l’Antiquité ou à la Préhistoire. Par exemple, les moucharabiehs (des cloisons ajourées en bois typiques du Moyen-Orient) ou les persiennes permettent une ventilation traversante, évacuant l’air chaud par le haut des bâtiments. Cette méthode exploite le principe physique selon lequel l’air chaud monte. Des exemples célèbres incluent le Panthéon romain, doté d’un conduit central pour évacuer la chaleur, ou les villas de l’architecte Andrea Palladio (1508-1580) en Vénétie, conçues avec des systèmes de ventilation naturelle. L’inertie thermique (capacité d’un matériau à stocker et restituer la chaleur) est aussi utilisée, comme dans les habitats troglodytes ou enterrés, qui maintiennent des températures fraîches en été.

Matériaux et couleurs pour réguler la température

Certains matériaux et couleurs permettent de réguler la température intérieure des habitats. Par exemple, le marbre, utilisé pour le dallage, ou le chaume, qui protège les constructions des rayons du soleil, contribuent à rafraîchir les espaces. Peindre une maison en blanc permet de réfléchir la lumière solaire et de repousser la chaleur à l’extérieur. L’ombre joue également un rôle clé : des rues étroites, la végétalisation, les passages couverts, les rideaux ou les vélums (toiles tendues pour créer de l’ombre) sont autant de solutions pour limiter l’échauffement. L’orientation des bâtiments, par exemple en évitant une exposition directe au soleil, est une autre technique ancienne pour réguler la température.

Stratégies pour lutter contre le froid

Réchauffer un espace est généralement plus simple que de le rafraîchir. Une pièce de petite taille, bien isolée, peut être chauffée naturellement par la présence de corps humains, d’animaux ou d’un foyer. Les tapis, tapisseries et rideaux agissent comme des isolants thermiques, limitant les déperditions de chaleur. Les habitats traditionnels exploitent souvent ces principes : des espaces compacts, des murs épais et des matériaux comme la pierre ou le bois permettent de conserver la chaleur. Par exemple, les maisons en torchis ou les sassi de Matera en Italie (habitats troglodytes creusés dans la roche) illustrent cette adaptation au climat froid.

Ce que ça pourrait changer

Philippe Rahm, architecte et maître de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles, est une figure majeure de ce mouvement de retour aux solutions naturelles. Il défend une architecture qui s’inspire des savoir-faire traditionnels pour créer des espaces vivables sans recourir aux énergies fossiles. Ses travaux montrent comment des techniques anciennes, comme l’inertie thermique ou l’orientation des bâtiments, peuvent être réinterprétées dans un cadre contemporain. Rahm illustre ainsi que l’architecture durable ne repose pas uniquement sur des technologies high-tech, mais aussi sur une réappropriation intelligente des méthodes du passé.

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