Qui aime Hydro?
L’idée de suspendre les exportations d’électricité est devenue un enjeu électoral..
L’idée de suspendre les exportations d’électricité d’Hydro-Québec vers les États-Unis est devenue un sujet central de la campagne électorale québécoise de 2026. Plusieurs partis politiques, dont la Coalition avenir Québec (CAQ) avec sa cheffe Christine Fréchette, envisagent cette mesure comme un levier dans les tensions commerciales avec les États-Unis. Christine Fréchette a déclaré que cette option « reste sur la table », bien qu’elle ait précisé que le Québec était « très contraint » par ses contrats à long terme avec des États américains comme New York et la Nouvelle-Angleterre. D’autres formations politiques, comme le Parti libéral du Québec (PLQ) avec Charles Milliard et Québec solidaire (QS) avec Ruba Ghazal, soutiennent aussi cette idée, la considérant comme une arme économique à utiliser. En revanche, le Parti québécois (PQ) de Paul St-Pierre Plamondon et le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime s’y opposent, craignant une escalade des tensions tarifaires qui pourrait nuire à l’économie québécoise.
Les exportations d’électricité d’Hydro-Québec vers les États-Unis représentent plus de la moitié des ventes de la société d’État en dehors du Québec. Cependant, ces exportations sont en forte baisse depuis plusieurs années en raison du faible niveau d’eau dans les réservoirs hydroélectriques. En 2025, Hydro-Québec est même devenue une importatrice nette d’électricité, c’est-à-dire qu’elle a acheté plus d’électricité qu’elle n’en a exporté. Cette situation s’est poursuivie au premier semestre de 2026. Le Québec dépend désormais des importations d’électricité, notamment pour répondre à la demande lors des pics de consommation hivernaux et pour remplir ses réservoirs. Hydro-Québec utilise les prix élevés sur les marchés américains en été pour exporter de l’électricité, puis achète de l’électricité à bas prix en hiver pour remplir ses réservoirs, une stratégie qui montre l’interdépendance entre les deux pays.
Le gouvernement fédéral canadien, dirigé par Mark Carney, joue un rôle actif dans le développement du réseau électrique québécois, un domaine de compétence provinciale. En 2024, Ottawa a facilité la renégociation d’un accord entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador concernant la centrale hydroélectrique de Churchill Falls, dont le contrat devait expirer en 2041. Le fédéral a promis des subventions estimées à 6,5 milliards de dollars sous forme de garanties de prêt et de crédits d’impôt pour soutenir la construction de nouvelles installations hydroélectriques et des lignes de transmission au Labrador. Hydro-Québec évalue cette aide comme un incitatif sans précédent. Paul St-Pierre Plamondon, chef du PQ, s’est dit inquiet de cette ingérence fédérale, la qualifiant de « plus grande ingérence du fédéral dans nos affaires depuis le référendum de 1995 ». Cependant, même un gouvernement souverainiste pourrait difficilement renoncer à cet accord, jugé bénéfique pour le Québec.
L’idée de suspendre les exportations d’électricité comme levier économique est remise en question par des données quantitatives. Selon la Régie de l’énergie du Canada, la valeur des exportations d’électricité canadienne vers les États-Unis s’élevait à environ 3 milliards de dollars en 2025, contre 126 milliards de dollars pour les exportations de pétrole brut. Les États-Unis consomment plus de 4 millions de barils de pétrole canadien chaque jour, un volume que le Québec ne pourrait pas remplacer par de l’électricité en cas de suspension des exportations. De plus, les États-Unis disposent de leurs propres ressources énergétiques et pourraient compenser une éventuelle pénurie. Enfin, Hydro-Québec dépend déjà des importations d’électricité américaine pour répondre à la demande québécoise, ce qui rend cette stratégie risquée et peu efficace pour faire pression sur les États-Unis.
Les partis politiques québécois ont des positions opposées sur la question des exportations d’électricité. Christine Fréchette (CAQ) et Charles Milliard (PLQ) voient cette mesure comme un outil de négociation, tandis que Paul St-Pierre Plamondon (PQ) et Éric Duhaime (PCQ) la rejettent pour éviter une escalade des tensions commerciales. Fréchette accuse le PQ de vouloir « déchirer » l’entente sur Churchill Falls sans proposer de solution alternative au manque d’énergie anticipé. Le PQ, de son côté, affirme vouloir étudier l’entente avant de se prononcer, tout en reconnaissant qu’elle semble « être une bonne entente ». Ces divergences illustrent les tensions entre autonomie provinciale et coopération fédérale, ainsi que les défis énergétiques auxquels le Québec pourrait être confronté dans les années à venir.

