Vu à la Mostra de Venise 2026 : « Possible Love », le fascinant jeu de dupes de Lee Chang-dong
Pour son grand retour huit ans après « Burning », Lee Chang-dong n’a pas fait les choses à moitié : en témoigne ce film fleuve à la poésie troublante, qui dissèque l’amitié particulière entre deux classes sociales opposées. Présenté en compétition à la Mostra de Venise, il sortira sur Netflix le 6 novembre..
Le cinéaste sud-coréen Lee Chang-dong fait son grand retour après huit ans d'absence avec le film Possible Love, présenté en compétition à la Mostra de Venise 2026. Ce long-métrage de 2 heures et 45 minutes marque une œuvre ambitieuse, explorant les thèmes de l'amitié et des tensions entre deux classes sociales opposées. Le film sortira sur la plateforme Netflix le 6 novembre 2026. Lee Chang-dong, connu pour des œuvres comme Burning (2018), s'inspire ici explicitement du Décalogue de Krzysztof Kieślowski, une série télévisée polonaise culte des années 1980, pour aborder une question morale centrale : Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui, appliquée ici aux relations humaines et à l'exploitation des récits personnels.
Le film s'inscrit dans la continuité d'une réflexion sur les inégalités sociales en Corée du Sud, un thème déjà exploré par d'autres réalisateurs comme Bong Joon-ho dans Parasite (2019), Palme d'Or à Cannes. Possible Love met en scène deux couples aux positions sociales radicalement différentes : l'un bourgeois, composé d'une réalisatrice et de son mari homme d'affaires, et l'autre ouvrier, formé autour d'un travailleur licencié et de sa femme. L'actrice Cho Yeo-jeong, déjà célèbre pour son rôle dans Parasite, participe à ce film, renforçant le lien avec les enjeux sociaux sud-coréens. Le titre Possible Love évoque une forme d'amour transclasse, où les frontières entre les milieux semblent s'estomper, bien que les tensions persistent.
L'intrigue suit Ye-ji, une réalisatrice mariée à un riche homme d'affaires, qui souhaite réaliser un documentaire sur des ouvriers licenciés. Elle rencontre Mi-ok, l'épouse d'un ouvrier renvoyé, et voit en elle le sujet idéal pour son film. Leur relation évolue progressivement, passant d'une simple rencontre à une amitié ambiguë, où Ye-ji cherche à capturer les confessions de Mi-ok et de son mari. Le film interroge le processus de création documentaire : jusqu'où peut-on aller pour obtenir un témoignage authentique ? Lee Chang-dong souligne l'aspect humain et souvent invisible de ce processus, notamment les manipulations et les pressions exercées par la réalisatrice sur ses sujets.
Le film dépeint une relation de séduction mutuelle entre Ye-ji et Mi-ok, où la réalisatrice joue un rôle actif pour diriger et façonner le récit de son sujet. Elle pousse Mi-ok à répéter ses témoignages, à convaincre son mari réticent de participer, et à livrer des confessions intimes. Cette dynamique rappelle une parade nuptiale, où la réalisatrice, armée de sa caméra, vampirise littéralement les récits de Mi-ok. Le spectateur est invité à se demander ce qu'il aurait fait à la place de Ye-ji, confronté à la même quête de vérité et à la même tentation de manipuler pour obtenir des images percutantes.
Le film explore plusieurs thèmes symboliques, notamment l'idée que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Ye-ji, bien que motivée par un désir sincère de donner la parole aux ouvriers, finit par instrumentaliser Mi-ok et son mari. Cette tension atteint son paroxysme dans le dernier tiers du film, où les conflits accumulés entre les deux couples révèlent une poésie presque apocalyptique. Le titre Possible Love prend alors tout son sens : une lueur d'espoir dans une relation transclasse, mais aussi une menace de destruction mutuelle. Le film interroge ainsi la frontière entre l'empathie et l'exploitation, entre l'art et la manipulation.
Avec une durée de 2h45, *Possible Love* est un film fleuve qui mise sur une narration lente et immersive pour disséquer les dynamiques sociales et humaines. Malgré des longueurs parfois critiquées, le film est salué pour sa capacité à laisser entrevoir une forme d'amour transclasse, bien que les tensions entre les personnages restent au cœur de l'intrigue. Présenté en compétition à la Mostra de Venise 2026, il suscite l'intérêt des critiques pour sa réflexion sur le pouvoir, la classe sociale et l'acte même de filmer. La performance des acteurs, notamment celle de Jeon Do-yeong dans le rôle de Mi-ok, est également mise en avant.

