L'armée américaine voulait balancer une bombe atomique sur la Lune juste pour voir... et elle a changé d'avis
À la fin des années 1950, face à l'avance des Soviétiques dans la course à l'espace, l'Oncle Sam projette d'intimider ses rivaux en faisant exploser une bombe nucléaire sur la Lune. Un petit pas pour l'homme….
En 1958, les États-Unis et l'Union soviétique sont engagés dans une intense rivalité appelée la Guerre Froide, une période de tensions politiques et militaires sans conflit direct. Le 4 octobre 1957, les Soviétiques lancent Sputnik, le premier satellite artificiel, marquant une avancée majeure dans la course à l'espace. Cet événement provoque un choc aux États-Unis, où l'administration craint de perdre la supériorité technologique. Face à cette pression, l'armée américaine envisage des solutions radicales pour impressionner l'URSS, dont le projet A119, une explosion nucléaire sur la Lune. À cette époque, les essais nucléaires sur Terre sont fréquents : entre 1946 et 1958, pas moins de 1 200 explosions ont été réalisées, notamment dans des zones désertiques ou des atolls du Pacifique. L'idée d'utiliser une bombe atomique comme outil de propagande ou de démonstration de force s'inscrit dans cette logique de compétition extrême.
Le projet A119, lancé en 1958 par l'US Air Force (l'armée de l'air américaine), a pour but d'étudier les conséquences d'une explosion nucléaire sur la Lune. Dirigé par le physicien Leonard Reiffel, ce projet vise principalement à intimider l'URSS en démontrant la puissance militaire des États-Unis. Les motivations scientifiques sont secondaires : l'objectif est avant tout géopolitique. Les rapports produits par l'équipe de Reiffel soulignent que cette explosion permettrait de récupérer des échantillons lunaires grâce aux débris projetés dans l'espace, offrant ainsi une couverture scientifique à une opération à visée propagandiste. Le projet est aussi envisagé comme une possible stratégie militaire pour une future guerre spatiale, où les armes nucléaires pourraient être utilisées dans l'espace. Cependant, les risques de contamination radioactive de la Lune et une réaction négative de l'opinion publique sont identifiés comme des obstacles majeurs.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans cette histoire. L'US Air Force commande l'étude du projet A119 à un laboratoire de recherche de Chicago, dirigé par Leonard Reiffel. Wernher von Braun, un ingénieur aérospatial allemand naturalisé américain, est une figure majeure du programme spatial étasunien. Bien qu'il défende publiquement l'idée d'une exploration spatiale pacifique, il participe indirectement à des projets comme A119, qui mêlent science et stratégie militaire. L'URSS, dirigée par Nikita Khrouchtchev, est la cible principale de ce projet. Le leader soviétique se réjouit publiquement de l'avance soviétique dans la course à l'espace, déclarant en 1958 que « l'Amérique dort sous une Lune soviétique ». Cette rivalité pousse les États-Unis à envisager des mesures extrêmes pour rattraper leur retard.
Le projet A119 est abandonné en janvier 1959, mais les raisons exactes de son annulation restent floues. Les autorités militaires évoquent officiellement la préservation de l'environnement lunaire, craignant qu'une explosion nucléaire ne compromette les futures missions habitées. Cependant, une autre hypothèse est avancée : une bombe H (bombe à hydrogène) explosant sur la Lune ne produirait pas l'effet visuel spectaculaire attendu, comme un champignon atomique, car il n'y a pas d'atmosphère sur la Lune. Seuls un flash lumineux et un nuage de poussière seraient visibles, rendant la démonstration peu impressionnante. Leonard Reiffel, interrogé en 2000, confirme que l'objectif principal du projet était une opération de relations publiques et une démonstration de supériorité technologique. Tous les documents relatifs au projet A119 sont détruits en 1987, ce qui explique pourquoi son existence n'est révélée qu'en 2000.
L'annulation du projet A119 marque un tournant dans la course à l'espace. Au début des années 1960, les tensions entre les États-Unis et l'URSS commencent à s'apaiser avec le rapprochement des deux superpuissances et la signature de traités de désarmement. Parallèlement, les États-Unis enregistrent des succès dans l'espace, comme le programme *Apollo*, qui aboutit à l'alunissage des premiers astronautes en juillet 1969. Lors de cette mission historique, les astronautes déposent une plaque commémorative sur la Lune avec l'inscription : « Nous sommes venus en paix au nom de toute l'humanité ». Cette phrase contraste avec les projets militaires des années 1950, illustrant l'évolution des priorités. Le projet A119 reste un exemple extrême de la logique de la Guerre Froide, où la science et la technologie étaient parfois utilisées à des fins de propagande ou de menace.

