« Ce n’est pas forcément la chaleur, c’est l’absence de pluie » : le directeur de la coopérative des sauniers de l’île de Ré explique l’abondante récolte de sel de 2026
Île de Ré : la coopérative des sauniers attend environ 4 000 tonnes de sel en 2026, un record dû à la sécheresse. Ces marais au niveau de la mer restent exposés à la submersion..
En 2026, les sauniers de l’île de Ré ont enregistré une récolte exceptionnelle de sel, une première depuis plusieurs années. Selon le directeur de la coopérative des sauniers, cette abondance n’est pas principalement due à une hausse des températures, mais à l’absence prolongée de pluie pendant la période de production. Le sel est récolté par évaporation naturelle de l’eau de mer dans des marais salants, des bassins peu profonds où l’eau s’évapore sous l’effet du soleil et du vent. L’évaporation est un processus physique qui transforme l’eau liquide en vapeur, laissant derrière elle les cristaux de sel. Les marais salants fonctionnent comme des usines à ciel ouvert où chaque millimètre de pluie perturbe le processus en diluant l’eau et en ralentissant la formation du sel.
Le directeur de la coopérative des sauniers de l’île de Ré souligne que la chaleur, souvent associée à une bonne récolte de sel, n’est pas le facteur déterminant. En réalité, c’est l’absence de précipitations qui a permis une évaporation optimale de l’eau de mer dans les marais salants. En 2026, les relevés météorologiques ont montré un déficit pluviométrique marqué sur l’île, avec une réduction de 40 % des pluies par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Cette situation a permis aux sauniers de prolonger la période de récolte et d’augmenter significativement leur production. Les marais salants, situés principalement dans le sud de l’île de Ré, couvrent environ 2 000 hectares et produisent environ 10 000 tonnes de sel par an en moyenne.
La production de sel sur l’île de Ré repose sur des méthodes ancestrales, transmises depuis des siècles. Les marais salants sont divisés en bassins interconnectés où l’eau de mer circule progressivement, passant par plusieurs étapes avant d’atteindre les œillets, des bassins de cristallisation où le sel se forme. Chaque étape concentre progressivement l’eau en sel, jusqu’à ce que les cristaux se déposent au fond des bassins. En 2026, l’absence de pluie a permis de maintenir une concentration saline élevée dans les marais, favorisant une récolte plus rapide et plus abondante. Les sauniers estiment que la production a augmenté de 30 % par rapport à une année moyenne, grâce à ces conditions climatiques favorables.
Cette récolte exceptionnelle représente un enjeu économique majeur pour les sauniers de l’île de Ré, une coopérative regroupant environ 200 producteurs. Le sel de l’île de Ré est reconnu pour sa qualité et est utilisé dans l’alimentation, la conservation des aliments et même dans certains produits cosmétiques. Une production accrue permet de répondre à la demande croissante, notamment en période estivale où le tourisme booste les ventes locales. Les sauniers espèrent ainsi compenser les pertes subies lors des années précédentes, marquées par des récoltes médiocres en raison de pluies fréquentes. Le prix du sel de l’île de Ré, souvent vendu sous forme de fleur de sel ou de gros sel, peut atteindre jusqu’à 20 € le kilogramme pour les produits haut de gamme.
Bien que cette récolte record soit une bonne nouvelle pour les sauniers, elle soulève des questions sur la durabilité de cette production face au changement climatique. Les experts s’interrogent sur la fréquence future des étés secs et leur impact sur les marais salants. Si l’absence de pluie favorise la récolte de sel, elle peut aussi entraîner une baisse des nappes phréatiques et perturber les écosystèmes locaux. Les sauniers de l’île de Ré adaptent déjà leurs pratiques pour préserver cette ressource naturelle, en optimisant l’utilisation de l’eau et en diversifiant leurs activités. La coopérative collabore avec des scientifiques pour étudier les effets du climat sur les marais salants et anticiper les défis futurs.

