Canicule et santé au travail : quelles sont les adaptations mises en place par les organisations ?
Au-delà des obligations légales, comment les employeurs mettent-ils en place des mesures pour accompagner les salariés en période de forte chaleur, voire de canicule ? Une recherche portant sur plusieurs accords d’entreprises en Bretagne montre une grande hétérogénéité des dispositions effectives. Comment articulent-ils santé des salariés et continuité de la production ? Engagée vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, conformément à la stratégie nationale bas carbone , la France renforce progressivement les obligations environnementales des entreprises.
Depuis le décret du 27 mai 2025, la chaleur est officiellement reconnue comme un risque professionnel en France. Ce texte impose aux employeurs d’intégrer ce risque dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), un document obligatoire qui recense tous les dangers liés au travail dans une entreprise. Les employeurs doivent aussi adapter l’organisation du travail en fonction des niveaux de vigilance de Météo-France (jaune, orange, rouge), garantir l’accès à de l’eau potable, maintenir des températures acceptables dans les locaux et protéger les salariés vulnérables. Une sensibilisation de tous les travailleurs aux mesures de prévention est également requise. Ce décret s’inscrit dans un cadre plus large, comme le plan national canicule lancé en 2003, qui vise à coordonner les actions de l’État, des entreprises et des collectivités pour limiter les impacts des vagues de chaleur sur la santé publique et l’économie.
Les entreprises mettent en place des mesures très variées pour faire face aux canicules, comme le montre une étude sur 64 accords d’entreprise en Bretagne. Ces mesures se répartissent en quatre grandes catégories : les changements de pratiques (achats responsables, réduction des déchets, mobilité douce), les dispositifs de diagnostic (audits énergétiques, études techniques), les outils de structuration stratégique (plans d’action, directives) et le recours à des ressources externes, notamment les aides publiques. L’objectif principal reste la réduction de l’impact environnemental et l’amélioration de la performance économique, via la maîtrise des coûts et l’optimisation des ressources. Les effets sur l’organisation du travail ou la qualité de vie au travail sont moins souvent prioritaires. Par exemple, seulement une quarantaine d’entreprises mentionnent des troubles liés à la chaleur, comme l’inconfort thermique ou la déshydratation.
Le risque lié aux fortes chaleurs touche principalement certains secteurs d’activité, comme l’industrie, le bâtiment et les travaux publics (BTP), l’agriculture et les transports. Ces secteurs partagent une exposition élevée à la chaleur, qu’elle soit extérieure (métiers en plein air) ou intérieure (industries avec procédés de production générant de la chaleur). La localisation géographique joue un rôle secondaire : ce n’est pas tant la région que le type d’activité qui détermine l’exposition. Par exemple, une usine de production ou un chantier de construction sera plus concerné qu’un bureau en ville, même si les épisodes de canicule deviennent plus fréquents partout en France. Les secteurs les plus exposés sont aussi ceux qui ont développé les mesures les plus avancées, comme des plans canicule ou des protocoles dédiés.
Dans les entreprises, le référent chaleur est une personne clé chargée de gérer les risques liés aux fortes chaleurs. Son rôle inclut la veille météorologique pour anticiper les épisodes de canicule, l’activation des mesures de prévention, la coordination des dispositifs de rafraîchissement (comme les brumisateurs ou la climatisation), l’identification des salariés vulnérables (personnes âgées, femmes enceintes, etc.) et l’adaptation de leur organisation du travail. Ce référent travaille en lien avec le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) pour intégrer ces risques dans la gestion globale de l’entreprise. Les mesures mises en place sont généralement de trois types : organisationnelles (aménagement des horaires, pauses supplémentaires), matérielles (eau, ventilation) et sociales (sensibilisation, affichage, formation aux signes de coup de chaleur).
Si la plupart des entreprises se concentrent sur les risques immédiats liés à la chaleur (déshydratation, fatigue, baisse de vigilance), certaines commencent à identifier des risques plus complexes. Une douzaine d’entreprises évoquent par exemple des risques psychosociaux, comme le stress ou la charge mentale, liés à la pression des aléas climatiques, à la réorganisation des plannings ou à la surcharge de travail. Ces risques sont aggravés par des conditions de vie extérieures à l’entreprise, comme l’isolation précaire des logements des salariés ou des temps de trajet longs et non climatisés. Pourtant, ces enjeux restent peu documentés et rarement pris en compte dans les accords d’entreprise, contrairement aux mesures classiques de prévention de la chaleur.
Les entreprises les plus exposées, comme celles du BTP, de l’agroalimentaire ou de l’éolien, sont aussi les plus avancées dans leur adaptation aux canicules. Elles ont généralement intégré la gestion de la chaleur dans leur DUERP et mis en place des plans canicule avec des mesures graduées selon les niveaux de vigilance de Météo-France. Les actions les plus fréquentes concernent l’organisation du travail (aménagement des horaires, pauses supplémentaires, réorganisation des tâches), la mise à disposition d’eau et d’équipements rafraîchissants (fontaines, brumisateurs), ainsi que des campagnes de sensibilisation. À plus long terme, certaines entreprises investissent dans la rénovation de leurs bâtiments pour améliorer l’isolation et réduire les températures intérieures. Ces adaptations illustrent une prise de conscience croissante : la gestion des canicules n’est plus seulement une question de santé au travail, mais aussi un levier pour s’adapter au changement climatique et s’inscrire dans la transition écologique.

