En Argentine, royaume du barbecue
Une étude de la Chambre d’industrie et de commerce des viandes d’Argentine confirme la tendance des dernières années : ces douze derniers mois, la consommation de viande a chuté de 10 %, atteignant un minimum historique. En cause : la hausse des prix et la chute du pouvoir d’achat..
En Argentine, la consommation de viande bovine a atteint un niveau historiquement bas en 2026. Selon les données de la Chambre d’industrie et de commerce des viandes d’Argentine (Ciccra), la consommation par habitant a chuté de 10 % sur les douze derniers mois, tombant à 46 kilogrammes par an. Ce chiffre représente le plus bas niveau enregistré depuis que la Ciccra publie ses statistiques, soit depuis 2005. Pour comparaison, en 1956, chaque Argentin consommait en moyenne plus de 100 kilogrammes de viande bovine par an, un record jamais égalé depuis. Cette baisse s’inscrit dans une tendance de long terme, avec une perte de 9,5 % de la consommation par rapport à l’année précédente, en août 2026. Les médias locaux soulignent que cette situation ramène la consommation à des niveaux comparables à ceux de 1920.
La chute de la consommation de viande en Argentine s’explique principalement par deux facteurs économiques : la forte hausse des prix et la baisse du pouvoir d’achat des ménages. En août 2026, le prix de la viande bovine a augmenté de 51,2 % par rapport au même mois de l’année précédente, un rythme bien supérieur à l’inflation globale, estimée à 33,2 % sur la même période. Cette inflation galopante réduit la capacité des Argentins à acheter des produits alimentaires, même essentiels. Le phénomène touche particulièrement les classes populaires, dont le budget alimentaire est de plus en plus contraint. Les médias locaux décrivent cette situation comme un « luxe » que de nombreux ménages ne peuvent plus se permettre, notamment pour un repas traditionnel comme l’asado (barbecue argentin), qui est bien plus qu’un simple repas : c’est un rituel social et culturel.
L’asado est un élément central de la culture argentine. Ce barbecue, souvent organisé en famille ou entre amis, est un rituel codifié qui va bien au-delà de la simple consommation de viande. Il symbolise l’identité nationale et représente un moment de convivialité, notamment le dimanche. Historiquement, l’Argentine était l’un des pays où la consommation de viande bovine était la plus élevée au monde, reflétant à la fois une tradition culinaire et une abondance relative de ressources. Cependant, la baisse actuelle de la consommation menace cette tradition, au point que certains médias évoquent une « crise culturelle ». Les Argentins, habitués à une viande de qualité et à des repas généreux, voient désormais ce plaisir devenir inaccessible pour une partie croissante de la population.
Paradoxalement, alors que la consommation locale de viande bovine s’effondre, les exportations argentines de viande augmentent. Selon la Ciccra, les expéditions à l’étranger ont progressé de 11,4 % sur un an. Cette situation s’explique par une demande internationale soutenue, notamment en provenance de pays comme la Chine, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en protéines animales. La pression exercée par les exportations sur l’offre locale réduit encore davantage la disponibilité de la viande pour les consommateurs argentins, contribuant à la hausse des prix sur le marché intérieur. Ainsi, une partie de la production nationale est « captée » par les marchés étrangers, aggravant la pénurie relative pour les Argentins.
Face à la hausse des prix de la viande bovine, les Argentins se tournent vers des alternatives moins chères pour couvrir leurs besoins en protéines. Le poulet et la viande de porc gagnent en popularité, mais c’est surtout la consommation d’œufs qui connaît un véritable boom. En 2026, l’Argentine est devenue le premier consommateur mondial d’œufs, avec une moyenne de 398 œufs par personne et par an, devançant le Mexique de seulement quelques unités. Les œufs sont perçus comme une solution économique, avec un prix pouvant commencer à partir de 4 euros pour une boîte de trente œufs. Les médias locaux soulignent que ce choix n’est pas un changement de préférence alimentaire, mais une adaptation contrainte à la baisse du pouvoir d’achat. Les œufs offrent un excellent rapport qualité-prix nutritionnelle, ce qui en fait une option privilégiée pour de nombreux ménages.
La baisse de la consommation de viande en Argentine s’inscrit dans un contexte économique et social plus large. Le pays traverse une période de crise marquée par une inflation élevée, une dépréciation de la monnaie locale (le peso argentin) et une détérioration des conditions de vie pour une grande partie de la population. Cette situation a des répercussions sur tous les secteurs de l’économie, y compris l’alimentation. Les médias locaux évoquent un « effondrement du pouvoir d’achat », qui pousse les Argentins à revoir radicalement leurs habitudes de consommation. Cette crise économique, couplée à des politiques publiques parfois contestées, aggrave les inégalités sociales et menace la cohésion nationale, dont l’*asado* était un symbole fort.

