Comprendre les consignes données aux populations lors des feux de forêt
L’ESSENTIEL Les incendies de végétation de grande ampleur, comme ceux qui ont touché la Gironde cet été, sont appelés à se multiplier et à s’intensifier en France sous l’effet du changement climatique. Ces feux libèrent de grandes quantités de polluants qui représentent un danger sanitaire, à l’origine des consignes données aux populations lors de ces épisodes.
Les incendies de végétation de grande ampleur, appelés aussi mégafeux, se multiplient et s’intensifient en France en raison du changement climatique. Par exemple, plus de 220 000 personnes ont été évacuées lors des feux en Gironde en 2026. Ces incendies libèrent des polluants dangereux pour la santé, comme les particules fines (PM10 et PM2,5), dont les seuils réglementaires ont été dépassés dans trois départements. D’ici 2050, la fréquence et l’intensité de ces feux devraient augmenter, avec une extension géographique des surfaces brûlées. Plusieurs facteurs expliquent cette aggravation : l’élévation des températures, l’assèchement des végétaux, la détérioration de l’état des forêts (liée au manque d’entretien et aux parasites) et l’urbanisation croissante près des espaces forestiers. Ces phénomènes créent des réactions en chaîne difficiles à maîtriser pour les services de secours.
Les fumées des feux de forêt contiennent des particules et des gaz très polluants, comme les particules en suspension (cendres, PM10, PM2,5, particules ultrafines) et des substances comme le monoxyde de carbone (CO), le dioxyde de carbone (CO₂), des composés organiques volatils (COV), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des métaux lourds. Ces particules peuvent voyager sur des centaines, voire des milliers de kilomètres sous l’effet du vent, dégradant la qualité de l’air sur de vastes zones. En France, leur surveillance repose sur des stations de mesure (Géod’air), des modélisations (PREV’AIR) et des observations satellitaires. Les fumées issues des feux sont jusqu’à 80 % plus toxiques que la pollution de fond en raison de leur composition complexe, qui varie selon la distance à l’incendie et les matériaux brûlés.
En France, la gestion des incendies repose sur une gouvernance à plusieurs niveaux. À l’échelle nationale, les ministères définissent le cadre réglementaire, tandis qu’à l’échelle territoriale, les préfets et les maires adaptent les mesures aux spécificités locales. Les consignes sanitaires pour protéger les populations des fumées sont centralisées par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), qui les décline en trois phases : prévention, protection pendant l’incendie et retour au domicile. Ces consignes s’adressent à la population générale et aux personnes vulnérables (personnes âgées, enfants, individus souffrant de pathologies respiratoires ou cardiovasculaires).
La prévention vise à réduire les risques de départ de feu, responsables de 90 % des incendies, et à limiter leur propagation. Elle inclut des mesures comme éviter les comportements à risque (mégots, barbecues, brûlage de déchets) et contrôler la végétation autour des habitations. L’Anses recommande aussi de préparer un kit d’urgence pour faire face aux évacuations. Ces mesures sont particulièrement importantes près des zones habitées, où 80 % des départs de feux se produisent. La prévention repose sur des obligations légales ou des recommandations, selon les territoires et les périodes de l’année.
Pendant un incendie, il est conseillé de limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur pour réduire l’exposition aux particules toxiques. À l’intérieur, il faut maintenir une bonne qualité de l’air en évitant d’ouvrir les fenêtres et en limitant les sources de pollution intérieure (cigarettes, bougies, etc.). En cas de canicule simultanée, il est nécessaire de rafraîchir le logement tout en tenant compte de l’orientation des vents pour éviter l’intrusion des fumées. Les personnes vulnérables peuvent porter un masque de protection respiratoire (FFP2 ou FFP3), bien que celui-ci ne protège pas de toutes les substances présentes dans les fumées. Boire abondamment aide à maintenir l’hydratation des muqueuses respiratoires.
Après un incendie, le retour au domicile doit être préparé pour éviter une exposition résiduelle aux polluants. Il est recommandé de nettoyer les surfaces à l’eau, de porter des gants et de se laver les mains. Les personnes vulnérables doivent porter un masque FFP2 pendant le nettoyage. Ces mesures visent à limiter la remise en suspension des particules et à sécuriser l’habitat. L’Anses insiste sur l’importance de cette phase souvent négligée, qui peut prolonger l’exposition aux polluants si elle n’est pas bien gérée.
Face à l’augmentation des incendies, l’*Anses* plaide pour une culture de la prévention plutôt que pour une gestion de crise ponctuelle. Elle propose trois axes : sensibiliser le grand public, améliorer les connaissances sur les substances dangereuses peu documentées, et renforcer les méthodes de surveillance environnementale, notamment via des outils cartographiques. L’agence souligne l’importance d’informer les populations, y compris à distance des incendies, en cas de transport des panaches de fumée. Des outils comme la *Météo des forêts* de Météo France permettent d’anticiper les risques et d’adapter les comportements en fonction du niveau de danger prévu à l’échelle départementale.

