Stanislas Dehaene, tout sur le cerveau 4/5 : Du laboratoire à l'école
Chercheur devenu conseiller sur l'École, Stanislas Dehaene raconte comment faire dialoguer sciences cognitives et salle de classe, entre expérimentations, controverses et nouveaux défis de l'IA..
Stanislas Dehaene, neuropsychologue et professeur au Collège de France, a joué un rôle clé dans l’intégration des sciences cognitives (étude du fonctionnement du cerveau) dans le système éducatif français. Depuis 2018, il préside le Conseil scientifique de l’Éducation nationale, une instance créée pour faire le lien entre la recherche scientifique et les pratiques pédagogiques dans les écoles. Son objectif est de réduire les inégalités scolaires en s’appuyant sur des méthodes validées par la science, comme l’expérimentation en classe ou l’adoption de programmes inspirés de modèles étrangers performants.
Parmi les projets menés par Dehaene, une expérimentation réalisée entre 2010 et 2011 a impliqué 1 800 élèves de CP (Cours Préparatoire, première année d’école primaire) issus de REP (Réseaux d’Éducation Prioritaire, zones scolaires défavorisées). L’objectif était de tester des méthodes d’apprentissage de la lecture et des mathématiques fondées sur les découvertes en neurosciences. Plus récemment, en 2026, il a lancé le programme « Pionnier des maths » avec 150 enseignants, s’inspirant du modèle singapourien (méthode d’enseignement des mathématiques reconnue pour son efficacité).
Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale, présidé par Dehaene depuis 2018, a été créé pour intégrer les avancées des neurosciences dans les programmes scolaires. Ce conseil rassemble des chercheurs, des enseignants et des décideurs politiques afin de concevoir des outils pédagogiques adaptés aux mécanismes d’apprentissage du cerveau. Initialement controversé, il a permis de faire évoluer les pratiques éducatives en France, en s’appuyant sur des preuves scientifiques plutôt que sur des traditions ou des intuitions.
Selon Dehaene, les neurosciences (sciences étudiant le système nerveux et le cerveau) ne sont plus seulement des disciplines théoriques, mais sont devenues des « sciences de l’action » : leurs découvertes ont un impact direct sur les méthodes d’enseignement. Par exemple, elles ont permis de comprendre que le cerveau apprend mieux par la répétition, l’engagement actif et la résolution de problèmes concrets. Ces principes ont inspiré des réformes pédagogiques, comme l’accent mis sur la pédagogie différenciée (adaptation des méthodes aux besoins individuels des élèves).
Stanislas Dehaene évoque aussi les nouveaux défis posés par l’intelligence artificielle (IA), notamment son impact sur l’éducation. L’IA pourrait, d’une part, aider à personnaliser l’apprentissage en analysant les difficultés de chaque élève, mais elle soulève aussi des questions éthiques et pédagogiques. Par exemple, comment garantir que l’IA ne remplace pas le rôle humain de l’enseignant ? Dehaene souligne la nécessité de former les enseignants à ces outils pour en tirer le meilleur parti, tout en préservant l’essence de l’éducation : la transmission des savoirs et des valeurs.
Les travaux de Dehaene ont donné naissance à des méthodes d’apprentissage comme la *méthode Kalulu*, conçue pour faciliter l’acquisition de la lecture. Cette approche s’appuie sur des principes neuroscientifiques, comme l’importance de la *plasticité cérébrale* (capacité du cerveau à se réorganiser) et de l’*attention soutenue*. Elle a été testée dans des classes et montre des résultats encourageants, notamment pour les élèves en difficulté. D’autres programmes, comme *« Apprendre à lire »* ou *« La bosse des maths »*, s’inspirent de ses recherches pour proposer des outils concrets aux enseignants.

