« Saturn V était meilleure » : le patron de la NASA flingue 20 ans de choix stratégiques
Dans un réquisitoire, Jared Isaacman a étrillé les choix passés de la NASA, du lanceur SLS à la station orbitale Gateway. L'objectif du patron de l'agence : mettre fin au saupoudrage pour reprendre la main face à la Chine et accélérer le virage vers le nucléaire..
Le patron de la NASA, Isaacman, a récemment critiqué le lanceur spatial SLS (Space Launch System), le qualifiant de moins performant que la fusée Saturn V, utilisée pour les missions Apollo dans les années 1960 et 1970. Selon lui, le SLS, bien que moderne, ne représente pas une amélioration significative par rapport à son prédécesseur historique. Cette déclaration remet en cause deux décennies de choix technologiques et stratégiques de l'agence spatiale américaine, qui a investi des milliards d'euros dans le développement du SLS pour les missions Artemis visant à retourner sur la Lune.
Le SLS est un lanceur lourd développé par la NASA depuis 2011, avec un budget total estimé à plus de 23 milliards de dollars (environ 20 milliards d'euros) à ce jour. Conçu pour être le fer de lance des missions Artemis, il est censé transporter des astronautes et du matériel vers la Lune, puis éventuellement vers Mars. Contrairement à Saturn V, qui était un lanceur entièrement nouveau, le SLS réutilise des technologies dérivées des navettes spatiales, comme ses moteurs principaux, afin de réduire les coûts et les délais de développement. Cependant, son coût unitaire par lancement est estimé à 4,1 milliards de dollars (environ 3,6 milliards d'euros), un montant jugé excessif par certains observateurs.
La Saturn V est la fusée la plus puissante jamais construite, avec un record de 14 lancements réussis entre 1967 et 1973. Elle a permis les missions Apollo, dont le premier alunissage en 1969. Avec une capacité de 140 tonnes en orbite basse, elle surpassait largement les capacités actuelles du SLS, qui peut emporter 95 tonnes dans la même configuration. Saturn V était également plus fiable, avec un taux de succès de 100 %, tandis que le SLS, encore en phase de tests, n'a effectué qu'un seul vol d'essai en 2022. Son coût par lancement était estimé à 1,2 milliard de dollars (environ 1 milliard d'euros en valeur ajustée), soit trois fois moins que le SLS.
Les déclarations d'Isaacman soulèvent des questions sur la pertinence des investissements de la NASA. Le SLS a été conçu pour être un lanceur polyvalent, mais son coût élevé et ses retards répétés (plus de 10 ans de développement) ont suscité des critiques. Certains estiment que la NASA aurait pu opter pour des solutions plus économiques, comme des partenariats avec des entreprises privées, ou des fusées réutilisables comme celles développées par SpaceX. Le SLS est également critiqué pour son manque de modularité, contrairement à Saturn V, qui pouvait être adaptée à différentes missions.
Les propos d'Isaacman, bien que percutants, ne font pas l'unanimité. Certains experts défendent le SLS, arguant qu'il représente une avancée technologique majeure pour les missions habitées lointaines. D'autres, comme des membres du Congrès américain, ont déjà exprimé leur inquiétude face aux dépassements budgétaires du programme. La NASA doit désormais justifier ses choix face à un public de plus en plus exigeant, dans un contexte où les budgets spatiaux sont sous haute surveillance. Les missions Artemis, prévues pour les années 2020, pourraient être repensées en fonction de ces critiques.

