El Niño : comment les scientifiques mesurent-ils l’ampleur du phénomène ?
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit dans l'océan Pacifique, généralement tous les 2 à 7 ans. Il se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans la partie centrale et orientale du Pacifique équatorial. Ce réchauffement perturbe les courants marins et atmosphériques à l'échelle mondiale, entraînant des modifications des régimes de pluie, des températures et des événements météorologiques extrêmes comme des sécheresses ou des inondations. Par exemple, lors d'un épisode fort d'El Niño, les températures de surface de l'océan peuvent augmenter de 2 à 4°C au-dessus des normales saisonnières. Ce phénomène est opposé à *La Niña*, qui correspond à un refroidissement anormal des mêmes zones océaniques. Juliette Mignot, océanographe à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et directrice adjointe du laboratoire LOCEAN, souligne que ces variations océaniques ont des répercussions directes sur le climat global, notamment en intensifiant les ouragans dans le Pacifique ou en provoquant des canicules en Asie du Sud-Est.
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se produit dans l'océan Pacifique, généralement tous les 2 à 7 ans. Il se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans la partie centrale et orientale du Pacifique équatorial. Ce réchauffement perturbe les courants marins et atmosphériques à l'échelle mondiale, entraînant des modifications des régimes de pluie, des températures et des événements météorologiques extrêmes comme des sécheresses ou des inondations. Par exemple, lors d'un épisode fort d'El Niño, les températures de surface de l'océan peuvent augmenter de 2 à 4°C au-dessus des normales saisonnières. Ce phénomène est opposé à La Niña, qui correspond à un refroidissement anormal des mêmes zones océaniques. Juliette Mignot, océanographe à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et directrice adjointe du laboratoire LOCEAN, souligne que ces variations océaniques ont des répercussions directes sur le climat global, notamment en intensifiant les ouragans dans le Pacifique ou en provoquant des canicules en Asie du Sud-Est.
Pour mesurer l'ampleur d'El Niño, les scientifiques s'appuient sur plusieurs outils technologiques et méthodes. Les bouées ancrées et les flotteurs autonomes (comme ceux du programme Argo) sont déployés dans l'océan Pacifique pour enregistrer en temps réel la température, la salinité et la pression des eaux jusqu'à 2 000 mètres de profondeur. Ces données sont complétées par des satellites, comme ceux de la NASA ou de l'Agence spatiale européenne (ESA), qui mesurent la hauteur de la surface de l'océan et les variations de température à l'échelle planétaire. Juliette Mignot explique que ces instruments permettent de calculer l'indice Niño (ONI), un indicateur clé basé sur la moyenne mobile des anomalies de température de surface sur trois mois dans une zone spécifique du Pacifique. Un épisode El Niño est officiellement déclaré lorsque cet indice dépasse +0,5°C pendant au moins cinq mois consécutifs. Les modèles climatiques, comme ceux utilisés par Météo-France ou le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT), intègrent ces données pour simuler l'évolution du phénomène et ses impacts potentiels.
Les prévisions d'El Niño reposent sur des modèles numériques qui analysent les interactions entre l'océan et l'atmosphère. Ces modèles, développés par des institutions comme l'IRD, l'Université de Columbia ou le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) aux États-Unis, simulent les scénarios possibles en fonction des données collectées. Juliette Mignot précise que ces prévisions permettent d'anticiper les impacts avec un délai de 3 à 6 mois, ce qui est crucial pour les populations et les gouvernements. Par exemple, en 2026, les modèles ont permis d'alerter sur un épisode El Niño modéré à fort, avec des conséquences attendues comme des pluies diluviennes en Amérique du Sud et des températures anormalement élevées en Afrique de l'Est. Cependant, la précision des prévisions reste limitée par la complexité des interactions climatiques et la variabilité naturelle du phénomène. Les scientifiques soulignent aussi l'importance de croiser les données des modèles avec des observations in situ pour affiner les projections.
Les conséquences d'El Niño s'étendent bien au-delà du Pacifique. En 2026, l'épisode en cours a déjà provoqué des perturbations majeures : des inondations dévastatrices au Pérou et en Équateur, des sécheresses en Australie et en Indonésie, ainsi qu'une augmentation des cas de paludisme en Afrique de l'Est en raison des eaux stagnantes favorisant les moustiques. Juliette Mignot mentionne également que ce phénomène aggrave les effets du changement climatique, en amplifiant les vagues de chaleur ou en réduisant les rendements agricoles, comme ceux du soja ou du café en Amérique latine. Les coûts économiques de ces perturbations sont estimés à plusieurs milliards de dollars par an, selon la Banque mondiale. Les scientifiques insistent sur la nécessité de mieux comprendre ces liens pour adapter les politiques publiques, notamment dans les secteurs de l'agriculture, de la santé et de la gestion des risques. Par exemple, des systèmes d'alerte précoce ont été mis en place dans plusieurs pays pour limiter les dégâts humains et matériels.
La mesure et la compréhension d'El Niño ont progressé grâce aux avancées technologiques et aux collaborations internationales. Juliette Mignot évoque le rôle clé des programmes comme *Tropical Pacific Observing System* (TPOS), qui coordonne le déploiement de bouées et de capteurs dans le Pacifique pour améliorer la collecte de données. Les progrès en intelligence artificielle et en modélisation climatique permettent désormais de simuler des scénarios plus précis, même si des incertitudes subsistent. Les chercheurs de l'IRD et du LOCEAN travaillent aussi sur des indicateurs complémentaires, comme les variations de salinité ou les courants profonds, pour affiner les prévisions. Ces innovations sont essentielles pour anticiper les futurs épisodes et leurs impacts, notamment dans un contexte où le changement climatique pourrait modifier la fréquence ou l'intensité d'El Niño. Les données recueillies sont partagées en open access pour favoriser la recherche mondiale et améliorer la résilience des sociétés face à ces phénomènes.

