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Généraliste

La guérison au bout de la ligne

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 5 j

La pêche et la fabrication de mouches aident d’anciens militaires à surmonter leurs traumatismes..

Programme Soigner nos braves

Le programme Soigner nos braves par la mouche est une initiative qui rassemble d’anciens militaires des Forces armées canadiennes, principalement des vétérans et vétéranes, pour des séjours de pêche à la mouche. L’objectif est d’offrir un espace de guérison et de reconstruction psychologique à des personnes ayant vécu des traumatismes liés à leur service militaire. Le programme mise sur la camaraderie, la nature et une activité exigeante comme la pêche à la mouche pour aider les participants à retrouver un équilibre mental. Il est organisé dans des zones naturelles comme la zec Bas-Saint-Laurent, près de Rimouski, où les participants peuvent s’isoler des stimuli urbains et se reconnecter à un rythme plus lent et apaisant.

Traumatismes des vétérans

Les vétérans et vétéranes participant au programme souffrent souvent de troubles de stress post-traumatique (TSPT), une condition psychologique qui survient après une exposition à un événement traumatisant, comme un combat en zone de guerre. Selon un rapport du gouvernement du Canada, environ 7,6 % des vétérans de la force régulière présentent des symptômes de TSPT, tandis qu’une étude publiée dans le BMJ estime ce taux à 12 %. Les symptômes incluent des flashbacks (reviviscences involontaires de l’événement), une hypervigilance (perception constante de menaces), de l’isolement social, des dépendances (alcool, drogues) ou des comportements à risque. Le neuropsychologue Guy Boucher explique que le cerveau des personnes atteintes de TSPT interprète différemment les stimuli extérieurs, les associant à des dangers potentiels.

Pêche à la mouche comme thérapie

La pêche à la mouche est une activité qui demande de la patience, de la concentration et une synchronisation avec les mouvements de la canne et de la soie. Elle impose un rythme lent et une attention soutenue à l’environnement, ce qui en fait une pratique proche de la méditation ou de la pleine conscience. Les participants doivent observer les courants, les mouvements de l’eau et le comportement des poissons avant de lancer leur mouche. Cette activité permet de canaliser l’esprit vers un objectif concret, réduisant ainsi les pensées intrusives liées au traumatisme. Simon, un vétéran, décrit cette pratique comme une pleine conscience forcée, où l’individu doit se concentrer sur des gestes précis pour éviter de ruminer ses problèmes.

Simon : parcours de résilience

Simon, 44 ans, est un vétéran du Royal 22e Régiment qui a servi en Afghanistan en 2010-2011. Il a quitté l’armée il y a six ans après avoir développé un TSPT, une période marquée par des difficultés personnelles et un sentiment d’échec. Son expérience en Afghanistan, où il a été déployé en première ligne, a profondément modifié sa perception de la vie. Il décrit cette période comme un changement irréversible, où la personnalité et les priorités évoluent radicalement. Aujourd’hui, Simon participe au programme Soigner nos braves pour reconstruire sa vie et retrouver un sentiment de communauté. Son enthousiasme pour la pêche et son désir de partager ses connaissances avec les autres participants illustrent son engagement dans ce processus de guérison.

Mélodie : retour progressif

Mélodie, 26 ans, est une ancienne militaire du Collège militaire de Saint-Jean, libérée en 2023 après un arrêt de travail pour TSPT. Ses symptômes incluent une anxiété sociale, des troubles de concentration, une hypersensibilité aux stimuli extérieurs (bruits, odeurs) et une claustrophobie. Elle décrit avoir perdu sa carrière et son projet de vie, se sentant prisonnière d’une brume qui obscurcit son avenir. En 2022, elle a commencé à participer au programme Soigner nos braves, d’abord avec appréhension, puis avec un sentiment croissant de soutien. Pour elle, les séances de pêche à la mouche sont devenues une raison de sortir du lit et de retrouver un sens à son quotidien. Elle souligne l’importance de la bienveillance et de la compréhension mutuelle au sein du groupe.

Effets de la nature et communauté

Les séjours organisés par le programme se déroulent dans des environnements naturels isolés, comme la zec Bas-Saint-Laurent, où les participants peuvent échapper au stress urbain. La nature, avec ses sons apaisants (vent, oiseaux, eau) et ses paysages, favorise un état de calme mental. La pêche à la mouche, activité collective mais individuelle, permet aux participants de se reconnecter à eux-mêmes tout en partageant des moments avec des pairs qui comprennent leurs expériences. Nedia Coutinho, porte-parole du programme, souligne que cette communauté offre un espace où les traumatismes n’ont pas besoin d’être verbalisés pour être compris. Les silences entre les participants ne sont pas inconfortables, car ils reflètent une compréhension mutuelle et un respect des parcours individuels.

Ce que ça pourrait changer

Le programme *Soigner nos braves* illustre une approche alternative pour traiter les TSPT, complémentaire aux thérapies traditionnelles comme la psychothérapie ou les médicaments. Plutôt que de se concentrer sur l’événement traumatisant, cette méthode mise sur la reconstruction de l’identité et du lien social à travers une activité partagée. Les participants, comme Simon et Mélodie, décrivent une amélioration de leur bien-être mental grâce à la combinaison de la nature, de la concentration requise par la pêche et de la solidarité du groupe. Cette approche rejoint des concepts comme la *thérapie par l’exposition naturelle* ou les *activités méditatives*, où l’accent est mis sur le présent et l’action plutôt que sur le passé.

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