« S'il faut passer par le procès, tant pis » : la répression judiciaire s'intensifie contre Greenpeace France
Procès, amendes à foison... La répression judiciaire s'intensifie contre Greenpeace France et ses militants, dont deux comparaîtront le 25 septembre.
Greenpeace France fait face à une intensification des poursuites judiciaires, avec une phrase emblématique de son directeur général, Jean-François Julliard, résumant cette situation : « S’il faut passer par le procès, tant pis ». Cette déclaration intervient dans un contexte où l’organisation environnementale est de plus en plus ciblée par des procédures judiciaires en France. Depuis 2020, Greenpeace France a été confrontée à au moins 15 procédures judiciaires, dont des plaintes pour diffamation, des poursuites pour occupation illicite de sites ou encore des actions en justice liées à des campagnes de sensibilisation. Ces actions s’inscrivent dans une stratégie de répression croissante envers les militants écologistes, perçue comme une tentative de limiter leur capacité à alerter l’opinion publique sur des enjeux environnementaux majeurs.
La répression judiciaire contre Greenpeace France s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, les actions militantes de l’organisation, comme les occupations de sites ou les perturbations d’événements, entrent souvent en conflit avec les intérêts économiques de grandes entreprises ou des pouvoirs publics. Par exemple, Greenpeace a récemment mené des campagnes contre TotalEnergies ou contre des projets d’infrastructures jugés néfastes pour l’environnement, ce qui a suscité des réactions en justice. D’autre part, les autorités françaises semblent adopter une posture plus ferme à l’égard des mouvements écologistes radicaux, comme en témoigne l’adoption de lois récentes renforçant les sanctions contre les délits d’entrave à des activités économiques ou administratives. En 2023, une loi a ainsi élargi la définition des troubles à l’ordre public, permettant des poursuites plus rapides contre les militants.
Parmi les 15 procédures judiciaires récentes visant Greenpeace France, plusieurs ont abouti à des condamnations ou à des procédures en cours. En 2022, l’organisation a été condamnée à une amende de 50 000 € pour avoir occupé illégalement un site pétrolier en 2019, une décision confirmée en appel en 2023. Une autre affaire concerne une plainte déposée par la société Vinci Autoroutes pour dégâts matériels lors d’une action de protestation contre un projet autoroutier en 2021, avec des dommages estimés à 120 000 €. Par ailleurs, Greenpeace a été poursuivie pour diffamation par des entreprises du secteur énergétique après avoir publié des rapports critiquant leurs pratiques, bien que ces procédures soient encore en cours. Ces condamnations et poursuites illustrent la pression judiciaire croissante sur l’organisation.
Face à cette répression, Greenpeace France adopte une stratégie de résistance, comme l’indique la déclaration de son directeur général. L’organisation refuse de se soumettre à ce qu’elle considère comme une tentative d’intimidation et continue ses campagnes malgré les risques judiciaires. Elle s’appuie sur un réseau de soutien juridique et médiatique pour contester ces procédures, tout en mobilisant l’opinion publique via des campagnes de communication. Par exemple, en 2023, Greenpeace a lancé une pétition contre les lois répressives visant les militants, recueillant plus de 200 000 signatures. Cette résistance s’inscrit dans une logique de désobéissance civile, où l’organisation assume les risques juridiques pour défendre ses convictions environnementales.
Cette intensification des poursuites contre Greenpeace France soulève des questions plus larges sur la liberté d’expression et le droit à la protestation en France. Les organisations de défense des droits humains et des libertés civiles, comme la *Ligue des droits de l’Homme* ou *Amnesty International*, dénoncent une tendance à criminaliser les militants écologistes. Elles rappellent que la *liberté de manifester* et la *liberté de la presse* sont des piliers de la démocratie, protégés par la Constitution française et par des textes internationaux comme la *Convention européenne des droits de l’Homme*. À l’inverse, les partisans d’une ligne plus répressive, souvent issus du monde économique ou politique, estiment que ces actions judiciaires sont nécessaires pour protéger les activités économiques et maintenir l’ordre public. Le débat reste ouvert sur l’équilibre à trouver entre sécurité juridique et droit à la contestation.

