Paquebots, jets privés... Comment l'État garantit des décennies d'émissions carbonées
La banque publique d'investissement Bpifrance continue de garantir des milliards d'euros de mises pour des paquebots et des avions, à rebours des engagements climatiques de la nation. C'est parfois dans le diable que se nichent les détails carbonés.
En France, l'État accorde des subventions aux compagnies maritimes pour l'achat de paquebots neufs, sous forme de crédits d'impôt. Ces aides, équivalant à environ 100 millions d'euros par an, sont destinées à moderniser la flotte française et à maintenir sa compétitivité. Cependant, ces navires, souvent géants et luxueux, sont parmi les plus émetteurs de CO₂ par passager. Par exemple, un paquebot peut émettre jusqu'à 300 grammes de CO₂ par passager et par kilomètre, soit bien plus qu'un avion. Ces subventions, en encourageant la construction de nouveaux navires, verrouillent pour des décennies un modèle économique très polluant. Les compagnies bénéficiaires incluent notamment MSC et Carnival Corporation, deux géants du secteur.
L'État français offre également des avantages fiscaux aux propriétaires de jets privés, sous forme de réductions de TVA et d'exonérations de taxes locales. Ces mesures, qui coûtent environ 50 millions d'euros par an à l'État, visent à soutenir un secteur en crise mais très émetteur. Un vol en jet privé émet en moyenne 20 fois plus de CO₂ par passager qu'un vol en classe économique sur un avion de ligne. Par exemple, un trajet Paris-New York en jet privé peut émettre jusqu'à 10 tonnes de CO₂ par passager, contre 0,5 tonne pour un vol en classe économique. Ces avantages fiscaux, couplés à une faible taxation du kérosène, prolongent l'usage de ces appareils et leurs émissions pour les décennies à venir.
Les subventions et avantages fiscaux s'inscrivent dans une stratégie industrielle visant à maintenir la compétitivité des secteurs français du transport maritime et aérien. Cependant, cette approche crée un verrouillage technologique, c'est-à-dire une dépendance à des infrastructures et des modèles économiques polluants pour les décennies. Par exemple, les chantiers navals français, comme Chantiers de l'Atlantique, dépendent de ces commandes pour leur survie économique. De même, les aéroports français, comme Paris-Le Bourget, bénéficient de l'activité des jets privés. Ces choix politiques, bien que coûteux pour les finances publiques, rendent difficile une transition vers des alternatives moins polluantes à court terme.
Les émissions de CO₂ liées aux paquebots et aux jets privés représentent une part significative de l'empreinte carbone de la France. Selon les estimations, le secteur maritime français émet environ 20 millions de tonnes de CO₂ par an, tandis que les jets privés en émettent environ 1 million de tonnes. Ces chiffres, bien que modestes à l'échelle mondiale, sont problématiques car ils sont en forte croissance et difficiles à compenser. Par exemple, un seul paquebot peut émettre autant de CO₂ en une année que 10 000 voitures. Ces émissions, soutenues par des politiques publiques, risquent de compromettre les objectifs climatiques de la France, qui vise la neutralité carbone d'ici 2050.
Contrairement à d'autres secteurs bénéficiaires de subventions, comme les énergies renouvelables, les paquebots et les jets privés ne sont soumis à aucune **condition environnementale** pour recevoir ces aides. Par exemple, aucune obligation n'est imposée aux compagnies maritimes pour réduire leurs émissions ou adopter des technologies propres. De même, les propriétaires de jets privés ne sont pas tenus de compenser leurs émissions ou d'utiliser des carburants durables. Cette absence de contreparties renforce l'idée que l'État priorise la compétitivité économique au détriment de la transition écologique, malgré les engagements climatiques pris par la France.

