Les petits restos se mettent à l’IA et ça coupe l’appétit
Des petits restaurateurs locaux et des snacks se mettent à afficher des cartes réalisées par IA générative. Certes, ils font ainsi baisser leurs coûts dans un secteur difficile, mais aux États-Unis, les consommateurs s’indignent contre la pratique, remarque la presse..
Depuis 2026, de nombreux petits restaurants et snacks aux États-Unis et en Europe utilisent des outils d'intelligence artificielle générative (IA) pour créer leurs cartes de menus. Ces outils permettent de générer automatiquement des images de plats à partir de descriptions textuelles, réduisant ainsi les coûts liés à la photographie professionnelle. Par exemple, le bar Grind & Unwind à San Francisco a affiché une photo de focaccia générée par IA, ce qui a suscité des réactions négatives de la part des clients. L'IA générative désigne des systèmes capables de produire du contenu (images, texte, etc.) de manière autonome, en s'appuyant sur des modèles entraînés à partir de grandes quantités de données. Cette technologie est souvent présentée comme une solution pour les commerces en difficulté financière, mais son utilisation dans le secteur de la restauration divise.
Les consommateurs réagissent vivement à l'utilisation de l'IA pour les menus, jugeant les images produites peu appétissantes ou trompeuses. À San Francisco, le menu du Grind & Unwind a été tagué avec un "Seriously?" et comparé à une éponge par les internautes. Des commentaires similaires ont été relevés à Columbia, en Caroline du Sud, où l'utilisation de l'IA pour les menus a provoqué des réactions hostiles sur les réseaux sociaux. Les clients expriment un manque d'authenticité et une méfiance envers les plats présentés, craignant que la qualité de la cuisine ne reflète celle des images. Savannah Bockus, photographe professionnelle pour des restaurants, souligne que les clients recherchent une cuisine préparée avec passion, ce qui ne transparaît pas dans des images générées par IA.
Les petits restaurateurs justifient l'utilisation de l'IA par des marges financières très faibles dans leur secteur, où les coûts salariaux et les charges sont élevés. Luke Plunkett, cofondateur du site Aftermath, reconnaît que réduire les coûts est compréhensible, mais souligne que les effets pourraient être contre-productifs. Les marges dans la restauration sont souvent inférieures à 10 %, ce qui pousse certains commerces à chercher des solutions économiques. Cependant, l'utilisation de l'IA pour les menus est perçue comme un manque de confiance dans leurs propres produits. Scott Taylor, professeur à une école hôtelière de Caroline du Sud, suggère que l'IA pourrait être utilisée pour des tâches administratives ou financières, mais pas pour le marketing ou la présentation aux clients, car cela peut friser la publicité mensongère.
Les critiques envers l'IA dans les menus soulignent plusieurs problèmes. D'abord, les images générées peuvent être de mauvaise qualité, comme le montre l'exemple de la focaccia comparée à une éponge. Ensuite, elles envoient un message de désengagement des restaurateurs envers leur propre cuisine, ce qui peut dissuader les clients. Le site Aftermath propose des alternatives plus authentiques, comme des menus écrits à la craie ou imprimés sur place, jugés plus fiables et chaleureux. Les experts insistent sur l'importance de l'authenticité dans un secteur où la relation de confiance avec le client est cruciale. Enfin, l'utilisation de l'IA pour les menus est perçue comme une solution de facilité, qui pourrait nuire à l'image des commerces à long terme.
L'adoption de l'IA par les petits restaurants s'inscrit dans un contexte économique difficile pour le secteur. Les marges sont souvent inférieures à 10 %, et les coûts (salaires, loyers, matières premières) pèsent lourdement sur les budgets. En 2026, la restauration locale fait face à une inflation des coûts et à une concurrence accrue, notamment avec les livraisons et les chaînes de restauration rapide. L'IA est présentée comme une solution pour réduire les dépenses, notamment en remplaçant des tâches comme la création de menus ou la gestion administrative. Cependant, cette approche est controversée, car elle peut donner l'impression d'un manque de sérieux ou de qualité, ce qui pourrait nuire à la réputation des commerces.

