Partout dans le monde, on redouble d’ingéniosité face aux moustiques
Des pièges imitant les odeurs humaines aux drones détectant les battements d’ailes des moustiques, tous les moyens sont bons pour traquer et éliminer ces miniuscules tueurs en série.
Le Sri Lanka fait face à une épidémie de dengue particulièrement grave en 2026, avec 91 059 cas recensés depuis le début de l’année, dont un quart en juillet seulement, et 68 décès. Cette situation, la pire depuis une décennie, a poussé les autorités à mobiliser l’armée pour lutter contre la propagation des moustiques. Des drones militaires sont utilisés pour inspecter les toits des habitations, écoles et chantiers afin de repérer les flaques d’eau stagnante, lieux de reproduction du moustique Aedes, vecteur de la dengue. Près de 11 000 sites ont été identifiés et 4 000 établissements sanctionnés pour avoir abrité ces eaux stagnantes. Les militaires interviennent également dans les hôpitaux saturés par l’afflux de patients. En 2017, une précédente épidémie avait causé 450 décès.
En Belgique, dans la commune de Halmaal près de Bruxelles, une entreprise locale a développé des bornes en bois d’un mètre de haut pour piéger les moustiques. Ces dispositifs imitent les signaux naturels attirant les moustiques, comme l’odeur corporelle, la transpiration ou d’autres arômes. Ils combinent des lampes UV, des ventilateurs et des appâts naturels pour attirer les insectes, qui sont ensuite piégés. Un test mené dans la commune a montré l’efficacité de ces bornes : les moustiques sont capturés sans nuire aux autres espèces comme les abeilles ou les libellules. Cette solution évite l’utilisation de produits chimiques et s’avère adaptée aux zones inondables, propices à la prolifération des moustiques.
Des chercheurs ougandais et gallois ont mis au point une lotion antimoustique à base de cataire, une plante aussi appelée herbe-à-chats. Cette lotion, contenant 6 % d’huile de cataire, s’avère aussi efficace que le DEET, un répulsif chimique très répandu mais coûteux, surtout dans les zones rurales. Le DEET est le principal ingrédient des répulsifs commerciaux, mais son prix limite son accessibilité dans les pays africains où le paludisme fait des ravages. L’Afrique représente 95 % des 600 000 décès dus au paludisme enregistrés en 2024. Cette lotion locale pourrait donc offrir une solution abordable pour lutter contre cette maladie.
En Chine, dans l’ouest de Pékin, le parc de Yongding a inauguré un système tridimensionnel pour éliminer les moustiques, le premier du genre dans le pays. Ce dispositif combine plusieurs méthodes : des gaz attractifs imitant l’odeur humaine pour capturer les moustiques, neuf lampes solaires pour les détruire sans pollution chimique, et la plantation de plantes répulsives comme la cataire, la menthe citronnée et la campanule, dont les parfums perturbent la reproduction des moustiques. Les autorités ont également mis en place un nettoyage systématique des points d’eau stagnante et un élagage de la végétation pour éliminer les habitats des moustiques. Ce projet pilote vise à être reproduit dans d’autres parcs après une analyse approfondie.
La start-up française Tornyol a développé un drone quadricoptère autonome de 40 grammes, conçu pour détecter et éliminer les moustiques. Équipé d’un sonar ultrasonique, il identifie les moustiques grâce à la signature acoustique du battement de leurs ailes, comme une chauve-souris. Une fois la cible verrouillée, le drone fonce sur le moustique et le déchiquète avec ses hélices. En juillet 2026, une vidéo a montré le drone pulvérisant un papillon de nuit, prouvant son efficacité. Commercialisé autour de 1 000 euros, ce drone pourra patrouiller sur 2 hectares pendant trois minutes avant de retourner automatiquement se recharger. Son développement est encore en cours.
À l’université de Wollongong en Australie, le chercheur Kiran Trivedi a conçu une intelligence artificielle (IA) capable de distinguer les moustiques vecteurs de maladies de ceux sans danger, en analysant leur bourdonnement. Chaque espèce de moustique possède un battement d’ailes unique : l’anophèle, vecteur du paludisme, bat à une fréquence basse, tandis que l’Aedes aegypti, vecteur de la dengue, bat à une fréquence élevée. L’IA, basée sur l’apprentissage automatique à faible consommation (Tiny ML), atteint une précision de 88,3 %. Ce dispositif pourrait être commercialisé en Inde à 4,5 euros, offrant une solution accessible pour lutter contre les maladies transmises par les moustiques.
À Washington D.C., Michelle Mingrone, une habitante frustrée par la prolifération des moustiques tigres, a lancé un appel en ligne qui a abouti à la création du « Comité des moustiques riquiqui ». En trois mois, près de 2 000 foyers se sont joints à cette initiative citoyenne, installant des pièges électriques et éliminant les points d’eau stagnante. Le comité recommande également de remplacer les plantes invasives par des espèces locales moins attractives pour les moustiques. Bien que les données précises manquent, les participants constatent une réduction de la nuisance. Cette approche montre l’efficacité d’une stratégie collective et non chimique pour limiter la prolifération des moustiques.

