Yémen, péninsule Arabique
Depuis quelques semaines, la guerre civile yéménite connaît une brutale remontée en intensité. Les houthistes, qui contrôlent déjà la capitale Sanaa et l’essentiel du nord-ouest du pays, ont lancé une offensive vers l’ouest et le sud , s’emparant notamment de la ville porturaire de Mokha et de positions stratégiques autour du détroit de Bab el-Mandeb .
Depuis septembre 2026, la guerre civile au Yémen a connu une escalade brutale avec le lancement d’une offensive majeure par les houthistes, un mouvement armé contrôlant déjà la capitale Sanaa et la majeure partie du nord-ouest du pays. Cette offensive vise principalement l’ouest et le sud, leur permettant de s’emparer de la ville portuaire stratégique de Mokha, située sur la mer Rouge, ainsi que de positions clés autour du détroit de Bab el-Mandeb, une zone maritime cruciale pour le commerce mondial. Ce détroit, situé entre le Yémen et Djibouti, est l’un des passages les plus fréquentés au monde, notamment pour les navires transportant du pétrole. Le conflit, qui dure depuis 2014, oppose les houthistes à une coalition internationale menée par l’Arabie saoudite, soutenue par des forces locales fragmentées.
Les houthistes, officiellement appelés Ansar Allah, sont un mouvement issu du nord du Yémen qui a émergé dans le contexte du « printemps arabe » de 2011. Profitant de l’effondrement politique de l’époque, ils ont pris le contrôle de Sanaa en septembre 2014, forçant le président Abd Rabbo Mansour Hadi à fuir. En mars 2015, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite est intervenue militairement pour contrer leur avancée. Malgré des années de guerre et une trêve signée en 2022, les houthistes ont consolidé leur pouvoir dans le nord-ouest, où vit entre 70 et 80 % de la population yéménite, soit environ 30 millions de personnes. Leur récente offensive a encore affaibli un camp anti-houthiste profondément divisé, composé de factions aux intérêts divergents.
Le camp opposé aux houthistes est composé de plusieurs acteurs aux objectifs contradictoires. Le Conseil présidentiel de direction (PLC), basé à Riyad et soutenu par l’Arabie saoudite, revendique l’autorité sur l’ensemble du Yémen. Cependant, son gouvernement fonctionne principalement depuis l’étranger, tandis que les administrations locales dans le sud, notamment à Aden, peinent à coopérer. Par ailleurs, le Conseil de transition du Sud (CTS), appuyé par les Émirats arabes unis, aspire à l’indépendance du Yémen du Sud et a même lancé des offensives contre les forces du PLC en 2025. Cette fragmentation a permis aux houthistes de profiter des divisions pour réaliser leurs avancées militaires récentes.
Les houthistes disposent d’une armée d’au moins 100 000 combattants, selon les estimations, incluant des jeunes recrues et des forces non officiellement revendiquées. Leur armement provient en partie des stocks de l’ancien État yéménite, capturés en 2014, ainsi que de transferts de savoir-faire et de conseils techniques iraniens, notamment pour la fabrication et l’utilisation de drones. Contrairement à une idée reçue, l’Iran ne fournit pas massivement d’armes, mais joue un rôle stratégique et tactique. Leur avantage réside aussi dans leur commandement unifié, centré autour du chef Abdel Malek al-Houthi, contrairement au camp adverse, marqué par des divisions internes.
Les houthistes financent leur pouvoir grâce à plusieurs sources. Leur territoire, économiquement faible, ne produit pas suffisamment pour subvenir à leurs besoins. Ils bénéficient de transferts financiers de la diaspora yéménite et du détournement d’une partie de l’aide humanitaire, dans un contexte où le Yémen subit l’une des pires crises humanitaires au monde. Les services publics sont fortement dégradés, et les fonctionnaires sont payés irrégulièrement. Sur le plan intérieur, leur gouvernance est autoritaire et religieusement conservatrice, avec des restrictions strictes imposées aux femmes, comme l’obligation du port du voile et des structures de contrôle familial.
Les houthistes poursuivent un double objectif : contrôler l’ensemble du Yémen et contester l’influence saoudienne dans la région. Leur discours politique met en avant une opposition historique aux frontières avec l’Arabie saoudite et une remise en cause de la légitimité de la famille royale saoudienne sur les lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine. Leur stratégie inclut des frappes contre le territoire saoudien, comme en 2018-2022, pour pousser Riyad à négocier. Cette approche a permis aux houthistes de gagner en influence internationale, notamment en se présentant comme des défenseurs de la cause palestinienne, ce qui leur a valu un soutien symbolique de certains acteurs internationaux.
Les relations entre les houthistes et l’Iran sont étroites et s’inscrivent dans le cadre de « l’axe de la résistance », une alliance régionale opposée à l’influence occidentale et israélienne. L’Iran fournit aux houthistes un soutien stratégique, tactique et technique, notamment en matière de drones et de renseignement. Cependant, les décisions houthistes ne sont pas dictées par Téhéran, et le mouvement conserve une autonomie significative. Cette relation de partenariat, plutôt que de subordination, permet aux houthistes de mener des initiatives alignées sur leurs propres intérêts, même lorsqu’elles servent aussi ceux de l’Iran.
L’Arabie saoudite, bien qu’engagée dans une stratégie de sortie du conflit depuis plusieurs années, reste vulnérable face aux houthistes. Ces derniers ont appris à exploiter les lignes rouges saoudiennes en ciblant des infrastructures pétrolières et militaires sur le territoire saoudien, comme entre 2018 et 2022. Cette tactique a poussé Riyad à négocier en 2022, tout en permettant aux houthistes de se réorganiser. Aujourd’hui, les frappes récentes contre des cibles éloignées de leur zone de contrôle montrent leur capacité à frapper profondément en territoire saoudien, tandis que Riyad souffre d’un manque de renseignement sur le mouvement. Une intervention militaire massive des Saoudiens est peu probable, d’autant que leurs alliés comme la Turquie et le Pakistan évitent de s’enliser dans le conflit.
Les houthistes ont réussi à gagner une audience internationale en se présentant comme des résistants luttant contre Israël et l’Arabie saoudite, notamment à travers leur soutien symbolique à la cause palestinienne. Cette stratégie leur a permis de bénéficier d’un soutien de certaines franges de la gauche internationale et de mouvements de résistance. Cependant, leur gouvernance intérieure est bien plus autoritaire et conservatrice, avec des restrictions sévères imposées aux femmes et une répression politique marquée. Ce contraste entre leur discours international et leur politique intérieure illustre une habileté en communication politique.
La récente offensive houthiste met en péril les intérêts économiques de l’Arabie saoudite, notamment sa *Vision 2030*, un plan de diversification économique visant à réduire la dépendance du pays aux hydrocarbures. Les frappes houthistes contre des infrastructures pétrolières saoudiennes menacent directement les capacités d’exportation du royaume, qui est l’un des plus grands producteurs de pétrole au monde. Cette situation crée une pression supplémentaire sur le prince héritier Mohammed ben Salmane, déjà confronté à des défis internes et externes pour stabiliser son pays et atteindre ses objectifs économiques.

