En s’attaquant aux immigrants, l’Afrique du Sud se détruit elle-même et trahit son histoire
Dele Olojede est un journaliste nigérian, lauréat du prix Pulitzer pour son travail sur le génocide rwandais. Dans “The Financial Times”, c’est avec solennité qu’il avertit contre les démons xénophobes qui ont saisi l’Afrique du Sud.
En juin 2026, l'Afrique du Sud connaît une vague de violences xénophobes ciblant les immigrants africains noirs. Le 30 juin, des milliers de Sud-Africains noirs manifestent pour exiger leur départ immédiat, les considérant comme « illégaux ». Ces tensions ont déjà causé la mort d’une dizaine d’immigrés depuis 2022 et poussé au moins 25 000 personnes à fuir le pays au printemps 2026. Les violences verbales et physiques se sont intensifiées, avec des foules accusant les étrangers de tous les maux du pays. Les autorités ont tenté de négocier avec les meneurs du mouvement, mais sans succès durable pour l’instant.
L’Afrique du Sud compte entre 2,4 et 3,1 millions d’étrangers, soit 4 % à 5 % de sa population totale. Ces migrants, principalement originaires d’autres pays africains, sont devenus les boucs émissaires d’une crise sociale et économique plus large. Leur présence est instrumentalisée pour détourner l’attention des problèmes structurels du pays, bien que leur proportion dans la population reste modeste. Les statistiques officielles montrent que leur nombre est stable, mais leur statut administratif les expose à des persécutions accrues.
Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994, est critiqué pour sa gestion désastreuse des crises post-apartheid. Pendant ses quinze premières années, l’ANC a mis en place des politiques visant à réduire les inégalités héritées de l’apartheid. Cependant, depuis plusieurs années, son action est jugée inefficace, voire contre-productive, notamment en matière de lutte contre la corruption et de création d’emplois. Les défaillances de l’ANC ont aggravé les tensions sociales, rendant les immigrants vulnérables aux violences xénophobes.
Les violences xénophobes en Afrique du Sud ne sont pas nouvelles, mais elles se sont aggravées en 2026. Ces tensions trouvent leurs racines dans des problèmes structurels, comme les inégalités économiques et sociales persistantes depuis la fin de l’apartheid en 1994. L’apartheid était un système de ségrégation raciale institutionnalisée qui a opprimé la majorité noire jusqu’à son abolition. Les frustrations accumulées par une partie de la population noire, souvent marginalisée, se transforment en hostilité envers les étrangers, perçus comme une menace pour les ressources limitées.
Les violences xénophobes ont des conséquences dramatiques pour les migrants. Depuis 2022, des dizaines d’immigrés ont été tués lors d’émeutes, et au moins 25 000 personnes ont été contraintes de quitter le pays au printemps 2026. Beaucoup d’autres attendent leur rapatriement forcé, une situation qui aggrave leur précarité. Les images de migrants fuyant ou cachés illustrent l’échec des autorités à protéger les populations vulnérables, malgré les promesses de sécurité.
Le président sud-africain **Cyril Ramaphosa** a tenté de négocier avec les meneurs du mouvement xénophobe pour calmer les tensions. Cependant, ses efforts semblent tardifs et peu efficaces, car les violences continuent. Le gouvernement est critiqué pour son incapacité à protéger les droits des migrants et à garantir leur sécurité. La situation met en lumière les limites de l’autorité de Ramaphosa, dont le mandat est marqué par des crises économiques et sociales persistantes.

