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Économie

La délibération à l’épreuve du pouvoir. Réponse à Fipaddict

Telos · mis à jour il y a 28 j

Dans son article « Ne désespérons pas de la délibération », Fipaddict compare les premiers sondages et les résultats de 144 votations suisses organisées entre 2008 et 2024. Les campagnes y modifient souvent les intentions de vote, et le camp parti en tête perd dans 41% des cas.

Délibération et statistiques

L’article répond à une analyse de Fipaddict qui utilise des statistiques pour montrer que la délibération démocratique fonctionne encore, en comparant les intentions de vote avant une campagne et les résultats finaux. Les auteurs reconnaissent que cette méthode fonctionne pour des scrutins à enjeu limité, comme les votations suisses ou les élections municipales françaises, où les campagnes peuvent effectivement influencer les électeurs. Par exemple, lors des municipales de mars 2026 en France, les ingérences étrangères sont restées limitées selon Viginum, le service de vigilance contre les menaces numériques. Cependant, les auteurs soulignent que ces résultats ne remettent pas en cause leur thèse, car ils concernent des scrutins où le pouvoir n’est pas directement en jeu. Leur argument est que la délibération est surtout attaquée lors de scrutins à haut enjeu, comme les élections présidentielles ou les référendums nationaux.

Brexit : manipulation ciblée

Le référendum britannique de 2016 sur le Brexit illustre une attaque contre la délibération démocratique. Une société proche de Cambridge Analytica, AggregateIQ, a diffusé plus de 1 400 messages microciblés, chacun adapté à des communautés spécifiques, en contournant les lois électorales britanniques. Par exemple, des messages comme « L’Europe, c’est l’impôt » ou « L’Europe, c’est le chômage » ont été envoyés à des groupes ciblés, sans que le débat public ne puisse les contester. Cambridge Analytica a revendiqué avoir inversé le cours d’une élection à Trinité-et-Tobago en 2016 en encourageant l’abstention, une technique qui s’est généralisée depuis. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle amplifie ces méthodes, avec des deepfakes et des faux médias pour manipuler l’opinion. L’article souligne que ces pratiques ont transformé le débat public en un espace fragmenté, où chaque électeur reçoit une version différente des faits, sans possibilité de confrontation.

Trump : capture de l'agenda

L’élection présidentielle américaine de 2016 montre une autre forme de manipulation de la délibération. Le 28 octobre 2016, le directeur du FBI, James Comey, a annoncé la découverte d’emails « pertinents » liés à l’enquête sur Hillary Clinton, onze jours avant le scrutin. Cette révélation a dominé l’actualité, éclipsant d’autres sujets comme la vidéo Access Hollywood, où Donald Trump tenait des propos sexistes. Les emails de John Podesta, directeur de campagne de Clinton, avaient été piratés par le GRU, le renseignement militaire russe. Les médias ont amplifié cette affaire : le New York Times a publié dix articles sur les emails en six jours, autant que sur tous les sujets de fond en 69 jours. Le rapport Mueller a confirmé que la Russie avait soutenu Trump via l’Internet Research Agency, une usine à trolls basée à Saint-Pétersbourg, qui a exposé 126 millions d’Américains à ses contenus. L’impact de la lettre de Comey a été analysé par Nate Silver, qui estime qu’elle a coûté entre 1 et 4 points à Clinton, assez pour faire basculer des États clés comme le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

Ingérences en Europe

Depuis 2024, les ingérences étrangères se multiplient en Europe, notamment en Roumanie, Moldavie et Géorgie, où l’enjeu est l’orientation pro-européenne ou pro-russe des pays. En Roumanie, le candidat prorusse Călin Georgescu est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle en novembre 2024 avec 22,94 % des voix, grâce à une campagne coordonnée sur TikTok, des influenceurs rémunérés et une manipulation des algorithmes. La Cour constitutionnelle a annulé l’élection pour manipulation de l’information. En Moldavie, un référendum sur l’adhésion à l’UE a été approuvé à 50,35 % des voix en octobre 2024, mais la police a révélé un système de corruption massive : 39 millions de dollars ont été versés à plus de 130 000 personnes pour acheter des votes. La mission d’observation de l’OSCE a qualifié ces processus d’« entachés de graves cas d’ingérence étrangère ». En Géorgie, le parti pro-russe Rêve Georgien a obtenu 89 sièges sur 150 au Parlement en 2024, malgré des pressions sur les électeurs et une répression des manifestations. Ces exemples montrent que la délibération est systématiquement attaquée lors de scrutins où l’enjeu géopolitique est fort.

Ingérence américaine en Europe

Les États-Unis, sous l’administration Trump, pratiquent également des ingérences en Europe. En juillet 2026, le Département d’État américain a lancé un programme officiel de subventions d’environ 25 millions de dollars pour soutenir des partis d’extrême droite en Europe, avec des dons allant de 1 à 3 millions de dollars par organisation. En mars 2026, Kimberly Guilfoyle, ambassadrice des États-Unis en Grèce, a déclaré lors d’un dîner officiel qu’elle pouvait « faire cela à n’importe quel pays que nous voulons », faisant référence à des pressions exercées sur le gouvernement roumain. Ces pressions ont conduit à la chute du gouvernement pro-européen d’Ilie Bolojan, qui s’opposait à l’achat de gaz américain. L’article souligne que ces ingérences, autrefois menées par des réseaux privés, sont désormais institutionnalisées, avec un financement direct par l’État américain.

Ce que ça pourrait changer

L’élection présidentielle américaine de 2024 marque une étape supplémentaire dans la dégradation de la délibération démocratique. Les réseaux sociaux et les influenceurs ont pris une place centrale, reléguant les médias traditionnels au second plan. La campagne a été marquée par une normalisation du mensonge politique : J.D. Vance, candidat à la vice-présidence, a déclaré publiquement qu’il créerait des histoires pour attirer l’attention des médias, affirmant : *« Si je dois créer des histoires pour que les médias américains prêtent attention à la souffrance du peuple américain, c’est ce que je ferai. »* Parallèlement, Elon Musk a cumulé plusieurs rôles dans cette campagne, illustrant la concentration du pouvoir médiatique et politique entre les mains d’acteurs privés. L’article souligne que cette période a vu la légitimation publique du mensonge comme outil politique, au détriment du débat contradictoire et de l’information vérifiée.

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