Postcapitalisme
Le capitalisme est l’imposition et l’extension de la normativité économique à toutes les sphères sociales. Il repose sur l’investissement pour le profit et sur la production pour elle-même plutôt que pour répondre aux besoins.
Le capitalisme est défini dans l'article comme un système où la logique économique domine toutes les sphères sociales. Il repose sur deux principes centraux : l'investissement dans le but de réaliser des profits et la production de biens ou services non pas pour répondre aux besoins humains, mais pour elle-même. Contrairement à une économie orientée vers la satisfaction des besoins, le capitalisme transforme tout en marchandise, y compris des aspects de la vie qui ne devraient pas être soumis à la logique marchande, comme les relations humaines ou l'environnement. L'auteur souligne que ce système étend son influence bien au-delà du domaine économique traditionnel, imposant sa normativité à la société dans son ensemble.
L'article identifie plusieurs problèmes majeurs liés au capitalisme qui empêchent les gauches de résoudre des enjeux fondamentaux comme les injustices sociales, les inégalités économiques, la dégradation de l'environnement et la recherche d'une vie meilleure pour tous. Ces défis sont aggravés par le fait que le capitalisme produit pour lui-même plutôt que pour répondre aux besoins réels des populations. L'auteur précise que ces problèmes ne peuvent être résolus sans remettre en cause le primat de l'économie sur les autres dimensions de la vie sociale. Il est également mentionné que le dépassement des limites planétaires menace à moyen terme l'habitabilité de la Terre et la survie des espèces, ce qui redéfinit les priorités des gauches.
Le postcapitalisme est présenté comme une alternative au capitalisme, visant à réencastrer l'économie dans le tissu des relations sociales. L'objectif n'est pas seulement de corriger les excès du capitalisme, mais de le dépasser pour permettre une vie digne pour tous, respectueuse de l'environnement et des autres êtres vivants. L'article cite plusieurs penseurs et ouvrages qui explorent cette idée, comme Mondes postcapitalistes (2026) dirigé par Jérôme Baschet et Laurent Jeanpierre, ou Utopies réelles (2017) d'Erik Olin Wright. Le postcapitalisme n'est pas une utopie irréaliste, mais une condition nécessaire pour répondre aux exigences éthiques des gauches, selon l'auteur.
Le terme postcapitalisme suscite des objections, notamment de la part de la droite mais aussi de la gauche. Les échecs des expériences socialistes ou communistes du XXe siècle, comme celles de l'URSS, de la Chine ou de Cuba, sont souvent cités pour discréditer cette idée. Ces régimes ont conduit à des autoritarismes et à des catastrophes humaines et environnementales. De plus, un objectif aussi ambitieux que le postcapitalisme peut sembler écrasant et affaiblir l'espoir plutôt que de le renforcer. Certains craignent également qu'il préempte l'avenir en supposant que les effets des ruptures politiques et sociales sont prévisibles, alors qu'ils restent incertains dans un contexte de crise.
Face à la montée des droites extrêmes et autoritaires en France et dans le monde, les gauches ont besoin d'un idéal régulateur pour orienter leurs politiques. L'article souligne que des idéaux comme l'égalité, la liberté, la fraternité ou le principe communiste de justice sociale ont été bouleversés par les limites planétaires actuelles. Aujourd'hui, les gauches doivent intégrer de nouvelles exigences : une vie digne pour tous, un bien-vivre minimal incluant santé et environnement, et le respect des milieux de vie et des autres espèces. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans dépasser le capitalisme, qui est perçu comme incompatible avec ces aspirations.
L'article mentionne que des centaines de millions de personnes pratiquent déjà des activités qui échappent en partie à la logique marchande. Ces pratiques, bien que minoritaires à l'échelle globale, montrent qu'une autre économie est possible. Elles incluent des formes d'entraide, de partage, de production collaborative ou de circuits courts qui privilégient les relations sociales et environnementales plutôt que le profit. Ces initiatives, bien que limitées, constituent des bases concrètes pour imaginer un futur postcapitaliste. Elles illustrent la possibilité de réencastrer l'économie dans des cadres sociaux et écologiques plus larges.
L'auteur, Laurent Jeanpierre, est politiste et professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Son article s'inscrit dans un débat intellectuel plus large sur les alternatives au capitalisme. Il s'appuie sur des références académiques et militantes, comme les travaux de Silvia Federici sur l'accumulation primitive ou ceux de Stefania Barca sur les forces de reproduction sociale. Ces intellectuels analysent les mécanismes du capitalisme et proposent des pistes pour le dépasser, en intégrant des dimensions comme le genre, l'écologie ou les luttes sociales. Leur rôle est de fournir des cadres théoriques pour repenser l'économie et la société.

